Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

DE PACTE EN PACTE

 

Il y a soixante-dix ans, le Premier septembre 1939, commençait la Seconde Guerre mondiale. A cette occasion, les médias, ne manquent pas d’en rejeter la responsabilité sur le fameux « Pacte » signé entre les gouvernements allemand et soviétique, le 23 août précédent.

Le Monde, daté des 30 et 31 août,  consacre même une page entière à l’évènement, s’employant à dénoncer la Russie de Poutine, coupable de justifier le Pacte.

 

En fait, depuis soixante-dix ans, dans notre pays, la propagande officielle, relayée dans l’enseignement de l’histoire, vise à entretenir l’idée que c’est le Pacte qui a permis le déclanchement du conflit.

 

L’argument employé est double :

-  d’une part, les Accords de Moscou entre Molotov et von Ribbentrop, ont laissé à l’Allemagne les mains libres pour envahir la Pologne

- d’autre part, le Pacte, n’était pas de simple « non-agression », mais impliquait le partage, entre les deux puissances, de territoires étrangers, telle la dite Pologne, et aussi les Pays baltes.

 

Que répondre à ces deux assertions ?

 

Si les puissances occidentales et leurs médias, dès cette époque, ont focalisé leurs attaques contre l’Union soviétique, c’est pour évacuer leurs propres et terribles responsabilités dans l’attitude d’agression de l’Allemagne hitlérienne. En effet, la France et la Grande-Bretagne, avaient, l’année précédente, signé les « Accords de Munich », le 30 septembre 38, offrant à Hitler la Tchécoslovaquie indépendante, sans en avoir référer au gouvernement de ce pays, écartant l’URSS de toutes négociations.

 

Erreur de jugement de la part de Paris et de Londres, ou choix délibéré des deux capitales occidentales, de pratiquer, sous couvert de ‘stratégie d’apaisement’ avec l’hitlérisme (pour soit disant « maintenir la Paix »), une politique de capitulation, en clair d’avoir fait, de longue date, le « choix de la défaite », pour reprendre l’expression d’Annie Lacroix-Riz ? *

 

Les faits justifient ce dernier jugement.

En effet, le « Pacte  de Munich » (Pourquoi dire les « Accords » ?), succède aux agressions  successives pratiquées par l’Allemagne, depuis la réoccupation militaire de la Rhénanie, en mars 1936, jusqu’à l’annexion de l’Autriche, en mars 38, faits qui ne laissaient guère de place à  une volonté de paix du Reich.

Pire même, ce pacte passé aux oubliettes de l’histoire, le Pacte à Quatre – c’est son nom – signé en juillet 1933, entre Paris et Londres, d’une part, avec Berlin et Rome, d’autre part, alors que la folie meurtrière du régime hitlérien se déployait contre les opposants communistes et sociaux-démocrates, déjà entassés dans les premiers camps de concentration, et vis-à-vis des Allemands d’origine juive, stigmatisés et pourchassés par les bandes de SA. Les gouvernements français et britannique n’ignoraient pas,  alors,  la terreur nazie, pas plus que la dictature sanglante du fascisme transalpin.

Il est vrai que Hitler et Mussolini devaient leur pouvoir aux capitalistes allemands et italiens, dont les affaires étaient si imbriquées avec celles de nos propres capitalistes…

 

Pour revenir aux évènements qui ont précédé la guerre, faut-il rappeler, au lendemain de Munich, la réception somptueuse, à Paris, du ministre des Affaires Etrangères allemand, Joachim von Ribbentrop, le 6 décembre 1938, les assurances qui lui furent données, et confirmées en mai 1939,  quant à la répression à venir des activités  des communistes français…

Et ceci, des mois AVANT la signature du Pacte de non-agression du 23 août 39.

Cela n’avait pas empêché l’Union soviétique de déployer des efforts, tout au long, du printemps 39, en vue de signer un pacte militaire avec la France et la Grande-Bretagne, pour tenter de dissuader Hitler de déclancher la guerre ou, du moins, de faire face, ensemble, à cette éventualité.

Les deux nations occidentales ont saboté cette tentative.

 

Il ne restait pour l’URSS, qu’une seule solution : écarter le conflit de ses frontières.  C’est dans cette perspective que fut signé le Pacte avec l’Allemagne, avec le retour aux frontières de l’ancien territoire russe, avant que celui-ci ne fut amputé par les Alliés, des provinces baltes, et par la Pologne, des ses plaines occidentales, tout au long de la ligne Curzon. Ainsi, l’Armée rouge fait mouvement vers l’Ouest, jusqu’à l’ancienne frontière, délimitée par le Boug, obligeant ainsi la Wehrmacht à un recul stratégique.

Qualifiée de « partage » de la Pologne entre Staline et Hitler, cette opération fut, à l’époque, considérée par des quotidiens anglais, de « premier recul » de l’Allemagne nazie. Un quotidien français, Le Matin, violemment anti-communiste, et qui se vautrera dans la collaboration avec l’Occupant, écrit, le 24 septembre 1939 :

« …Il est bien visible que les soviets ont obtenu des Allemands des concessions dépassant largement ce qui avait pu être convenu le 23 août puisque, sur certains points, les Allemands devront reculer de 150 kms ».

 

Le même jour, Le Temps, organe officieux du Comité des Forges, qualifie ainsi  l’évènement :

«L’abdication allemande devant les Soviets… »

 

De son côté, le Daily Mail, le très conservateur quotidien britannique, écrit le 1er octobre 39 :

« Une guerre soviéto-nazie vient de se terminer par la défaite de l’Allemagne ».**

 

Ces appréciations n’empêcheront pas le gouvernement français de pratiquer immédiatement une politique de répression anticommuniste :

dès le 27 août, la presse du PCF est interdite, et le 26 septembre, le Parti, ainsi que toutes les organisations qualifiées de communistes, sont interdites. Des centaines de militants sont arrêtés. La chasse à l’homme commence.

Comme promise au mois de mai précédent, par les autorités françaises,« la mise à la raison  des communistes » prend pour prétexte la signature du Pacte, alors que les hitlériens français préparent ouvertement la défaite.

 

 

*     Lire deux livres de l’historienne, Annie Lacroix-Riz :

           « Le choix de la défaite » et « De Munich à Vichy », chez Armand Colin

       Et   de Jean Lévy et Simon Piétri :

           « De la République à l’Etat français, le chemin de Vichy », chez L’Harmattan

 

**     Ces jugements n’empêchent pas Le Monde, des 30 et 31 août 2009 de prétendre le contraire, à l’unisson des médias français :

 « Le pacte ‘de non-agression’ s’est mué très vite en une alliance entre Staline et Hitler, prompts à dépecer l’Europe de l’Est et du Nord, de la Finlande aux pays baltes, en passant par la Pologne ».

 

 

Tag(s) : #Histoire