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Dossiers de la Côte d’Ivoire

  Olivier Ndenkop :

 La pieuvre françafricaine

enserre la Côte d’Ivoire.

 

Du Nord au Sud du pays de feu Houphouët-Boigny, l’adrénaline monte ; autant que dans les États majors du Front Populaire Ivoirien(FPI) et du Rassemblement Démocratique des Républicains(RDR) qui a pactisé avec le PDCI pour donner le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Paix.

Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, les leaders respectifs de ces deux partis politiques se considèrent chacun comme le président élu de la Côte-D’ivoire. Face à cette situation pour le moins embarrassante, les ivoiriens ont perdu le sommeil.

La France en raison de sa main mise sur l’économie de ce pays est prête à tout pour que Laurent Gbagbo soit mis hors d’état de nuire.

Grilles de lecture d’une crise pas seulement juridico-électoraliste.

 

Depuis le 31 octobre dernier, le processus électoral était lancé avec le premier tour de la présidentielle et devrait connaître son épilogue avec la publication des résultats du second et décisif tour. Les choses ne se sont pas passées comme prévu. Et au lieu d’un président, la Côte-d’Ivoire en a eu deux, si on s'en tient aux médias occidentaux et aux déclarations de la "communauté internationale", après le second tour qui a eu lieu le 28 novembre.

La Commission électorale indépendante a déclaré Alassane Dramane Ouattara(ADO) vainqueur et le Conseil constitutionnel, instance suprême a reconnu la victoire de Laurent Gbagbo en invalidant les résultats dans plusieurs bureaux de vote au Nord où  les fraudes massives avaient été enregistrées par les membres de la majorité présidentielle. 

 

Depuis lors, un bicéphalisme voulu et entretenu par les puissances occidentales s’observe à la tête du pays. Situation déconcertante qui met plusieurs intérêts en jeu. Leurs détenteurs se battent par candidats interposés et usent des armes pas toujours conventionnelles. Comme de tradition, plusieurs intérêts s’affrontent actuellement au pays. 

Il y a d’abord ceux des 19 millions d’Ivoiriens.

Ces damnés de la terre, freinés dans leur développement par la longue crise qui secoue le pays depuis l’élection de 2000, veulent tourner la page des tumultes. Eux qui sont tenaillés par le chômage estimé aujourd’hui à 19%.

 

Mais, il n’y a pas que les Ivoiriens.

À l’ombre, toute la machine capitaliste est aux aguets et n’hésite pas de tirer les ficelles dans un ombre aujourd’hui transparent. Avec en tête les Français. Ces derniers y ont plusieurs « œufs » à surveiller et à protéger au cas où… Actuellement un contingent de militaire français est basé en Côte-d’Ivoire pour officiellement sauver les ressortissants français en cas d’enlisement de la crise. Mais en réalité, il ne s’agit là que d’un joli prétexte. La véritable raison de cette présence militaire selon plusieurs observateurs reste économique.

 

En effet, des pans entiers de l’économie ivoirienne sont dominés par 240 filiales de sociétés françaises. Selon un ordre quelconque, Total détient un monopole de fait sur la distribution de l’ « or noir » au « pays des Éléphants ». 

Son compatriote Bouygues règne en maître sur l’électricité, l’eau, le bâtiment et les travaux publics-BTP. Bien connu des Camerounais pour ses méthodes négrières et ses trafics en tout genre, Vincent Bolloré, le patron du groupe éponyme s’est aussi imposé en Côte-d’Ivoire comme le dragon indétrônable du transport maritime, de l’exploitation des ressources naturelles...

La liste est loin d’être close.

Les télécommunications  « ivoiriennes  » sont la chasse gardée de France Telecom. La finance ? Société Générale, Lyonnais, BNP - Paribas. La conception, l’édition et la commercialisation du livre scolaire ? Toujours les mastodontes « tricolores », pour l’essentiel. Bref, les groupes français détiennent 27% du capital social des entreprises présentes en Côte d’Ivoire.

 

Notre confrère Le Messager dans son édition n° 3242 du 08 décembre dernier évalue à 40% les contributions françaises dans le PIB de la Côte-d’Ivoire. Suffisant pour que tout ce qui se passe dans ce pays vaste de 322462 km² soit observé par le bout le plus perspicace de la lorgnette Elyséenne.

La preuve ? Alors que le président français Nicolas Sarkozy devait se rendre avec son tout dernier ministre de la défense Alain Juppé en Inde pour une visite, le patron de l’Elisée a demandé in extremis au chef de son armée de rester au pays.

Question d’engager les troupes en direction d’Abidjan si les intérêts du pays y sont menacés ?

Toujours est-il que le Ministre de la défense Juppé est resté sur place.

 

Cérise sur le gâteau, le président Sarkozy n’a pas cru nécessaire d’attendre le verdict du Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire(seule organe chargé de reconnaitre la victoire d’un candidat) pour féliciter ADO qui est par ailleurs l’ami intime de presque tous les industriels français que nous avons cités plus haut.

Au nom de quelle logique la France et la "Communauté internationale" pensent que les institutions ivoiriennes doivent-elle être mises entre les parenthèses ?

Au nom des intérêts économiques de la France et l'asservissement du vaillant peuple ivoirien.

Bonjour, le néocolonialisme ! 

 

Françafrique et mafiafrique

 

 

Le vrai visage de la françafrique se dessine donc avec la crise qui a suivi le second tour de cette élection qui voit se mobiliser les dépositaires de cet ordre inégalitaire entre la France et la Côte d’Ivoire dans le cas d’espèce. Comme le dit Christoph Boisbouvier, un journaliste très introduit dans les milieux de cette mafia française en Afrique, le président sénégalais a jeté « son » dévolu sur le candidat Ouattara. (re)établissant ainsi un axe Paris-Dakar-Abidjan qui assurait la vitalité de la Françafrique ou mafiafrique- c’est selon- qu’ont bien porté les présidents Houphouët-Boigny, Léopold Sédar Senghor et leurs homologues de la Ve République française.

 

 

Aujourd’hui, la barque françafricaine dans cette région ouest-africaine est tenue par Wade, Compaoré qui, désigné médiateur pour le conflit ivoirien avait reçu mandat d’œuvrer pour la paix sans oublier les intérêts de la « Mère patrie » dans ce pays qui est le poumon de la sous-région. Son soutien aux opposants de Gbagbo est connu (Lire l'ouvrage de Labertit, Adieu-Abidjan-sur-Seine. Aux coulisses du conflit ivoirien).

A l’inverse, et c’est un secret de polichinelle, l’actuel président ivoirien, Laurent Gbagbo a troublé le breuvage français dans cette même région. Il a pris « trop » de liberté par rapport à la métropole. En paroles et en actes. Rendant les relations entre la France et son pays très « compliquées », avec pour conséquences la redéfinition des rapports politiques, diplomatiques et surtout économiques.

Dans ce dernier cas, il a mis un terme à une tradition qui faisait de la France le partenaire presqu’exclusif du premier producteur du cacao mondial.

 

 

Les réseaux des disciples de Foccart sont-ils déjà activés pour qu’il soit châtié de sa témérité comme dans la fable « le loup et l’agneau » de Jean La Fontaine ? La France n'est-elle pas en train de prépare un génocide en Côte d'Ivoire ? Le Rwanda est-il aux portes d'Abidjan ?

Il faut bien le craindre. La France est capable de tout.

L'histoire de la décolonisation le montre à suffisance. Toujours est-il que le second tour de la présidentielle ivoirienne qui a réuni les électeurs le dimanche 28 novembre était une sorte de référendum dont la question unique, indirectement posée par l’histoire- était : Pour ou contre la françafrique ?

Ceci dans la mesure où les deux candidats représentaient des groupes d’intérêts bien précis ; et pas toujours complémentaires : les intérêts de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens et ceux des étrangers. La division est d’autant marquée que « Jeune Afrique » (N° 2602 du 21 au 27 novembre), un hebdomadaire panafricain très proche d’ADO parle des « Deux Côte-d’Ivoire ».

Une pour les ivoiriens et une autre pour qui ?

Le confrère ne répond pas à cette question.

 

Mais avec les éléments énumérés plus haut, chacun peut trouver la bonne réponse.

 

En tout cas, le second de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire a fait tomber les masques. Désormais, les Africains savent qui est qui.

Alasane Ouatarra et Guillaume Soro, garantissent le mieux les intérêts des étrangers.

C'est la raison pour laquelle ils sont soutenus par la France et la "Communauté internationale ".

C'est dommage.

 

 

6 janvier 2011

 

http://www.michelcollon.info/La-pieuvre-francafricaine-enserre.html

Tag(s) : #Contre l'impérialisme
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