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Polémique
sur
RUE 89
Virer un ministre ?
C'est simple comme un coup de fil de Bongo

Jean-Marie Bockel, Omar Bongo, Alain Joyandet (Audrey Cerdan/Rue89. Reuters).


Savez-vous comment on vire un ministre en France ?
On imaginait, mais désormais on sait, grâce à Robert Bourgi, le très loquace « monsieur Françafrique », qui a décrit par le menu, sur RTL lundi matin, la manière dont Jean-Marie Bockel a été débarqué du poste de secrétaire d'Etat à la coopération à la demande d'Omar Bongo l'an dernier.

Robert Bourgi, le conseiller officieux de l'Elysée sur l'Afrique, explique sans détour comment « papa » -c'est ainsi qu'il appelle le défunt président gabonais- l'a appelé début 2008 pour qu'il dise à « Nicolas » [Sarkozy, le président de la République française] qu'il fallait qu'il limoge l'effronté Bockel qui avait eu l'outrecuidance, dans ses voeux à la presse, puis dans les colonnes du Monde, de proclamer son intention d'achever la Françafrique, et de critiquer la gouvernance de certains pays africains, citant nommément le Gabon. Robert Bourgi, « fiston » pour Bongo, raconte :

« Je suis allé voir le président de la République à l'Elysée en présence de M. Guéant et je lui ai passé le message ferme et voilé de menaces du président Bongo. Et il m'a dit : “Ecoute, dis à Omar, comme il l'appelle, et aux autres chefs d'Etat que M. Bockel partira bientôt et sera remplacé par un de mes amis, un ami de M. Guéant.” » (Voir la vidéo sur RUE 89)

 


L'ami en question, c'est l'actuel secrétaire d'Etat à la coopération, Alain Joyandet. Peu de temps après, on verra sur Canal+ cette séquence irréelle : le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, se rendant à Canossa auprès du Président Bongo à Libreville, pour présenter Alain Joyandet et sceller la réconciliation.
Avec, Robert Bourgi comme entremetteur.

Qu'est-ce qui a poussé Robert Bourgi à parler autant lundi matin à la radio, sans doute avec le feu vert de l'Elysée ? Si l'intention était, comme il tente de le faire dans la première partie de l'entretien, de démontrer que Ali Bongo, le fils du défunt Président, n'était pas le candidat de la France, il aura échoué. L'impression qui ressort de cette interview, c'est au contraire toute la force des réseaux qui, depuis un demi-siècle, ont été tissés entre la France et ses anciennes colonies.

L'épisode de Bockel, que Bourgi rapproche lui-même de l'éviction un quart de siècle plus tôt, de celle de Jean-Pierre Cot qui s'était opposé à ce que des crédits de coopération servent à rénover la décoration intérieure de l'avion présidentiel gabonais, montre à quel point certaines moeurs restent immuables dans la Françafrique.
Jean-Pierre Cot avait été sacrifié par François Mitterrand sur l'autelNicolas Sarko des bons rapports avec Bongo, comme Jean-Marie Bockel l'a été par Nicolas Sarkozy pour les mêmes raisons.

On ne remerciera jamais assez Robert Bourgi de sa candeur. Il permet de constater que ce qui semble parfois trop gros pour être vrai correspond réellement à la réalité. Et permet de comprendre un peu mieux le contexte dans lequel se déroulent les événements tragiques du Gabon, et cette colère antifrançaise que décrit très bien, par ailleurs, notre ami Théophile Kamouao.

La seule tristesse de cette affaire est de voir Jean-Marie Bockel accepter cette humiliation, et de laisser passer sans broncher, lundi, cette mise à nu du théâtre de la cruauté franco-africaine.


Photos : Jean-Marie Bockel (Audrey Cerdan/Rue89). Omar Bongo, Alain Joyandet (Reuters).

Tag(s) : #Contre l'impérialisme
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