Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Ce n'est pas la "crise" pour tout le monde...

 

 Économie

 

Gorgées de liquidités,
les entreprises américaines
achètent à tour de bras

LE MONDE daté du 30 avril 2014 (extraits)

 

 

 

 

Selon Bloomberg, vingt-deux entreprises ont accumulé 984 milliards de profits logés dans des filiales à l'étranger, soit la moitié de tous les bénéfices offshore des entreprises américaines. Pfizer en occupe la troisième place, avec 69 milliards.Selon Bloomberg, vingt-deux entreprises ont accumulé 984 milliards de profits logés dans des filiales à l'étranger, soit la moitié de tous les bénéfices offshore des entreprises américaines. Pfizer en occupe la troisième place, avec 69 milliards.

 

 

 

 

Plus de 2 000 milliards de dollars (1 443 milliards d'euros). Le montant des liquidités accumulées ces dernières années par les 2 300 plus grosses entreprises américaines non financières donne le vertige. Il représente l'équivalent du produit intérieur brut (PIB) de la Russie. Un trésor de guerre gigantesque, qui ne demande aujourd'hui qu'à être investi.

La tentative de rachat du français Alstom par General Electric ou celle du britannique AstraZeneca par Pfizer sont les parfaites illustrations de la puissance de feu que les groupes américains ont acquise depuis la fin de la crise financière.

 

Alors que le mouvement de fusions-acquisitions bat son plein avec un montant total de 1 400 milliards de dollars déjà accumulé depuis le début de l'année, les entreprises américaines se taillent la part du lion. « Trois éléments expliquent cette domination. Outre la trésorerie abondante, elles profitent de taux d'intérêt historiquement bas et de niveaux de valorisation en Bourse qui sont historiquement hauts », détaille Marc Bertonèche, professeur à la Harvard Business School et spécialiste des fusions-acquisitions.

Concernant les trésoreries, un élément est particulièrement moteur dans le mouvement transatlantique actuel : il s'agit de la part des bénéfices que les grandes sociétés américaines ont accumulés en dehors des Etats-Unis. « Le système fiscal américain fait que les sociétés ne sont taxées à l'étranger que lorsqu'elles rapatrient leurs liquidités, explique John Mondoloni, associé chez Wombat Capital, une société de conseil en fusions-acquisitions basée à New York. La plupart du temps, ces grands groupes préfèrent donc laisser ces profits à l'étranger, parfois dans des paradis fiscaux. » Des munitions qui peuvent être utilisées au moment opportun pour racheter des concurrents étrangers.

BREVETS OU LES LICENCES TRANSFÉRÉS DANS DES FILIALES

Les montants en question sont colossaux. Selon l'agence financière Bloomberg, vingt-deux entreprises – dont Microsoft, Apple, Merck ou Coca-Cola – ont accumulé 984 milliards de profits logés dans des filiales à l'étranger, soit la moitié de tous les bénéfices offshore des entreprises américaines. Et en tête du classement, on trouve General Electric, avec 110 milliards. Pfizer en occupe la troisième place, avec 69 milliards.

Le système prend une tournure particulièrement sophistiquée dans la high-tech ou la pharmacie. Il n'est pas rare que des actifs incorporels comme les brevets ou les licences, qui, dans ces deux secteurs, représentent d'énormes valeurs du fait des bénéfices qu'ils génèrent, soient transférés dans des filiales étrangères.

Ces derniers mois, on a beaucoup parlé des pratiques fiscales de la high-tech, le cas d'Apple faisant même l'objet d'une audition au Sénat américain, mais la pharmacie, elle, a été plus épargnée. « Ces sociétés disposent pourtant d'énormément d'actifs à l'étranger, bénéficient la plupart du temps de subventions du gouvernement américain et payent aux Etats-Unis un taux d'imposition souvent inférieur à celui des PME », fait remarquer M. Mondoloni.

Pfizer propose aux actionnaires d'AstraZeneca 100 milliards de dollars pour en prendre le contrôle. Une offre financée à 30 % en cash et à 70 % en actions. L'américain joue donc sur deux leviers pour mettre la main sur une société qui, parce qu'elle est en plein redressement, reste sous-valorisée. D'abord en utilisant sa trésorerie offshore afin d'éviter le fisc américain, et ensuite en profitant du niveau de son cours de Bourse élevé pour payer en titres. « Les deux cumulés donnent un pouvoir d'achat extraordinaire aux entreprises américaines », souligne M. Bertonèche.

 

Mais le cas de Pfizer va encore plus loin. Il pourrait être question de créer une holding qui coifferait les deux groupes et serait basée au Royaume-Uni.« Ce qu'il faut savoir, c'est qu'AstraZeneca paye aujourd'hui 21 % de taxes, tandis que Pfizer, aux Etats-Unis, est imposé autour de 38 % », insiste M. Mondoloni.

MONOPOLY DE L'OPTIMISATION FISCALE

Bien sûr, le gouvernement américain ne rêve que d'une chose : rapatrier ces liquidités colossales sur le sol américain pour les soumettre à l'impôt. « Quand un Américain s'installe dans un autre pays, il est taxé au même taux que s'il habitait aux Etats-Unis, pourquoi n'appliquerait-on pas la même logique aux entreprises ? », demande M. Bertonèche.

Une autre solution consisterait à créer une carotte fiscale en promettant de baisser le taux d'imposition en échange du rapatriement des capitaux. C'est ce qu'avait fait l'ancien président républicain George Bush en son temps. Pas évident que l'idée séduise Barack Obama et le camp démocrate soucieux d'utiliser l'arme fiscale pour mieux répartir les richesses. « Il faut être parfois stratégique et un peu moins idéaliste. Si jamais Pfizer déménageait demain, cela pourrait donner des idées à d'autres. Dès lors, est-ce qu'il faut rester fidèle à ses principes ou bien être pragmatique en évitant que les vaches à lait quittent le territoire ? », se demande M. Mondoloni.

Mais, dans ce Monopoly de l'optimisation fiscale, on s'aperçoit que les Etats ont du mal à reprendre la main : aux Etats-Unis, le Congrès critique beaucoup, mais agit peu. Il est vrai qu'en même temps, le vent des acquisitions souffle en faveur des fleurons américains. « Et ce n'est que le début », promet M. Bertonèche

Tag(s) : #Economie
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :