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Ce que l’on s’apprête à vous raconter

sur DSK

Du côté de Washington, le silence radio est toujours et encore de rigueur. Un silence qui, en France, permet toutes les rumeurs sur le cas DSK. Mais les plus proches de Dominique Strauss-Kahn construisent tout de même, depuis des mois maintenant, une histoire qu’ils servent aux médias et dont les Français vont manger matin, midi et soir s’il finit par se jeter dans la course à l’Elysée.
«Le FMI ne veut pas de DSK pour un second mandat. Il sera donc bel et bien candidat à la présidentielle ». Comme une musique lancinante, depuis plusieurs jours maintenant, le bruit court le tout Paris. Des salles de rédaction, en passant par Solférino, jusqu’à François Fillon qui s’en est fait le relais auprès de certains de ses invités à Matignon.
Petit à petit, des détails sont même venus s’ajouter à cette petite mélodie initiale :
« Si le FMI veut se séparer de “Strauss”, explique-t-on, c’est qu’“ils” ont décidé de rompre avec cette tradition qui consiste à toujours confier le poste de directeur général à un Européen » (tradition qui n’a été écornée qu’une seule fois depuis la création de l’institution, le temps d’un intérim de quelques semaines, avec Anne Krueger, ndlr). Les bruits de couloir — et c’est là qu’il devient difficile de démêler le vrai du faux — savent se nourrir d’éléments existants. Car les fameux « ils » (comprendre : les Américains) reprochent en effet ouvertement aux Européens d’être trop représentés au sein du conseil d’administration du FMI en disposant de 9 sièges sur 24 et réclament un rééquilibrage. De ça, il sera sans doute question en fin de semaine lors de l’assemblée générale du FMI. Mais de la tête de DSK…
 
Du côté de la garde rapprochée de Dominique Strauss-Kahn, on prend d’ailleurs à la légère ce que l’on considère être une nouvelle rumeur. Une de plus, disent-ils. Une de plus qui vient desservir leur très cher poulain puisqu’elle sous-entend que DSK ne prendrait part à la course à l’Elysée que par défaut ! Une de plus que l’on peut en tout cas mettre sur le compte de ce silence dans lequel l’ancien ministre de Jospin a décidé de s’enferrer. Mais alors que le second cercle des strauss-kahniens presse leur protégé de se déclarer, le tout premier cercle, lui, opte pour la discrétion. Une discrétion tout ce qu'il y a de plus relatif. En « off », ces derniers lui préparent depuis plusieurs mois maintenant une piste d’atterrissage dégagée de toute embûche. En « off », ils « storytellent  » comme jamais, construisant à grand renfort de confidences et d’anecdotes plus vraies que nature, un conte auquel les Français auront droit dans les médias jusqu’à l’indigestion sitôt — s’il finit par le faire, bien sûr — déclaré.
DSK, cette homme désintéressé prêt au sacrifice pour la France

Et justement, s’il fait le choix de revenir tâter de la politique hexagonale, il faudrait y voir « un sacrifice » de sa part, explique un proche. Car « le bonheur, confie-t-il, Dominique le connaît au poste qu’il occupe aujourd’hui. Il a tous les avantages du pouvoir sans les inconvénients. Il n’a de compte à rendre à personne, si ce n’est deux fois par an lors des AG du FMI. » 

C’est beau l’esprit de « sacrifice ».

À DSK, la patrie reconnaissante !

Et puis savoir se sacrifier, ça vous construit l’image d’un homme totalement désintéressé.


Désintéressé, c’est justement ce que ses fidèles lieutenants voudraient que les Français retiennent de lui : 

« DSK n’est pas fasciné par l’argent », explique l’un d’entre eux. Et pour ce dernier de préciser sa pensée : « C’est un universitaire. Lui n’est pas avocat ! », faisant ainsi référence au curriculum vitae d’un certain Nicolas Sarkozy. Le même en rajoute une couche : 

« Les Français ne verront pas en Dominique le candidat des riches. La place est déjà occupée ! » Les Français auront peut-être aussi un peu de mémoire et se souviendront que DSK ne rechignent pas toujours à côtoyer les mieux lotis d’entre eux. Comme ce fut le cas, par exemple, au milieu des années 1990, quand il occupa les fonctions de vice-président du Cercle de l’industrie, un club regroupant ce qui se faisait de « mieux » alors en matière de PDG et qui avait pour but principal de préserver les intérêts de leurs entreprises auprès de Bruxelles…

 

Mais qu’importe, le storytelling est en marche. La piste d’atterrissage de l’avion DSK est peaufinée à l’excès. Et il en va de même pour tous les sujets. Strauss-Kahn a la réputation d’être un brin dilettante ?

On nous vend, à la manière de Carla Bruni parlant de son chef d’Etat de mari, un homme à plusieurs cerveaux ! Un de ses soutiens se souvient par exemple l’avoir vu arpenter, il y a quelques années, les rues brestoises, conversant en allemand par téléphone avec Gerhard Schröder, serrant dans le même temps les mains des passants et jouant mentalement — en simultanée, s’il vous plaît — une partie d’échecs avec un ami ! On le dit incapable d’indignation pourtant nécessaire pour entrer en résonance avec les Français ?

On nous décrit en retour un DSK plus « bricoleur » que colérique cherchant « toujours à s’arranger » pour trouver une solution à un problème. On le dit mondialiste dans l’âme, capable par exemple de déclarer depuis ses bureaux américains que « de là où [il est], la France, c’est loin et c’est petit » ?

Un proche explique que « l’éloignement » a fait de lui un « patriote » !

 

D’ailleurs, un de ses serviteurs de l’ombre à « Solfé » a déjà trouvé une « histoire » à raconter aux Français : DSK, c’est « une ambition française dans une ambition internationale ».

C’est beau comme du Séguéla millésime 1981. Mais en somme, on semble essayer de nous construire un anti-portrait de Nicolas Sarkozy. Car c’est peut-être là que le bât blesse dans la candidature de Strauss-Kahn : l’opinion voit au travers de ces deux personnages, les deux faces d’une seule et même pièce.

Reste à savoir si le storytelling des strauss-kahniens saura inverser la tendance…

 

Mercredi 6 Octobre 2010
Gérald Andrieu -
 Marianne 

 

Tag(s) : #Politique
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