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Un titre, à la Une du Monde des 21 et 22 décembre, attire l'attention :
"Contre sa fille, Liliane Bettencourt défend sa générosité". Et la quotidien du soir poursuit, sur toute sa page 4, le récit des déboires familiaux de la propriétaire de L'Oréal. Un vrai mécompte de Noël à faire pleurer les chaumières :
"C'est une histoire terrible, qui se joue dans le tout petit monde des grandes fortunes françaises, de l'art et de la jet-set. L'histoire, surtout, d'une déchirure profonde entre une mère et sa fille, Liliane Bettencourt et Françoise Bettencourt-Meyers, propriétaire d'un groupe de réputation mondiale, L'Oréal. Avec des conséquences économiques inconnues".
L'émotion du lecteur est à son comble, spécialement, en ces temps de crise.
S'agirait-il d'une nouvelle affaire des Atrides, d'une tragédie grecque, ou d'un simple réglement de compte, où la "famille" aurait une odeur de Corleone et du "Parrain" ?

Le Monde semble bien  renseigné :

 "Le 14 décembre, Françoise Bettencourt-Meyers a déposé une plainte contre X...pour 'abus de faiblesse' envers sa mère, qui aurait effectué des dons de près d'un milliard d'euros à l'écrivain et photographe François-Marie Banier, sous forme d'assurance-vie et de tableaux". Puis, citant l'hebdomadaire Le Point "il apparaissait que le photographe voulait extorquer de l'argent à la vieille dame", Le Monde donne une autre version de l'affaire :
"Elle (Liliane) explique à quel point François-Marie Banier est son ami (...) 'C'est grâce à lui que je ne suis pas restée enfermée dans le mlieu conventionnel auquel me destinait ma situation de fortune' ...".
On mesure  la profondeur du drame entre une mère éplorée et sa fille spoliée !
Pour une maison de produits de beauté, ce n'est pas "joli-joli" !

Liliane Bettencourt rappelle à sa fille sa générosité :
"Si tous ces dons (au photographe) sont le signe de ma faiblesse, qu'en est-il alors de la donation que je t'ai faite de la nue-propriété des actions L'Oréal ?", donation ( la nue-propriété chiffrée à 30% des actions du géant cosmétique), que Liliane Bettencourt menace de "procédure en révocation".

Quant à la fortune de l'infortunée mère, elle est estimée à 17 milliards d'euros.
On comprend que cette affaire de gros sous dépasse le fait divers. Surtout que Neslé, avec 28,9% du capital de L'Oréal,  en est le deuxième actionnaire. Celui-ci  pourrait bien faire  main basse sur l'ensemble du groupe...dont Bettencourt-Meyers, le gendre de la vieille dame, est vice-président du conseil d'administration de l'Oréal...
On voit ainsi l'ampleur de la  tragédie familiale, que la direction de l'entreprise qualifie  "d'affaire stictement interne à la famille Bétencourt, qui ne concerne pas L'Oréal".

Ces relations mère-fille vont certainement passionner les lecteurs du Monde.
On nous avait déjà conté les démêlés judiiaires de la famille du baron Seillière, se disputant devant les tribunaux, la répartition des profits d'une spéculation juteuse opérée par Wendel Investissement.
Décidément, les "grandes familles" ont leurs tourments !


Dans ce registre, il aurait été encore plus intéressant, pour ces derniers, de faire connaissance avec le père de Liliane.
Car ce père est connu.
Il a,  durant deux décennies, défrayé la chronique. Eugène Schueller, c'est son nom, fondateur et propriétaire de l'entreprise Monsavon, l'ancêtre de L'Oréal, a été lui aussi prodigue de son argent.  Mais les heureux bénéficiaires de la générosité patronale n'étaient pas alors des photographes, mais la bande de tueurs de la Cagoule, nommés Eugène Deloncle, Jacques Corrèze, Joseph Darnand, François Méténier, Jean Filliol, le général Dusseigneur, et derrière eux, un certain Philippe Pétain...
On retrouve tous ces gens à Vichy et dans les basques de l'Occupant nazi :

"Eugène Deloncle et Jacques Corrèze sont de ceux-là. Ils fondent le Mouvement Social Révolutionnaire, avec Eugène Schueller, et participeront à la création, en janvier 1941,  du Rassemblement Nationa Populaire. Deloncle en sera expulsé en septembre.
Schueller, lui, reste avec Déat et dirigera la Commission économique du RNP, sous la responsabilité de Georges Albertini. Jacques Corrèze, pour sa part, après un bref séjour sur le front de l'Est dans la Légion des Vontaires Français contre le bolchevisme, revient à Paris et 's'occupe' des biens juifs.
(...) Arrêté, jugé et condamné en 1948 à dix ans de prison, Jacques Corrèze - qui a épousé la veuve de Deloncle - est libre en 1950. Eugène Schueller lui confie immédiatement des postes de responsabilité au sein de L'Oréal. Il représente la firme à l'étranger, puis il devient le président de la Cosmair, sa filiale aux Etats-Unis." *

Eugène Schueller, quant à lui, traverse sans encombre la Libération. Il poursuit et amplifie ses activités industrielles et commerciales, faisant de L'Oréal une multinationale, et de sa fille Liliane, la femme la plus riche de France...

Telle est la première partie de la chronique de la famille Schueller-Bettencourt.

Dommage que Le Monde, si friand de sagas, n'ait pas eu l'idée de remonter ainsi dans le temps, privant ses lecteurs attristés des malheurs de la fille, du récit des bonheurs du père !
Le dernier fut un bonheur postume :  sans doute pour récompenser son ardeur passée dans ses activités  du rapprochement franco-allemand (on appelait ça la "collaboration", dans ces années-là). Son nom fut, en effet, donné en 2008, à l'institut de recherche créé en commun par le prestigieux Collège de France et l'Oréal. Cet institut s'appellera donc Schueller-L'Oréal !

Quand on vous dit qu'une lotion de cette firme donne une second jeunesse ...

* "LE DOSSIER GEORGES ALBERTINI, une intelligence avec l'ennemi".
   
de Jean LEVY
    édité chez L'Harmattan

Tag(s) : #Histoire

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