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Mercredi 10 février 2010

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Pourquoi cet article et maintenant ?

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Le 23 mars 79 je venais de rentrer de l'armée, ma boite avait du débrayer pour que je retrouve mon poste à l'usine, la direction proposait le licenciement de mon remplaçant en échange de ma réintégration, nous sommes restés tous les deux.
 
Quelques jours après nous avons commencé la bataille de la sidérurgie, nous étions conscients que toute notre région était menacée et nous nous sommes retrouvés, si nombreux et déterminés, dans les rues de Paris, ce 23 mars.
 
Notre redoudable ennemi, le capital s'appuyait sur le plan du commissaire européen socialiste Davignon, déjà se formait le consensus CFDT/CNPF, patronat/syndicat réformiste.
 
Le 23 mars nous sommes partis en bus, il n'y en avait plus un de libre dans la région, les Denain ouvraient la marche et les chtis débarquaient à saint Denis.
Les banderoles et les drapeaux étaient déployés, un long cortège, comme un serpent de mer qui se renforçait au passage des salariés de la Région Parisienne qui débrayaient et nourrisaient la bête.
Tout le monde en était, mères, femmes , poussettes, déterminés et la haine au coeur.
Le chiffon rouge éclatait de partout, accroche à ton coeur était repris à toutes voix, le courage en marche.
J'ai vécu ce jour là quelque que je n'avais jamais vu, des grèves j'avais fait, des manifs encore plus mais là tout une population...c'était incroyable, incroyable.

Sur un boulevard les sidérugistes lorrains passaient, sur l'autre en parrallèle, les chtis avançaient et les deux cortèges qui n'en faisaient qu'un se  saluaient à chaque rue traversière.

Une escouade de CRS, bloquée dans une de ces rues s'était mise en position de combat et René, notre curé Cgt était aller leur dire: "devant c'est Longwy, derrière c'est Denain" "vous tenez à rester là ?!" et tous les casques à boulons étaient rentrés sagement dans leurs fourgons, la revanche serait pour plus tard.

Plus tard cela prendra la forme de pelleteuses avec des casqués derrière tirant les lacrymos sur tout ce qui se trouvait là, des charges violentes, un service d'ordre CGT qui tient debout, le métro est réouvert pour évacuer les manifestants et j'assisterai à une scène ubuesque d'une file d'élus communistes faisant la queue pour prendre leurs tickets pendant que l'on aidait les autres à sauter les tourniquets.
Je venais de faire mon service à Paris avec un camarade de la JC, Denis, alors on est remonté du métro, les manifs parisiennes on connaissait,pour reprendre notre place au service d'ordre, reculer le plus lentement possible pour évacuer encore et encore, lorsque nous nous sommes engouffrés dans le métro les lacrymos roulaient dans les escaliers, intenable !
Et puis il y eut cette sortie mémorable, la foule jaillissait des trous noirs et les banderoles se redéployaient, les drapeaux reprenaient leurs couleurs et comme cette journée n'était pas banale bien qu'elle soit commune, nous avions devant nos yeux ébahis une caserne de CRS vidée de sa substance et pour cause.
Les plus déterminés voulaient attaquer la caserne, je vous jure, et puis cela en est resté à l'idée, replis vers les cars, les yeux rouges, la colère toujours au coeur.

Je ne me souviens pas d'un combat de classe d'une telle intensité où alors si la défense de Radio Quinquin.
C'était un peuple, le peuple de gauche, celui qui se lève quand il se sent la force d'y aller, il l'a encore montré pour les retraites, contre la Constitution Giscard, cet homme qui appliquait le plan Davignon.

Si je vous remue les souvenirs ce soir, c'est parce que mes camarades lorrains sont divisés, ils eurent certains d'entre eux pour composer sur la casse de la sidérurgie, leurs descendants aujourd'hui composent et dès le premier tour des Régionales avec le Parti de Davignon, le Parti Socialiste.
D'autres ont créé le Front Lorrain de Gauche avec d'autres socialistes, un peu moins socialistes sans doute, et ceux là quoique l'on m'en dise me séduisent.
J'ignore les raisons de ce camarade qui prétend que voter socialiste au premier tour c'est cela le vote communiste, j'ignore ce qui le motive, je ne comprends pas, ce que je sais tiens en quelques mots.
Celui ou celle qui a connu et combattu le plan Davignon, celui ou celle qui sait méditer cette phrase de Georges Marchais: "si on te trompe une fois méfie toi, si on te trompe une seconde fois méfie toi encore plus, si on te trompe une troisième fois c'est que tu l'a bien voulu", ceux là ils étaient vrais, sincères.
Je ne peut penser  qu'au nom de je ne sais quel idée l'on puisse rejeter tout idéal, que l'on ait à ce point l'aveuglement pour compagnon de route, que l'on oublie les nôtres jetés comme des chiens au chômage.

Je ne suis pas lorrain , je suis un chti à Paris mais je reverrai toujours les Longwy et les Denain, ensemble, tous ensemble alors bonne route camarades du Front Lorrain de Gauche.

AG94


Edition mars 2007 Livre DVD Le dos au mur

maintenant la vidéo :

Marche des sidérurgistes à Paris - 23 mars 1979

 

Tag(s) : #Lutte de Classe
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