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Les images d’hier et d’aujourd’hui

 

Les « images d’Epinal » étaient, au XIXe siècle, les ‘bandes dessinées’ de l’époque.

Elles ‘dessinaient’ l’actualité pour le bon peuple.

Par exemple, cette ‘imagerie’ célébrait l'empereur Napoléon Bonaparte, sa famille, ses maréchaux, ses armées et ses victoires.

Ce faisant, l'expression image d'Épinal a pris au fil du temps un sens figuré, qui désigne une vision emphatique, traditionnelle et naïve, qui ne montrait que « le bon côté des choses », telles que les autorités souhaitaient  qu’elles fussent vues. Les colporteurs se chargeaient, ensuite, de diffuser à travers tout le pays, ces ‘bandes dessinées’ coloriées pour la plus grande joie de la population.

 

En cette matière, grâce aux révolutions des sciences et des techniques, l’information visuelle est passée du simple dessin à l’image photographiée et filmée. Et, de nos jours, le pouvoir s’en sert sans compter pour donner à l’actualité le sens qui convient à sa politique.

 

Autant, pour les citoyens,  les paroles « s’envolent » et n’ont plus de crédit, autant l’image fait foi de l’authenticité. Et sans même la truquer, par le truchement de la télé, l’image dûment choisie, impose une vision uniforme de l’actualité, grâce au commentaire parlé ou sous-titré.

Le documentaire récent « Apocalypse » prétend ainsi « nous faire vivre » la ‘réalité’ de la Seconde Guerre mondiale, en exposant des « images d’archives », incontestables, à peine retouchées par la couleur.

Et pourtant, avec les mêmes images, mais avec d’autres commentaires, le sens serait inversé !

Ainsi, dans le film cité, rien qu’en chiffrant les atrocités allemandes  (et pas seulement ‘nazies’), commises en Russie ou en Yougoslavie, le téléspectateur se ferait une opinion sur la guerre, différente de celle donnée par le documentaire dans sa version passée à la télé.

Et, quotidiennement, dans les journaux télévisés, les fameux JT, images et commentaires de l’actualité sont choisis avec soin, pour imposer une seule et même vision des évènements.

 

Imaginons un instant la télé au temps de Vichy et de l’Occupation.

Certes, les images du « Maréchal », auraient tenu des « images d’Epinal », à l’égal des affiches obligatoires du ‘Pétain-aux-yeux-bleus’, qui ornaient bâtiments publics, boutiques et murs de nos villes.

Mais au-delà de cette « saintsulpicerie » larmoyante, comment aurait-on présenté Montoire et la Collaboration ?

Sûrement, avec les mêmes mots, utilisés aujourd’hui pour justifier ce qu’on appelle « la réconciliation franco-allemande ».

Et nous « montrer » « nos deux grands peuples, jusque là divisés et opposés », l’intérêt « d’agir ensemble dans une Europe unifiée ».

Peut-être aurions-nous pu voir des « images de Verdun », pour célébrer la fin de telles « boucheries ».

Et le Chef de l’Etat avec le Chancelier se congratuler.

 

Faisons un bond de soixante cinq ans dans le temps.

 

Si aujourd’hui, sur nos écrans de télé, pour évoquer la dernière guerre, nous étaient proposées des « images d’archives », authentiques et non contestées, d’Oradour, la brûlée vive avec la photo du général SS, qui l’a suppliciée, et qui fut, jusqu’aux derniers jours de sa vie, en Allemagne fédérale, totalement protégé…

quelle serait notre réaction aux ébats Sarkozy-Merkel, au son de « Deutschland über Alles » (« l’Allemagne au dessus de tout »), l’hymne officiel allemand débaptisé et débarrassé de ses deux premiers couplets ? (1)

  

On pourrait évoquer aussi le « Mur »(2), en montrant une Allemagne de l’Est, la RDA, entièrement dénazifiée, où l’on conduisait les enfants des écoles visiter systématiquement les camps de concentration, transformés en lieu de pèlerinage, et visionner la montée d’Hitler au pouvoir et la foule allemande déferlante qui l’encensait.

Et de l’autre, en  République Fédérale, la RFA, où régnait un Blobke, un dignitaire nazi, second du chancelier Adenauer, un ancien chef SS diriger les services de Renseignements, les maîtres de forges, les Krupp, les Thyssen, tous ceux qui ont porté Hitler au pouvoir, diriger toujours l’économie.

Devant un tel spectacle, librement exposé, que penseraient les Français ?

 

« Sage comme une image » n’est plus l’expression adaptée à notre temps.

 

(1) Depuis 1991, l’hymne officiel allemand se compose donc uniquement du troisième et dernier couplet. Celui-ci commence par les paroles « Einigkeit und Recht und Freiheit » (Unité et Justice et Liberté). En Allemagne, bien que cela ne soit pas passible de poursuites, utiliser le premier couplet est généralement perçu comme l'expression de vues politiques très à droite. (Wikipédia)

 

(2) Selon une étude récente de l’institut Forsa, alors qu’en 1989, 71% des Allemands de l’Est estimaient que leur vie allait s’améliorer suite à la chute du mur, ils ne sont plus que 39 % à juger leur situation meilleure aujourd’hui.

 

Jean LEVY

Tag(s) : #Histoire
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