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Nous, qui sommes blasés quant au degré de servilité des médias vis-à-vis du pouvoir, nous restons confondus par les « analyses » des journalistes, commentant les résultats des élections européennes du 7 juin. Et, nous ne parlons pas du Figaro, journal officiel du « sarkozysme ».

Non, il s’agit des journalistes des télés et des radios, dites de service « public ».

Hier soir, sur France 2, comme ce matin, sur France Inter, tous les journalistes, avec un aplomb sans nuance,  crient au triomphe du parti du Président, de « l’écrasante victoire de l’UMP ».

Et pourtant, les chiffres sont là, connus et éclairants : les listes UMP, regroupant en leur sein toutes les forces de la majorité, ont recueilli moins de 12% des inscrits. Rappelons que Nicolas Sarkozy avait obtenu, au second tour des ‘présidentielles’, 43% de ces mêmes inscrits.

Cachant cette réalité, les Nicolas Demorand, les Bernard Guetta, les Thomas Legrand, qui officient sur France Inter, passent plus que rapidement sur le phénomène des abstentions, pour ne commenter que les résultats calculés sur les suffrages exprimés. Ce qui les conduit à évacuer l’influence réelle de chaque liste. Ils peuvent ainsi, mensonges par omission à l’appui, inventer un rapport de force virtuel des formations politiques, et en tirer toutes les conclusions favorables au pouvoir.

Certes, le PS enregistre un pourcentage en forte baisse, fort loin des objectifs espérés.

Les listes Front de Gauche, NPA, LO, ne totalisent ensemble que 10% des suffrages exprimés (4% des inscrits). Ces résultats sont exploités pour tenter de faire croire au recul de « l’opposition », face au pouvoir. Les commentaires vont même jusqu’à prétendre à un tassement des voix des adversaires de l’UE.

Or, les chiffres le montrent : les faibles scores obtenus par « la gauche de la gauche » proviennent de l’abstention massive de l’électorat populaire, qui a préféré « le refus de vote » aux bulletins des partis qui se revendiquaient d’une « Europe sociale ». Le score réduit du Parti socialiste s’explique lui aussi, en partie, par l’abandon de suffrages, qui s’étaient portés sur le NON en 2005.

Ajoutons que les partisans de l’Europe intégrée devraient avoir du mal à se réjouir du score obtenu hier. En effet, nombre d’électeurs  ayant voté NON, ont, cette fois, par hostilité à Nicolas Sarkozy, participé au scrutin, sans abandonner pour autant, leur sentiment de rejet de l’Union européenne.

Dans ces conditions, les votes « Européens » se limite aux suffrages réunis par l’UMP, les Verts, le Modem et les socialistes (et pas tous). Au total, 30% des Français

 

Citons quelques pourcentages pour expliciter notre analyse.

 

A Paris, le nombre de suffrages exprimés se situe à plus de 48% dans les 8 et 16ème arrondissements, à moins de 42% dans le 19ème. Ce pourcentage atteint 56,05% dans les Yvelines.  Il est de 31,84% en Seine-Saint-Denis, dont 24,38% à Bobigny. Dans les Hauts-de-Seine (54,28%), ce pourcentage va de 49,71% à Neuilly pour descendre à 36,48% à Nanterre. A Marseille même, les chiffres varient de 29 à 39%, selon les quartiers populaires ou bourgeois. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les suffrages exprimés atteignent 44,44% à Lambersart, ville cossue de la banlieue de Lille, et 31, 59% à Lens. De même, dans le Val-de-Marne, les chiffres varient de 50% à Vincennes à 35,9% à Champigny.

On pourrait multiplier les exemples.

 

C’est à partir de ces chiffres – et en comparant le pourcentage d’abstentions d’une cité ouvrière avec une ville bourgeoise, que l’on pourra mieux prouver que cette abstention est avant tout un réflexe politique lié à la nature de classe de la population de la cité.

Déjà, en 2005, les analyses du vote montraient que le NON était massif dans les villes ouvrières (plus de 70%), et faible dans les localités résidentielles (30%). De même, les jeunes, les employés, les chômeurs constituaient les gros bataillons du refus de l’Europe intégrée.

Déjà, on peut dire que l’abstention, manifestée hier (soit 60%, plus 2% par rapport à 2004), ne peut être considéré comme un signe d’indifférence vis-à-vis de la construction de l’Europe. C’est nouvelle une manifestation volontaire et massive, dans l’électorat populaire, du rejet de l’Europe.

 

Pourquoi  cette affirmation ?

En 1992, au scrutin référendaire sur le traité de Maastricht, comme en 2004, lors du referendum sur la Constitution, seuls 30% de l’électorat s’était abstenu. En comparant ce taux avec celui des élections européennes du 7 juin, on constate que le taux d’abstentions a doublé : 60% au lieu de 30%.

Aux scrutins précédents, où il était question d’une approbation ou d’un rejet du projet européen, la grande majorité de la population a pris part au vote, se sentant concernée par l’enjeu. Hier, la question posée supposait l’adhésion des électeurs au processus de fonctionnement interne des institutions européennes.

Il n’y avait pas d’autre choix.

Aussi, refusant cette situation, et voulant marquer leur hostilité renouvelée à la construction européenne, plus de 13 millions d’électeurs, qui avaient pris part au vote du 29 mai 2004, se sont abstenus hier.

 

Telle est la réalité que les médias nous cachent.

Tag(s) : #Europe
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