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Marianne2

 

Exclusif: Fottorino répond à ses détracteurs du Monde

Philippe Cohen -

Lundi 8 Novembre 2010 

C'est un véritable combat de coqs qui se joue actuellement au sein du Monde.
Suite à l'édito d'Eric Fottorino peu flatteur envers ses prédecesseurs, 76 journalistes se sont unis pour condamner une vision peu glorieuse de la gestion du quotidien. Mais le directeur du journal entend bien être celui qui dira le dernier mot de l'histoire, grâce à une lettre interne adressée à ses opposants.



Une institution peut-elle faire table rase de son passé par le silence ? Peut-on construire des choses valables sur l'amnésie ?
A l'inverse, faut-il dans certaines circonstances historiques savoir tirer un trait sur le passé, tourner la page pour de bon ?
Telles sont, au fond, les questions posées par l'éditorial d'Eric Fottorino publié la semaine passée. Sans jamais les nommer, le directeur du Monde désignait - le trio dirigeant du quotidien dans les années 1990 — Jean-Marie Colombani, Edwy Plenel, Alain Minc —comme responsables, en dernière analyse, de la perte d'indépendance du journal et de sa vente à trois capitalistes qui restent des capitalistes, fûssent-ils de gauche. 

Son édito a suscité une levée de boucliers avec la publication d'une lettre-pétition de 76 journalistes, qualifiés, peut-être un peu rapidement de «colombanistes» :
à l'image (toute proportion gardée bien sûr) de ce que fut la réconciliation après la guerre, ces journalistes revendiquaient en quelque sorte, un droit à l'oubli, en motivant leur position par le fait qu'au fond chacun d'entre eux tirait de l'histoire de cette faillite - car en terme de gestion c'en est bien une - des leçons qui lui sont propres.
En clair, ces journalistes croient qu'il n'y aura jamais de lecture commune de l'histoire du Monde parmi ceux qui l'écrivent tous les jours.

Parallèlement, Jean-Marie Colombani répondait à son tour plus que sèchement à son ancien allié Fottorino pour rappeler à quel point - ce qui est rigoureusement exact, les auteurs de la « Face cachée du Monde » pourraient en témoigner  - il avait été fidèle à la direction du journal qui avait commis toutes les erreurs racontées dans son texte...

Le nouvel actionnariat du Monde a-t-il brandi le drapeau blanc ?
En tout cas, la polémique n'est pas close puisque Eric Fottorino, dont le mandat court jusqu'en 2012, a jugé utile de répondre à ses détracteurs internes et externes. Son texte, que nous publions ci-dessous, ressemble étrangement à la manœuvre d'un funambule qui tente désespérément de se raccrocher à  sa barre après avoir tenté le diable par un écart dangereux. Le Monde reste un journal lisible tous les jours, mais c'est aussi un feuilleton sans fin...

Lettre d'Eric Fottorino adressée à ses détracteur
Bonjour à tous,

Dans une lettre-pétition qui m’a été adressée en fin de semaine, de nombreux journalistes du Monde expriment leur émotion à la suite de mon éditorial du mercredi 4 Novembre « Ecrire une nouvelle page ». Ils se sont sentis « heurtés » par mon texte, y voyant un dénigrement de notre passé collectif dont je m’exclurais commodément, laissant à mes prédécesseurs l’entière responsabilité de nos erreurs.

J’entends ce message.
L’interprétation exprimée est si éloignée de mes intentions que je tiens à expliquer et éclairer le but de cet éditorial dont j’ai pris soin de peser chaque mot. Je souhaite ainsi dissiper les incompréhensions et les malentendus.

En premier lieu, cet éditorial destiné -faut-il le souligner- à nos lecteurs, visait à répondre à la question qu’ils se posent : pourquoi Le Monde a-t-il été amené à se recapitaliser, et nous les journalistes à perdre le contrôle économique de notre entreprise ? Ce bouleversement est si lourd de sens qu’une explication s’imposait pour aborder l’avenir l’esprit libre et confiant. Elle n’était pas facile à fournir car elle n’était pas le récit d’un succès. Il fallait écrire clair et juste. Il était normal que les aspects négatifs de notre aventure l’emportent dans la description du « pourquoi ».

Depuis trois ans, de nombreuses occasions publiques se sont présentées, en interne ou dans les médias, où j’aurais pu être tenté de charger mes prédécesseurs afin de mieux faire accepter les très gros efforts que j’ai demandés à notre collectivité. Je me le suis toujours interdit. Je n’ai pas voulu y déroger le 4 novembre.

J’assume en effet pleinement tout le passé du Monde. C’est pourquoi j’ai pris soin de remonter aux années 1970 pour fondre les aspects malheureux de notre aventure dans une continuité (il y en eut aussi d’heureux, mais là n’est pas le sujet).

Mon éditorial établit noir sur blanc mon propre bilan, en particulier un plan social de 130 personnes à la SEM et des cessions d’actifs tels Les Cahiers du Cinéma, Fleurus Presse, La Procure et Danser. Il n’y a rien d’avantageux à revendiquer pareils sacrifices. Je le fais cependant sans détour. Je ne saurais être l’absent amnésique de cette histoire.

Pour autant, être comptable du passé n’interdit pas de le regarder avec lucidité.

Pourquoi le faire maintenant ?

Précisément pour rassurer nos lecteurs en leur montrant que nous avons tiré leçon de nos erreurs d’hier. Pour nous prémunir contre le risque de les répéter demain.

Deux derniers points étaient majeurs à mes yeux dans cet éditorial :
Reconnaître devant nos lecteurs que nos difficultés n’étaient pas seulement le fruit de décisions de gestion discutables, mais aussi de choix éditoriaux qui avaient pénalisé notre journal. Dire cela, c’est renforcer le lien de confiance pour l’avenir avec notre lectorat.

Reconnaître devant l’ensemble du groupe que Le Monde avait pu malmener les magazines en vendant ses actifs immobiliers et en aspirant ses bénéfices. Dire cela, c’est se donner la perspective de bâtir un vivre ensemble serein et fécond, au sein d’un vrai groupe.

Enfin, à la différence de l’éditorial non signé du journal qui engage l’ensemble de notre collectivité, celui signé du directeur exprime depuis les origines sa liberté de plume. Je souhaite que cette situation demeure.

J’espère de tout cœur avoir été bien compris car telles sont mes convictions.

Il faut maintenant construire ensemble un projet éditorial ambitieux. Je compte sur chacun d’entre vous pour y contribuer avec force.

Merci de votre attention.
Eric Fottorino

Le premier éditorial de Fottorino
Ecrire une nouvelle page
par
Eric Fottorino

Un nouvel élan. La poursuite d'une aventure éditoriale commencée en 1944 et qui se poursuivra sous les auspices d'une pérennité économique assurée: ce sont les premiers mots qui s'imposent pour saluer la recapitalisation réussie de notre maison.

Mardi 2 novembre, MM. Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse sont officiellement devenus actionnaires majoritaires du Groupe Le Monde à travers la structure dite "Le Monde Libre", qu'ils contrôlent à 100%. A l'issue d'ultimes discussions, le groupe espagnol Prisa, déjà actionnaire du Monde depuis 2005, a obtenu de pouvoir intégrer cette société à hauteur de 20%. Lagardère, qui était entré au capital la même année, a choisi de se retirer dans le cadre d'un protocole d'accord conclu le 27 octobre.
Il conserve 34% dans la filiale numérique MIA (Le Monde interactif).

Comme ils s'y étaient engagés, les nouveaux actionnaires ont en outre accordé aux sociétés de personnels une minorité de blocage qui s'exercera au bénéfice d'un pôle d'indépendance regroupant, outre les sociétés de salariés et de journalistes du groupe (dont celle du Monde), la Société des lecteurs et certains membres des actionnaires historiques dits partenaires, l'association Hubert Beuve-Méry ayant choisi de se dissoudre après avoir transféré ses actions du Monde au pôle d'indépendance.

Ainsi s'achève un processus de recapitalisation engagé dès la fin 2009 sous la houlette du président du conseil de surveillance Louis Schweitzer et qui avait abouti fin juin aux votes massifs des salariés du groupe, toutes catégories confondues, en faveur du projet incarné par les trois actionnaires contrôlant désormais Le Monde en termes capitalistiques.

Ces changements profonds de structure ouvrent à l'évidence une ère nouvelle pour notre groupe composé du quotidien, de son magazine, de ses sites numériques et de son imprimerie, du Monde diplomatique, de Télérama, de Courrier international, de La Vie et de tous les titres issus du groupe des Publications de la Vie catholique (ex-PVC) rachetés par Le Monde en 2003.

Avant de tourner une page, il faut s'assurer de l'avoir bien lue. Surtout si le passé, aussi brillant soit-il, se solde par un échec économique et financier. Et par quelques écarts éditoriaux qui n'ont pas été pour rien dans les crises successives du Monde.

Ce n'est pas injurier notre histoire collective que d'en dresser le bilan critique. Bien des péchés d'orgueil ont été commis, à commencer par cette croyance, initiée dans les années 1970, qu'il fallait consacrer à notre imprimerie des sommes manifestement au-dessus de nos moyens.

Dans le même temps, Le Monde n'a pas déployé les efforts nécéssaires au développement de son cœur de métier: inventer sans cesse de bons journaux, gagner la bataille de l'information du papier au numérique, muscler une offre de fin de semaine qui n'a jamais bénéficié d'efforts financiers à hauteur des enjeux tant éditoriaux que publicitaires.

A quoi sert de maîtriser l'impression d'un journal quand on ne sait pas l'acheminer en temps et en heure vers le lecteur? Le Monde s'est épuisé dans une course industrielle et a trop souvent repoussé les décisions difficiles au nom de la paix sociale. C'est seulement avec le concours d'actionnaires minoritaires puissants, Publicis pour la régie publicitaire et Lagardère pour le numérique, qu'il a pénétré des secteurs vitaux (le fondateur Hubert Beuve-Méry a parfois loué la "bienfaisante publicité") et porteurs d'avenir (Internet). A l'orée des années 2000, Le Monde s'est lancé dans une stratégie d'acquisitions coûteuse et hasardeuse, quand bien même elle a permis de jeter les bases d'un groupe de presse avec des titres prestigieux comme Télérama et Courrier international.

Cette politique a trouvé ses limites et, en 2005, Le Monde a dû procéder à une recapitalisation qui a propulsé Lagardère et Prisa dans le capital du groupe (à hauteur respectivement de 17,27 % et de 15,01%). Dès 2002 et 2003, Le Monde avait dû émettre pour 69 millions d'euros d'ORA (obligations remboursables en action) qui ont d'autant grevé son bilan en creusant sa dette future. Au même moment, notre journal s'est installé dans les locaux du boulevard Auguste-Blanqui en payant des loyers considérables. Entre-temps, la vente du patrimoine immobilier des Publications de la Vie catholique et l'aspiration brutale de leurs bénéfices ont rendu difficile l'émergence d'une culture commune.

Lorsque, en janvier 2008, David Guiraud et moi-même avons pris la direction du groupe, peu après la revente des journaux du Midi au terme d'une opération très riche humainement mais dénuée d'intérêt sur les plans stratégique et financier, la vérité des chiffres est apparue dans sa froideur: il n'était pas possible de maintenir le périmètre du groupe, qui cumulait près de 200millions d'euros de pertes.
Il a fallu céder les activités déficitaires et/ou non stratégiques, Fleurus (Presse jeune), Les Cahiers du cinéma, Danser, la librairie La Procure. Il a fallu mettre en œuvre rapidement un plan social: 130 personnes – dont 70 journalistes – ont quitté la Société éditrice du Monde, sans que jamais la rédaction se démobilise. Il a fallu enfin rationaliser et densifier les implantations géographiques du groupe.

Recentré autour de ses marques phares, Le Monde a assaini sa gestion sans renoncer à ses ambitions éditoriales. En 2009, malgré la crise publicitaire qui a frappé la presse, notre activité a dégagé une exploitation positive de plus de 2millions d'euros. Un résultat encourageant mais insuffisant. Les tensions sur notre trésorerie nous ont conduits à contracter dès mai2009 un emprunt de 25 millions d'euros auprès de BNP-Paribas et Natixis, emprunt garanti par les actions Télérama. A charge pour le groupe Le Monde de lancer au plus vite le processus de recapitalisation, dont nous vivons à présent le dénouement.

Les carences de la gestion passée ne sauraient à elles seules expliquer les défaillances de l'entreprise Le Monde. Précisément parce qu'il ne s'agit pas d'une entreprise comme les autres, mais d'un journal, et pas n'importe quel journal: celui qui prétend devenir la référence, alliage de compétence et d'indépendance éditoriale.

Encore faut-il s'entendre sur le sens donné à l'indépendance. Journalistes, tenus à la rigueur et à la distance, nous ne sommes pas à l'abri de nos propres préjugés, de nos préférences politiques ou idéologiques. Sans remonter trop loin, Le Monde des années 1980 fut sévèrement sanctionné par ses lecteurs pour son soutien inconditionnel au gouvernement et aux idées de l'Union de la gauche. Le fort penchant du Monde en faveur d'Edouard Balladur en 1995 lui fut très préjudiciable. Comme ses écrits exagérément favorables à Nicolas Sarkozy au mitan des années 2000, avant de prendre position pour Ségolène Royal.

Un journal qui s'était un temps donné pour mission de faire trembler le CAC 40, qui a parfois abusivement entretenu la suspicion envers les pouvoirs politique et économique, ne pouvait qu'en payer le prix.
Que de leçons données!
Que de personnalités injustement malmenées, semoncées voire jugées dans nos colonnes! L'erreur fut souvent de prendre nos excès pour l'expression de l'indépendance, quand ils n'étaient qu'insignifiance. Le journalisme, celui que nos lecteurs attendent, est fait d'expertise et d'ouverture d'esprit, d'analyses précises et de hauteur de vue, de nuance, de discernement. La révélation doit être vraie, la critique fondée.

Nous avons tiré leçon de ces égarements.
Une réputation est difficile à construire, rapide à détruire. Notre journal doit être juste, au sens de la justesse. Il ne saurait s'ériger en justicier. Un journaliste n'est ni un magistrat ni un auxiliaire de police. Enquêter, oui. Enquêter à charge, accepter d'être l'instrument manipulé et manipulateur d'intérêts obscurs: jamais. "Dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dire bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste".
Cette formule de Péguy, souvent citée par Beuve-Méry, ne fixe pas les règles d'un journalisme carnassier, pas davantage qu'un pouvoir ne doit s'ériger en hors-la-loi pour intimider un journaliste et empêcher la mise en lumière de faits probants et dérangeants. A chacun de trouver la bonne distance, de connaître les limites de l'exercice.

Peu importe que les plus vives critiques contre Le Monde d'aujourd'hui soient portées par ceux qui l'ont eux-mêmes le plus gravement discrédité. Que notre collectivité paie à sa façon l'addition qu'ils ont laissée. La ligne qui nous importe désormais est celle de l'horizon. La page est lue et bien lue. Il faut écrire une nouvelle page.

Au Monde comme dans l'ensemble du groupe, dans les magazines et sur les sites numériques, nos équipes fourmillent d'idées et de projets que nos nouveaux actionnaires sont prêts à partager avec nous pour enrichir nos offres éditoriales, au quotidien comme le week-end.

Qu'est-ce qu'un journal sinon une envie collective tendue vers une ambition d'ex cellence et appuyée sur des moyens à hauteur de cette ambition? Le grand poète de langue allemande Paul Celan ne voyait guère de différence entre une poésie et une poignée de main. Le Monde doit être cette poignée de main: ferme et chaleureuse, un rendez-vous quotidien d'humanité et de conversation partagée, d'échange, de compréhension, de pertinence et d'impertinence. Nous y travaillons déjà. Avec ardeur et confiance.
Eric Fottorino

Voici le texte complet de la lettre adressée à Eric Fottorino,
ainsi que la liste des signataires:
Eric,

Nous sommes nombreux à avoir été heurtés par ton éditorial de mercredi. Tu y mets en cause le passé du Monde et notamment certains de ses choix éditoriaux.
Chacun d'entre nous a eu une histoire particulière au sein de la rédaction et parfois des prises de position différentes vis-à-vis de ses directions successives.
Chacun a son jugement sur le journal et les choix qui ont pu être faits. Mais nous pensons que nous avons tout à perdre à dénigrer ainsi notre histoire commune.
Crois-tu vraiment que nous ayons été si mauvais pendant vingt-cinq ans et si bons après ?

Nous pensons au contraire qu'il y a une certaine noblesse à assumer ce qui est notre passé à tous et auquel tu as largement participé puisque tu faisais alors déjà partie de la hiérarchie du journal.

Il est dommage, alors qu'une page se tourne en effet, que nous ajoutions des ratures inutiles aux chapitres passés.

Premiers signataires (liste non close) :

Raphaëlle Bacqué
Rémy Barroux
Maryline Baumard
Paul Benkimoun
Philippe Bernard
Alain Beuve-Méry
Jean Birnbaum
Bertrand Bissuel
Samuel Blumenfeld
Yves Bordenave
François Bostnavaron
Nathalie Brafman
Luc Bronner
Véronique Cauhapé
Cécile Chambraud
Emmanuelle Chevallereau
Eric Collier
Sylvain Cypel
Gérard Davet
Marie-Claude Decamps
Martine Delahaye
Pierre-Antoine Delhommais
Gaëlle Dupont
Florence Evin
Jérôme Fenoglio
Stéphane Foucart
Guillaume Fraissard
Jérôme Gautheret
Christine Garin
Claire Guélaud
Michel Guerrin
Nathalie Guibert
Claire Guillot
Béatrice Gurrey
Nathaniel Herzberg
Pierre Jaxel-Truer
Patricia Jolly
Franck Johannès
Sylvie Kerviel
Yves-Marie Labbé
Clément Lacombe
Sophie Landrin
Jean-Jacques Larrochelle
Stéphane Lauer
Stéphanie Le Bars
Philippe Le Coeur
Arnaud Leparmentier
Véronique Lorelle
Virginie Malingre
Isabelle Mandraud
Christian Massol
Abel Mestre
Caroline Monnot
Jean-Baptiste de Montvalon
Hervé Morin
Joël Morio
Véronique Mortaigne
Jean-Michel Normand
Paulo Paranagua
Gilles Paris
Martine Picouet
Frédéric Potet
Cécile Prieur
Raphaëlle Rérolle
Marc Roche
Patrick Roger
Christine Rousseau
Brigitte Salino
Catherine Simon
Piotr Smolar
Jean-Pierre Tuquoi
Martine Valo
Marion Van Renterghem
Laetitia Van Eeckhout
Catherine Vincent
Sylvia Zappi


 
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