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Italie : LE PATRONAT REDISTRIBUE LES CARTES

 

Silvio Berlusconi semblait régner en maître sur l’Italie. Son parti, le Peuple de la Liberté, en alliance avec la Ligue du Nord, dispose d’une confortable majorité dans les deux chambres. Disposant de la télé (ses chaînes privées, comme celles restées publiques) et de moyens médiatiques fantastiques, rien ne semblait menacer son pouvoir. Pas le moindre député communiste, pas un qui se réclame même de « la gauche ».  L’opposition politique est déconsidérée : les anciens leaders du PCI sont, de mutation en mutation,  reconvertis dans un Parti Démocrate, rallié à la loi du marché et fanatique de l’Europe.

Rien donc pour entraver la marche triomphale du « Cavaliere ».

 

Patatras, rien ne va plus. S’emparant des frasques amoureuses attribuées à Berlusconi, la presse, en particulier La Reppublica » dite de ‘centre-gauche’, tente de faire trébucher le chef du gouvernement italien, à partir de sa vie privée. L’affaire ne semblerait pas grave, si d’autres faits, autrement politiques, ne venaient confirmer une crise bien plus profonde qu’il n’y paraît.

D’abord, l’invitation faite à Gianfranco Fini, le président de l’Assemblée nationale, par les dirigeants du Parti Démocrate, à leur fête, l’autre semaine. Et son intervention publique, lui, l’ancien responsable de l’Alliance nationale, la formation issue des forces néo-fascistes, devenu le numéro 2 du parti majoritaire. Cette nouvelle proximité devait interroger les Italiens qui croient encore au « progressisme » des leaders du PD, mais plus encore Silvio Berlusconi, lui-même, sur la solidité de l’alliance nouée avec Gianfranco Fini.

Mais plus intéressants encore, les efforts de regroupement autour du « centre », l’UDC de Ferdinando Casini, à qui Berlusconi fait les yeux doux, pour élargir sa majorité à une fraction catholique, proche du Vatican. Or, ces milieux n’apprécient guère la publicité donnée à sa vie privée.

Casini, si l’on en croit Le Monde (du 15 septembre),

: « ne fait rien pour démentir l’hypothèse d’un « grand centre », qui viendrait prendre la place de la démocratie chrétienne. Adoubé par le Vatican et une partie de l’épiscopat italien, cet objet non identifié pourrait s’ouvrir aux catholiques du Parti Démocrate, aussi bien qu’aux déçus de tous les camps ».

Et d’ajouter, pour que les choses soient claires :

« La presse italienne a indiqué à plusieurs reprises le rôle de coordinateur que pourrait jouer le président de Fiat, Luca Cordero di Montezemolo, qui vient d’ouvrir une fondation politique dans cette structure encore floue. ».

Le quotidien précise en outre :

« Samedi, lors de ses états généraux, l’UDC a accueilli a bras ouvertFrancesco Rutelli (leader du Parti Démocratique) et Gianfranco Fini ».

 

Une recomposition du paysage politique italien semble en cours.

Mais pourquoi « lâcher » Berlusconi ?

En fait, celui-ci confond sans doute un peu trop ses affaires personnelles et celles de la classe qui l’a placé sur orbite, et se conduit souvent en « électron libre » pas toujours contrôlable, sans grande vigueur européenne.

C’est peut-être la cause essentielle des manœuvres actuelles. Bruxelles préfère les hommes politiques bon chic, bon genre, fiables, nourris au lait européen de la démocratie chrétienne et de la sociale démocratie.

Le rassemblement qui s’esquisse au-delà des Alpes, avec la bénédiction du Saint-Siège et de la grande industrie, présente toutes les garanties d’un retour à l’ordre ancien : l’alternance d’un faux « centre » de droite avec un faux « centre » qui se réclame de la gauche.

Ainsi s’expliquerait le « divorce à l’italienne » entre Silvio Berlusconi et le grand Patronat…pour mieux préparer le nouveau mariage, évoqué plus haut.

 

Rien n’est encore fait. Berlusconi soigne son image auprès du bon peuple. Sa fortune, la seconde d'Italie, lui permet encore une certaine indépendance.

Mais si la Ligue du Nord, xénophobe et fédéraliste, faisait « chambre à part » à son tour, en exigeant de nouvelles élections, la crise entrerait dans une phase nouvelle.

 

Bruxelles doit suivre la situation avec attention.

Texte de Jean LEVY

Tag(s) : #international
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