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Canempechepasnicolas,
dans sa volonté de développer le débat sur la situation politique et sociale et les solutions pour changer de société, donne la parole à

Regroupement Communiste
(nouvelle série)

Bulletin de l'Association des Amis du Manifeste
BP 60005 / 17101 Saintes cédex 
email :
communiste17@free.fr 

Vendredi 2 octobre 2009

Qui fera la révolution ?

  Dans le capitalisme l’individu se définit comme privé (ceux qui sont toujours partis d’eux-mêmes…). Mais les prolétaires perçoivent plus fortement que les autres qu’ils ne peuvent défendre leur existence qu’en s’associant. 

Dès les tous premiers syndicats jusqu’à la création des partis communistes qui ont tenté d’abolir la concurrence entre travailleurs, un mot d’ordre est né avec le développement du capitalisme, en réaction à l’internationalisme du capital : « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Il a mis en lumière la nécessité pour le prolétariat de se construire comme sujet collectif, agissant contre la bourgeoisie pour faire valoir les intérêts communs à toute la classe.

Car « la résistance s’use si elle reste sur la défensive, si elle n’acquiert pas, dans le mouvement, la capacité de dépasser la lutte contre les effets pour s’attaquer aux causes » comme l’écrivait fort justement Maurice Lionnet dans le n°48 de RC, en 1997.

Les réactions collectives des Goodyear, Conti, Molex, Ford, Caterpillar et de toutes les entreprises de l’automobile en lutte sont des actes en grande majorité défensifs guidés par la colère et la volonté de ne pas laisser faire.

Dans le même élan, certains dénoncent les cadences infernales, l’emploi d’intérimaires avec l’instauration des 4/8 (comme chez Goodyear). Mais de la résistance à la révolution il y a un long chemin semé d’embûches à commencer par la méconnaissance des mécanismes qui régissent le travail dans le système capitaliste.

Des initiatives ouvrières comme la Conférence Internationale des travailleurs de l’Automobile (CITA), qui se tiendra à Hanovre (Allemagne) du 16 au 18 octobre devrait, à mon sens, plancher sur cette question :

« Pourquoi le travail productif disparaît-il, et pourquoi n’y a-t-il pas de solution de remplacement dans le système capitaliste ? ».

Les luttes de résistances, même les plus violentes (comme les émeutes au Bangladesh ou encore en Egypte) se sont inscrites dans la préservation du salariat, des emplois qui finissent pourtant par disparaître. Et ce ne sont pas les délocalisations dans les pays de l’Est ou en Chine qui expliquent seules le chômage à l’Ouest car dans ces pays les files de chômeurs sont de plus en plus longues (1).

« Quelles catégories de travailleurs en raison de leur place dans la société, acquerront la capacité et la volonté de faire sauter le couvercle de la marmite ? »

Historiquement, et tant que la nécessité d’un travail plus ou moins pénible domine la production (la contrainte de devoir travailler pour vivre et non par libre choix), le cœur de l’exigence prolétarienne est l’égalité réelle devant le travail en même temps que l’économie du temps de travail nécessaire (économie au sens strict : économiser sa peine).

 Le salariat n’existe que dans la désappropriation par le capital des conditions du travail.  

Le capitalisme a bien mondialisé ses techniques de productions et développé un prolétariat qui lui fournit la plus-value nécessaire à son expansion. Mais ce dernier n’a jamais pu représenter son intérêt comme l’intérêt commun ».

 

La grande erreur commise par les révolutions précédente a été de croire que l’on pouvait éradiquer la propriété privée capitaliste en lui substituant celle de l’Etat sensée représenter le peuple dans son entier.

Les nationalisations (propriété juridique) n’ont pas empêché que se reforme une classe de privilégiés, de cadres, détenteurs des savoirs, qui dirigeaient l’économie (2).

C’était méconnaître l’opposition de la science aux travailleurs, qu’organisent et perpétuent leurs propriétaires (puissance publique et privée réunies). Celle-ci détermine le rapport capitaliste moderne où « ce n’est pas le travailleur qui utilise les moyens de production, ce sont eux qui l’utilisent. Et c’est en cela qu’ils sont capital » (K.Marx –Grundrisse).

 
Quel type de travail disparaît
 ?
 

Bon nombre de salariés ont préféré se battre pour un chèque de départ plutôt que pour préserver un travail qui leur semble condamné (exemple les New Fabris mais aussi ceux de Nortel, de SKF de Servisair ou encore de LegrémMante à Marseille.

Le salarié sait bien qu’il n’a que son salaire (en baisse constante) pour vivre et faire vivre sa famille bien souvent.

Mais il y a aussi dans ce changement d’attitude un « ras-le-bol » à l’égard des conditions de travail qui n’ont cessé de se dégrader (3).

Le travail, aux yeux du capitaliste, est une valeur d’échange et à ce titre ne se représente qu’au travers de l’argent et s’il peut économiser du temps de travail c’est qu’il entend en diminuer le coût.

Mais l’augmentation de la productivité (qui écrase les ouvriers et explique en grande partie leur révolte, comme nous l’avons analysé dans de récents articles) permet de produire plus de marchandises (de valeurs d’usage) et contient de moins en moins de travail immédiat et donc, du fait de l’automatisation et de l’augmentation des cadences, produit de moins en moins de plus-value.

C’est « l’écroulement de la production fondée sur la valeur d’échange » (quantité de travail immédiat).

Voilà pourquoi même si la richesse produite a considérablement augmenté le chômage a littéralement explosé.

Pourtant le prolétariat pose la condition que le travail est le fondement de la vie sociale, que l’exigence d’égalité réelle est dans le partage du travail et des revenus (et non pas simplement formelle comme dans l’idéologie bourgeoise).

Cette égalité exige à son tour l’abolition des rapports capitalistes et des classes.

Or abolir les divisions capitalistes du travail entre les puissances intellectuelles scientifiques, maîtresses de l’outil de production et les exécutants qui en sont dépouillés, c’est socialiser la propriété de tous les moyens de productions jusqu’à l’appropriation par tous des savoirs scientifiques et techniques qui représentent aujourd’hui le véritable pouvoir des hommes.

Ce qui peut être à l’ordre du jour des débats du CITA, c’est la réappropriation des conditions de la production, lesquelles sont collectives.

Rappelons que le capital développe l’idéologie de la quantité de travail, de sa valeur d’échange, de l’argent qui est la réalité des rapports sociaux.

Il créé des individus certes libres (non plus les esclaves de l’Antiquité) mais égoïstes parce que séparés dans la production par la division du travail, exerçant une activité pour une quantité d’argent qui ne correspond même pas à la richesse produite puisque leur salaire n’est que le prix de la force de travail et non pas du travail lui-même que s’accapare le capitaliste dans sa totalité.

En tant que propriétaire des sciences et des technologies, il a perfectionné l’outil de production (par l’automatisation et l’usage de l’informatique) à un tel niveau que le travail est réduit à peu de chose (d’où le chômage et l’appauvrissement général des diverses couches de la société). Avec pour seul et unique but, le profit, il détruit des emplois jugés moins productifs et dans le même temps fait disparaître le travail privé et la propriété privée pour lui substituer une immense propriété collective des puissances bourgeoises.

La concentration du capital s’accompagne de sa spécialisation, de sa segmentation en capital financier, industriel, commercial, étatique etc… qui accentue la disparition de la propriété privée, de même que la parcellisation du travail ouvrier accentue sa désappropriation.Le travail productif qui disparaît se retrouve dans le capital sous la forme des sciences et des techniques

aux mains de cadres, ingénieurs et techniciens qui ne produisent pas de valeurs (4) mais contribuent à en faire produire plus par les travailleurs. Et c’est là que se situe la contradiction majeure d’un système qui ne fonctionne que sur la loi de la valeur.

A contrario, pour que la science ne soit plus du capital, il faut que les travailleurs en aient la maîtrise collective, que leur « corps social » ne soit plus distinct et opposé à leur « cerveau social ».

 Des résistances à la révolution

Cela nécessite le renversement du capitalisme et l’élévation du prolétariat par la maîtrise de l’outil technologique qui seul créé de la valeur d’usage (peut donc satisfaire les besoins humains) tout en diminuant le coût du travail nécessaire. Le prolétariat, dans son ensemble, fera la révolution pour changer la nature du travail. La science lui permettra de libérer du temps (loisirs et formation se complétant harmonieusement), de partager le travail contraint. Au fil des nombreuses luttes que devra mener le prolétariat pour son émancipation (5), il deviendra du travail riche parce que libre et choisi.

Ainsi le caractère scientifique du marxisme, sa connaissance, est bien un acte libérateur. Le communisme et le parti qui va naître dans le capitalisme sénile représentent bien ce « mouvement qui abolit l’état actuel », tel que Marx l’avait défini.

Toute une classe qui élève ainsi le niveau de sa lutte jusqu’à prétendre vouloir changer la société se proclame alors universelle et agit pour le bien de l’humanité.

Si les résistances limitent les effets du capital, seule, une classe unie et formée par un parti communiste peut profiter de l’anémie dont est frappé le capitalisme pour s’emparer des leviers de commande et mettre fin à ce système ainsi qu’aux souffrance

Pierre Lehoux
septembre 2009

 


(1)   Les dix pays PECO enregistrent en moyenne un niveau de chômage bien supérieur (15%) par rapport à l’Europe de l’Ouest, avec toutefois des situations contrastées. Le taux de chômage atteint 20% en Pologne et 19% en Slovaquie. La situation est d’autant plus inquiétante dans ces deux pays que le chômage exclut massivement du marché du travail les jeunes de moins de 25 ans (plus de 40% des jeunes femmes en Pologne), et que le chômage de longue durée y touche une part importante de la population. 

Quel est aujourd’hui le taux de chômage en Chine? Et comment est-il calculé?Le taux de chômage ne concerne en réalité que les urbains licenciés. Donc tous les urbains qui n’ont pas de contrat de travail et qui perdent leur emploi ne sont pas comptabilisés. Ce taux exclue les travailleurs migrants et les populations rurales. Les informations officielles du PCC à la fin de l’année 2008 affichaient un taux de chômage « urbain » à 4,2 %.  Dans le dernier Livre Bleu de la Société en Chine, un livre annuel de l’Académie chinoise des Sciences Sociales, le taux de chômage dans les zones urbaines est indiqué comme plafonnant à 9,6 %. Pourtant, le professeur Zeng Xiangyuan, directeur de l’Académie du Travail et des Relations Sociales à l’université Renmin de Chine, a déclaré qu’en se basant sur des données découvertes à la suite d’enquêtes, le taux de chômage en Chine pour les zones aussi bien urbaines que rurales devrait se situer entre 24 et 27 % si on le convertit aux normes internationales. Alors que le taux de chômage en Chine s’accroît, les protestations, elles, ont augmenté.

 


(2) Dans le capitalisme des monopoles, le « manager » n’a pas besoin d’être propriétaire de ses instruments pour diriger et c’est bien pourquoi la nationalisation n’est en rien une condition suffisante à l’appropriation collective.

 


3) Entre baisse des salaires et augmentation de la productivité la santé  des ouvriers est plus précaire que jamais. Chez les sous-traitants de l’automobile où les salaires sont inférieurs de 30 à 50% par rapport aux constructeurs les ouvriers sont usés à partir de 37-40 ans : dans un cycle de travail d’une minute, ils peuvent faire jusqu’à quinze opérations mesurées en centièmes de seconde. Il y a entre 40 et 55% des ouvriers-monteurs qui ont des restrictions médicales mais qui ne sont jamais prises en comptes ni même avouées par peur de perdre l’emploi (source : Le Monde – dossiers et documents – septembre 2009).

 


4) d’ailleurs plus se développe le pôle des puissances intellectuelles (du fait de la concurrence qui stimule les capitalistes et les poussent à moderniser) dont le travail ne produit pas de plus-value mais représente au contraire un coût pour le capital (c’est pour cela que cette fonction est assimilé à du capital fixe comme les machines et les usines) et plus la part de plus-value se réduit au fur et à mesure que disparaissent les emplois qui en produisent.

 

(5) Bien que soutenu par un Etat prolétarien c’est le prolétariat constitué en une vaste association qui répartira les tâches au sein de la nouvelle société. Le travail ainsi posé ne peut plus appartenir à une caste d’individus et ne produit alors que des valeurs d’usage (pour répondre aux besoins de la société).

On peut alors affirmer que le travail riche transforme l’individu en un homme nouveau.

Par Association des Amis du Manifeste - Publié dans : Regroupement Communiste

 

Tag(s) : #Politique
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