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Au lendemain des immenses manifestations du 19 mars, les huit Confédérations se sont donné dix jours pour "consulter leurs appareils de direction" sur "les suites à donner" au mouvement de contestation populaire. Ils se revoient le 30 mars, date à laquelle ils doivent décider d'une nouvelle initiative unitaire.
Pourquoi ce nouveau report ? Au-delà de la procédure démocratique avancée, semble se profiler des divergences entre organisations sur le tempo et la nature des actions envisagées.
Déjà la CFDT, par la voix de François Chérèque lance des appels désespérés au pouvoir, de "faire un geste" ...On connaît la musique ! Chercher un alibi pour "casser" le mouvement, comme en 2003, en pleines actions communes pour la défense des retraites. A l'inverse, Solidaires et la FSU proposent une nouvelle démonstration avant Pâques.
On comprend la Fédération enseignante :  les collectifs "Sauvons la recherche" et "Sauvons l'Université", qui ont le soutien massif du personnel enseignant, des étudiants  et des parents d'élèves, ont déjà programmé deux nouvelles journées d'action dans les prochains jours.
La FSU ne peut que suivre un mouvement de masse qui ne faiblit pas.
Et la CGT
Prudente, elle met en avant "les vacances de Pâques", qui s'étalent tout le long du mois d'avril, pour s'nterroger sur l'opportunité de s'engager durant cette période. Etonnant motif : ces vacances scolaires devraient décourager, en premier, les enseignants. Or, ce sont ceux-ci qui sont en pointe et récusent tout délai dans l'action !
En fait, la CGT fait de "l'unité syndicale" entre les huit confédérations la clef de voûte du succès croissant des manifestations unitaires. Et d'en prendre prétexte pour avancer la date du 1er mai. Certes, cette journée chômée évite de recourir à la grève, celle du 19 mars ayant été moins suivie que celle du 29 janvier. On comprend les immenses difficultés pour nombre de salariés en CDD, intérimaires, en chômage technique, ou qui n'ont plus la possibilité de sacrifier quelques dizaines d'euros, les "fins de mois" commençant souvent au 15...
Mais choisir le 1er mai, alors qu'on récuse le mois d'avril pour cause de "vacances scolaires", c'est faire le pari qu'un vendredi férié, premier jour d'un long week-end, rassemblera davantage de monde. Ce qui reste à prouver.
Derrière ces options de calendrier, se cachent d'autres raisons, beaucoup plus décisives.
Attendre le mois de mai ne laisse guère de possibilités de renouveler plusieurs journées supplémentaires de mobilisation avant les grandes vacances. Et  les longs délais accordés au gouvernement permet à celui-ci de gagner du temps, misant sur un essoufflement du mouvement social, voire sa démobilisation, fruit d'une désespérance espérée.
Alors, que faire ?
D'abord, considérer que l'unité dans les luttes ne dépend pas, en premier, de "l'unité au sommet" des Confédérations. L'expérience le montre : c'est, à la base,  la volonté partagée par le plus grand nombre de salariés d'agir ensemble pour gagner, qui est déterminante. C'est le cas aujourd'hui. La colère gronde et s'amplifie. Elle gagne de proche en proche les travailleurs dans les entreprises publiques et privées. Ils ont besoin d'exprimer, en semble,  leur "ras-le-bol". De plus en plus nombreux, ils ont le sentiment qu'ils n'ont plus rien à perdre, et que le seul chemin  offert, c'est la lutte unie.
Le 29 janvier et le 19 mars, encore davantage, ils l'ont prouvé.
Le "front uni" des organisations syndicales découle de cette réalité. Si certains syndicats, la CFDT en tête, n'ont pas, à cette date, pris le chemin de la trahison, la raison en est qu'ils ne le peuvent pas, poussés par le vent de révolte. Si celui-ci s'apaisait, il ne faudrait pas longtemps à François Chérèque pour franchir, seul, le perron de l'Elysée. Il doit trépigner sur place en espérant cette opportunité.
Faire donc de l'unité au sommet avec de tels "partenaires" la condition de la poursuite de l'action de masse, relève du fantasme, voire de l'alibi. Le dilemme "unité au sommet" opposé à "l'unité à la base" a alimenté de tout temps les controverses au sein de la CGT. Et les leçons ont toujours été tirées, après les échecs : seule l'unité scellée entre les salariés est gage du succès.
Aussi, les dix jours qui viennent devraient être le temps, pour la CGT et ses syndicats, de CONSULTER les travailleurs dans les entreprises, à partir d'une seule considération :  la poursuite élargie de la mobilisation populaire.  Quelles formes d'actions , quel calendrier, adoptés pour contraindre pouvoir et Médef à négocier dans le meilleur rapport de forces possible, devraient être les questions posées dans chaque entreprise à partir de propositions concrètes.
La période qui vient, si elle permettait une telle consultation de masse, avec des AG partout et un dialogue direct entre la CGT les syndiqués et les salariés, serait déjà un tempo de mobilisation, avec un énorme effet de résonnance publique.
En outre, cette procédure démocratique de grande ampleur, permettrait de rompre avec ce sentiment latent : les salariés son appelés à l'action, à jour fixe, comme de petits soldats qu'on fait manoeuvrer, pour servir aux dirigeants syndicaux "d'élément d'ajustement" pour peser dans la balance.  Les travailleurs ne sont ni des "intermittents" du spectacle social, accaparé par les  Confédérations, ni les figurants qui chantent, dans les opéras, "Marchons, marchons..." en faisant du surplace, semblant étrangers au livret écrit par d'autres.
Les salariés (dont font partie les "privés d'emplois") doivent tenir le premier rôle. Ce sont eux les acteurs de la pièce qui se joue aujourd'hui.
La bataille sociale engagée, en pleine crise du capitalisme, constitue un affontement de classe sans précédent. De son issue, dépend non seulement l'avenir individuel de chaque travailleur - la misère ou un emploi avec  les moyens de vivre - mais aussi le futur même de notre société.

Tag(s) : #Lutte de Classe
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