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INFO REPRISE SUR
LE BLOG DE DIABLO

 

Lundi 28 avril 2014 , une grève touchait 20 000 ouvriers du textile, dans une trentaine d’usines dans deux zones franches. Elle a commencé spontanément la semaine dernière et a pris de l’ampleur lundi. Les grévistes exigent une prime de 50 dollars qui leur avait été promise.

 

Aux mois de décembre et janvier une grève puissante avait été durement réprimée par le gouvernement qui avait fait tirer sur des milliers de grévistes qui bloquaient un site. Il y avait eu de nombreux morts. Les ouvriers réclamaient un salaire de 160 dollars par mois.

 

Le Cambodge est devenu une plate forme d’exportation textile pour les multinationales américaines et européennes. 650 000 ouvrier(e)s travaillent pour des sous-traitants des grands groupes. Le Cambodge étant un des pays les plus pauvres du monde, il est apparu avantageux aux grandes firmes d’utiliser la concurrence du Cambodge pour faire pression sur les ouvriers de Chine ou du Bangladesh en les menaçant de délocalisation.

 

Les patrons avaient cherché à diviser les ouvriers en janvier en promettant à ceux qui ne faisaient pas grève une prime de 50 dollars. Aujourd’hui l’association des employeurs déclare qu’il n’y a pas eu de promesse et refuse toute augmentation.

 

De plus le procès de 23 délégués des grévistes arrêtés en janvier s’est ouvert vendredi dernier à Phnom Penh.

 

L’Organisation Internationale du Travail (OIT) a demandé leur libération et a constaté la dégradation des conditions de travail. Les syndicats dénoncent la sous-alimentation des ouvriers et leur épuisement provoquant des séries d’évanouissements.

source: POI 

 International

La longue lutte des ouvrières cambodgiennes du textile

Distribution de tracts appelant à la grève, le 9 avril, dans la banlieue de Phnom Penh.

Sam Rainsy, le 7 avril à Phnom Penh. | Reuters/SAMRANG PRING

C'est ici, à Canadia Industrial Park, dans la grande banlieue de Phnom Penh, que s'est produite la répression sanglante du 3 janvier. Les ouvriers du textile défilaient pour obtenir un doublement du salaire minimum. Sur ordre du premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis bientôt trente ans, les forces de sécurité ont ouvert le feu. Bilan : cinq morts et des dizaines de blessés.

Depuis, les manifestations sont interdites à Phnom Penh. Mais la peur est tombée, et le Cambodge est comme une eau dormante. Ainsi, alors que le pays fête le Nouvel An khmer à partir de dimanche 13 avril, plusieurs syndicats ont appelé à ne pas reprendre le travail le 17 avril, après la fin des congés. Or le secteur de la confection – 500 000 emplois directs, 3 millions indirects – est un pilier de l'économie cambodgienne, essentiel à sa croissance (7 % par an en moyenne).

Surveillé de près par l'Organisation internationale du travail (OIT), le Cambodge a acquis dans le courant des années 2000 une image plutôt positive. Mais les choses ont changé depuis trois ou quatre ans. Séduite par le faible coût de la main-d'oeuvre cambodgienne – quatre fois moins élevé que chez elle, moitié moins qu'en Indonésie, et 25 % plus bas qu'au Vietnam –, la Chine a délocalisé ici ses usines de confection. Au fur et à mesure que la demande en provenance d'Europe et des Etats-Unis augmentait, la situation s'est dégradée.

DIX HEURES PAR JOUR, SIX JOURS SUR SEPT

Difficile de se faire une idée précise des conditions de travail au Cambodge. Entre les usines enregistrées au ministère du commerce et les ateliers clandestins des campagnes, invisibles par définition, il y a un monde. Les usines de Canadia Industrial Park sont dans l'ensemble correctes : d'immenses hangars éclairés au néon. Des tables en série, chargées de monceaux de tissu. Des machines à coudre en enfilade. Et des centaines de très jeunes femmes attelées à la tâche, dix heures par jour, six jours sur sept.

Le choc, on l'a plutôt quand on tombe sur les logements des ouvriers, à quelques centaines de mètres. Pour économiser le coût du loyer – 35 dollars (25 euros) par mois –, les employés se partagent à sept, dix, parfois quinze, des réduits de 10 mètres carrés. En guise de salle de bains, un robinet d'eau froide et un seau. Un réchaud électrique fait office de cuisine.

Assises par terre dans leur petit logement, Chantha, Leakena et Sachina parlent de leur vie quotidienne, avec l'insouciance de leurs 20 ans. Comme toutes les employées de Canadia Industrial Park – 90 % sont des femmes –, elles viennent de la campagne. Elles ont commencé à travailler à 17 ans, sans la moindre qualification. En comptant les heures supplémentaires, elles gagnent quelque 120 dollars par mois, dont elles envoient les deux tiers à leurs parents restés au village.

« ON N'Y CROIT PAS TROP ! »

Début décembre 2013, elles ont fait grève, sans conviction. « Certains syndicalistes nous y obligeaient », disent-elles. Faire passer le salaire minimum de 80 à 160 dollars, comme le réclament les syndicats ? « On aimerait bien, mais on n'y croit pas trop ! », répondent-elles. Deux choses leur pèsent : d'une part, les heures supplémentaires qu'on leur impose tous les jours. Deux heures obligatoires, parfois quatre, si une commande imprévue arrive. D'autre part, la cadence imposée. « Coudre 120 pantalons en deux heures, je n'y arrive jamais. Du coup, je perds ma prime à la fin du mois », se plaint Sachina.

Phaibun habite de l'autre côté de la ruelle. Pieds nus, tee-shirt déchiré, cet homme d'une cinquantaine d'années tient un petit restaurant dans un hangar, au milieu des toiles d'araignée. Ses clients : les ouvriers des usines textiles. « Je dépends d'eux. S'ils font grève, je ne gagne plus rien »,explique-t-il. Son principal souci ? L'inflation. Il se détourne pour essuyer des larmes. « Avant, on travaillait pour vivre. Maintenant, on travaille pour survivre », souffle-t-il.

Lire : Thun Saray : « Au Cambodge, le mécontentement grandit »

Chez Bopha, la soixantaine, cohabitent trois générations. Dix personnes, dans une dizaine de mètres carrés. Tout le monde dort en rangs serrés, à même le sol. Dans un petit hamac, un bébé flotte au-dessus des uns et des autres. Cinq des sept enfants de Bopha travaillent dans les usines de textile. Un salaire à 160 dollars ? Bopha n'y croit pas. Ce qu'elle aimerait voir changer au Cambodge ?  « Tout ! Mais d'abord la corruption et les politiciens », répond-elle, l'air las.

« JUSTE DE QUOI VIVRE »

Pas la moindre trace de résignation chez les syndicalistes. Chea Mony, secrétaire général du Syndicat libre des travailleurs du royaume du Cambodge, est une figure de la contestation. « Tôt ou tard, nous reprendrons la grève. 160 dollars, ça nous donnerait juste de quoi vivre »,affirme-t-il, le regard dur. Ne craint-il pas de tuer le secteur de la confection ? Chea Mony éclate de rire : « Si on réglait la question de la corruption, on aurait largement de quoi nous payer 200 dollars par mois ! »

Sam Rainsy, le 7 avril à Phnom Penh.

Silence prudent, du côté du gouvernement et du GMAC, le syndicat patronal de la confection, depuis la répression meurtrière de janvier. Chacun redoute de nouvelles violences qui feraient fuir les investisseurs pour le Bangladesh ou la Birmanie, où le coût du travail est encore plus bas. Pour Sok Siphana, l'un des conseillers de Hun Sen, l'opposition veut son « printemps cambodgien » et son chef, Sam Rainsy, soutient « par démagogie » les revendications des ouvriers.

Les patrons d'usine, eux, ne décolèrent pas. Ils sont pris en tenaille entre les investisseurs – chinois, coréens, japonais, taïwanais – qui menacent de partir ailleurs et le double discours des grandes marques occidentales. « Les donneurs d'ordre nous conseillent de relever les rémunérations, mais au même moment ils négocient au plus bas. Si on double le salaire minimum, on se tire deux balles dans le pied », souligne la DRH d'une usine de textile britannique.

« INTIMIDATION ET VIOLENCE »

Porphina Van, elle, se sent découragée. La multiplicité du nombre de syndicats au Cambodge – 2 000 pour 500 usines – a eu raison de sa patience. Entre décembre 2013 et janvier, ses trois sites de production ont perdu 2,7 millions de dollars. Pour elle, une « minorité » de syndicalistes procède à « l'intimidation et à la violence » et va détruire l'industrie du textile.

La crise sociopolitique qui secoue le pays depuis des mois n'est pas près de s'éteindre. « C'est un cancer qui s'est métastasé », estime le politologue Kem Ley. De son côté, Jason Judd, de l'OIT, souligne qu'en raison de l'inflation « le salaire minimum réel a baissé, ces dix dernières années, malgré les augmentations ». 

Pour sa part, l'économiste Ou Virak, président du Centre cambodgien des droits de l'homme, appuie l'idée d'un réajustement, mais lance une mise en garde : « Si l'on passe à 160 dollars du jour au lendemain, 20 % des emplois disparaîtront aussitôt. Quantité de jeunes ouvrières risquent de n'avoir d'autre recours que la prostitution. »

Pour lui, la solution serait de procéder par étapes. Dix dollars tous les six mois, par exemple, pour donner aux fournisseurs « le temps de s'adapter et de négocier avec les donneurs d'ordre ».

 

 

Tag(s) : #Internationalisme
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