Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog


Dimanche 7 mars 2010

                                                                                                                        KKE--2--1-.jpg                 
1er mars 1952,
Nikos Béloyannis est condamné à mort.

Thomas EFTHYMIOU

 


Le 1er mars 1952, à Athènes, le Tribunal militaire permanent condamne à mort Níkos Béloyánnis, 37 ans, membre du Comité central du Parti communiste grec (KKE).
Il naquit en 1915, à Amaliás. Jeune, il adhéra au KKE. Pendant la dictature de Métaxás, il fut emprisonné à Akronáfplia-Acronauplie.
En 1941, avec d’autres prisonniers politiques, il fut remis aux Allemands.
En 1943, il s’évada, pour rejoindre Áris Vélouchiôtis, commandant l’ELAS (Ethnikos Laïkos Apéléfthérotikos Stratos : Armée populaire nationale de libération) dans le Péloponnèse. Durant la très dure Guerre civile (après la sanglante triple occupation italo-germano-bulgare) il fut Commissaire politique (10e bataillon de l’Armée démocratique).
Après la défaite il fut l’un des derniers à quitter la Grèce, en 1949.
Il fut arrêté le 20 XII 1950, et enfermé jusqu’au procès en cellule éclairée en permanence. Sa compagne Hélli Iôannídou arrêtée avec lui, était enceinte. Elle accouchera de leur fils Nikólaos en août.

Plastiras (1884-1953), héros vaincu en Anatolie (le dernier à la quitter avec ses Evzones, à Erythréa), qui fit abdiquer le roi Constantin en 1922, puis s'exila à Paris, est revenu en Grèce.
En 1944, il était chef du gouvernement.
Il combattit l’ELAS.
Béloyánnis revenu clandestinement en Grèce, sur ordre du KKE en VI 1950, une dizaine de mois après la fin de la terrible Guerre civile grecque devait, sous le nom de Kôstas, réorganiser les militants (le KKE étant hors la loi).
Le procès eut lieu le 19 X 1951, avec 91 détenus, devant un Tribunal militaire d’exception. Curieusement, parmi les juges siégeait Papadopoulos, futur colonel-dictateur de la junte de 1967 (qui aurait voté contre la peine de mort). Des protestations, à travers le monde entier, firent que Plastíras déclara que la sentence ne serait pas exécutée.
Un deuxième procès (pour contourner Plastíras et obtenir des condamnations à mort ?) se déroula le 15 II 1952, devant le Tribunal permanent des forces armées, avec 28 accusés, dont Hélli Iôannídou (sept seront innocentés). Elle apprendra sa condamnation à mort, deux semaines plus tard, lors de son accouchement. Les nouvelles accusations étaient l’espionnage, suite à la découverte (vraie ou fausse) le 14 novembre de radios clandestines au Phalère.
Béloyánnis tenait un œillet rouge durant le procès.
Image et symbole qui se répandirent dans le monde entier.
Picasso fit un portrait de « l’Homme à l’œillet» (aussi célèbre alors qu’aujourd’hui le portrait de Guévarra). Une lettre de Ploumbídis, du KKE, serait parvenue, où il se chargeait des faits reprochés à Béloyánnis (affaire jamais éclaircie : le KKE considérant qu’il s’agissait d’une provocation ou d’une trahison).

Béloyánnis fut exécuté, au matin blême, à 4 h 10, dimanche 30 mars 1952, avec Dimítris Bátsis, Níkos Kaloúménos et Ilías Argyriádis, au camp de Goudí. Certains pensent que l’heure très matinale, et le dimanche (où on n’exécutait pas) étaient un moyen d’éviter l’arrivée de la grâce, de créer le fait accompli devant l’indignation de nombreuses nations.
Hélli Iôannídou, jeune mère, ne fut pas exécutée.
Les derniers mots de Béloyánnis pour elle étaient : « Vis, pour l’enfant et la vengeance ».
Les poètes Yánnis Rítsos et Manólis Anagnôstákis firent mémoire de cette exécution.
L’ambassadeur de Grèce en France était Raphaël Raphaël. Des manifestants protestèrent rue Auguste Vacquerie, jetant des pierres sur l’ambassade, protégée par la police.

A Chypre, 26 des manifestants, avec le maire d’Ammóchostos, le 31 mars, seront arrêtés par l’armée d’occupation britannique pour « réunion interdite». Amende : 770 livres…

En Hongrie les réfugiés et proscrits politiques grecs fondèrent en 1952 le village de Beloyannisz (jusqu’à 4000 habitants). Après la fin du Communisme en Hongrie des contacts avec l’Eglise grecque permirent à partir de 1993 des baptêmes et mariages religieux. Il y a maintenant une église orthodoxe.

En France Pierre Courtade et Claude Roy publièrent « Meurtres à Athènes », préface de Paul Eluard et portrait par Picasso.
En 1980 Nikos Tzimas fit le film « O anthrôpos mé to garyphalo » (L’homme à l’œillet), musique de Théodôrakis. Béloyannis eut sa statue à Berlin-Est.
C’est un des faits dramatiques qui s’intègrent dans la Guerre froide.

Auparavant, l'homme à l'oeillet,
c'était le communiste corse  
Jean Nicoli,
décapité par les fascistes
:
                
«
Je meurs pour notre Corse et pour mon Parti ».    


Jean Nicoli a écrit à ses enfants le 30 août 1943, vers trois heures du matin, juste avant que ses bourreaux  (les Chemises noires), ne viennent le chercher pour l'assassiner sauvagement. Francette, sa fille a pieusement conservé cette lettre griffonnée à la hâte sur l'emballage d'un paquet de « bleues » (des cigarettes).

 

      « A mes enfants, Tout à l'heure je partirai. Si vous saviez comme je suis calme, presque heureux de mourir pour la Corse et pour le parti. Ne pleurez-pas, souriez-moi. Soyez fier de votre papa. Il sait que vous pouvez l'être, la tète de Maure et la fleur rouge, c'est le seul deuil que je vous demande. Au seuil de la tombe, je vous dis que la seule idée qui, sur notre pauvre terre, me semble belle, c'est l'idée communiste.»


                                                                        


                                                                                                  
               
                                                                                                                                                                  U cursinu rossu

Par BANDERA ROSSA -                                                               
NICOLI - 2u-cursinu-rossu.jpg
Tag(s) : #Internationalisme
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :