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Comment, pour accroître ses profits,

en bonne multinationale,

 l'Oreal traite ses salariés 

et ses sous-traitants étrangers
 

 

Un ancien cadre de L'Oréal rompt le silence

 

Après l’arrêt brutal, en 2009, des commandes de L’Oréal, le sous-traitant espagnol Favidema, qui n’emploie plus que 84 salariés, 
est au bord de la faillite. Un de ses dirigeants rompt le silence sur les pratiques de la toute-puissante entreprise du CAC 40.

 

«Favidema, c’est une entreprise familiale créée en 1951. Pendant plus de cinquante ans, nous avons été les sous-traitants de L’Oréal en Espagne : nous décorions les flacons, nous les remplissions de parfum et nous manipulions des produits cosmétiques.

Les activités pour L’Oréal occupaient la moitié de nos salariés et nous fournissaient entre 40 % et 45 % de notre chiffre d’affaires annuel. Mais c’est fini, en quelques mois, L’Oréal a tiré un trait sur Favidema !

Après avoir déjà licencié 65 salariés au cours de l’année 2009 et subi les effets du chômage partiel dès décembre 2009, nous ne sommes en juillet 2010 plus que 84 salariés dans l’entreprise.

Nous voilà au bord du dépôt de bilan !

Or ni Favidemani ses salariés ne sont pour quelque chose dans cette situation. Pendant des années, nous avons fait tous les efforts qu’on attendait de nous. Les salariés ont été assez suivistes, dociles, ils n’ont jamais dit non quand on leur demandait de travailler la nuit, de venir le week-end ou les jours fériés, de reporter leurs congés annuels pour assurer la production de L’Oréal…

Nous avons toujours démontré une grande flexibilité et nous avons fait des investissements spécifiques pour L’Oréal.
 

Il se trouve que je connais très bien L’Oréal puisque, avant de prendre un poste à la tête de cette petite entreprise sous-traitante, j’ai travaillé dans cette grande entreprise près de huit ans, d’abord comme cadre dirigeant dans une unité industrielle en France, puis comme membre du comité de direction de l’usine espagnole Albesaà Madrid. Je dirigeais la logistique. C’est au sein de ce département que nous gérons la planification du site de production, les approvisionnements et les relations avec les fournisseurs et les sous-traitants. Les dirigeants mettent une forte pression car, s’il y a des écarts par rapport aux prévisions, il faut réagir très vite. Et forcément, cette pression, on la rebascule sur les fournisseurs.
 

Quand je me suis expatrié en 
Espagne, ma mission était d’y délocaliser la production de maquillage de luxe, jusque-là réalisée en France. À l’issue de cette mission de cinq ans, L’Oréalm’a fait des offres très alléchantes pour rentrer au pays, mais avec ma famille, nous avons choisi de rester en Espagne pour des raisons personnelles, et j’ai quitté L’Oréal à ce moment-là.

J’ai été approché par les actionnaires de cette PME avec laquelle j’avais travaillé et qui me connaissaient. Ils m’ont proposé un poste et je suis arrivé chez Favidema.
Mais, en mars 2009, la direction du groupe L’Oréal utilise le prétexte de la crise économique pour annoncer la fermeture de son usine d’Albesa, avec le retour en France des productions dont j’avais organisé le transfert en Espagne. L’unité a officiellement fermé le 31 décembre 2009. Par ailleurs, le groupe a promis que le site serait transformé en centre de distribution pour le marché espagnol et qu’il allait y reclasser ses 210 salariés.

Aujourd’hui, selon ce que j’ai pu lire dans la presse espagnole, il n’y a que 35 à 40 personnes qui ont été reclassées par la maison mère. En avril 2009, Favidemaest convoqué à la direction de la sous-traitance à Paris. C’est là que nous comprenons que la multinationale se désengage, qu’elle nous lâche comme ça…

Cinquante ans de relations commerciales, et en quelques mois, tout va disparaître !

On tente d’avoir un peu de marges pour nous retourner et trouver d’autres clients ; il nous faudrait au moins deux ans de commandes dégressives de L’Oréal pour espérer sauver Favidema. Notre proposition reste en l’air pendant des mois, sans que notre donneur d’ordres ne s’engage à quoi que ce soit.
Du coup, à l’automne dernier, la direction de Favidema envoie un courrier officiel à Jean-Paul Agon, le PDG de L’Oréal. C’est le directeur de l’éthique du groupe L’Oréal qui finit par nous répondre. Il le fait à la manière de L’Oréal, c’est très typique de l’entreprise que je connais : malgré le ton poli, il laisse entendre que c’est nous qui serions déloyaux.

Cela fonctionne comme ça chez L’Oréal, je connais bien la technique… Entre elles, les équipes de L’Oréal se comportent souvent ainsi. Chaque département a des objectifs et se livre à une concurrence féroce avec les autres secteurs de la maison, il faut de la compétition en interne, c’est un peu comme la loi du plus fort.

Au passage, le directeur de l’éthique de L’Oréal se paie le luxe de nous glisser qu’il sera très attentif à une chose : que Favidema assume ses obligations 
légales à l’égard des salariés !

Alors que, justement, nous, nous considéron s que le responsable des licenciements à venir, c’est L’Oréal, qui nous quitte brutalement, en quelques mois, sans nous permettre d’assurer une transition et de sauver nos emplois !
Fin novembre 2009, nous constatons que L’Oréal ne compte pas bouger d’un iota… Les actionnaires de Favidema décident d’engager une action en justice pour faire reconnaître la responsabilité du donneur d’ordres dans la mise en péril de notre petite entreprise.

Malgré des manœuvres dilatoires de L’Oréal,l’audience s’est tenue le 17 juin devant le tribunal d’Alcobendas, dans la banlieue de Madrid. Et, en un temps record, la sentence est tombée début juillet : nous sommes déboutés !

En première instance, la justice considère, en suivant L’Oréal, qu’ils ont le droit de mettre fin à notre relation parce que le contrat annuel serait terminé… Et, du coup, ils estiment qu’ils sont déjà bien sympas de nous avoir informés avec trois mois de préavis… Mais, pour nous, la relation contractuelle avec L’Oréal était indéfinie et elle ne peut pas être interrompue dans ces conditions, en claquant des doigts…

C’est pour cela que nous faisons appel de cette décision.
Question de dignité pour nous : L’Oréal doit assumer sa responsabilité morale et éthique vis-à-vis des salariés de Favidema.

Nous souhaitons uniquement que ces derniers soient indemnisés par L’Oréal.

Avec le recul, je refais le parcours dans cette entreprise que j’ai aimée. Quand j’y suis entré, j’étais très fier de participer à l’aventure L’Oréal, comme on dit. C’était un vrai TGV. On était formés à une forte culture de résultat. Quand un fournisseur ou un sous-traitant était en difficulté, il fallait réagir très rapidement, c’est-à-dire très souvent dédoubler et trouver immédiatement un concurrent ! C’était comme ça, c’était la règle. Aujourd’hui, au vu de ce qui s’est passé avec Favidema, quand je vois L’Oréal recevoir des prix récompensant ses pratiques “sociales”» ou “éthiques”, cela me révolte. »

 

'canempechepasnicolas' rappelle que le porte-parole du gouvernement de Nicolas Sarkozy, Yves Chatel, était, jusqu'à là, DRH de L'OREAL, l'homme chargé des restructurations de la multinationale

Tag(s) : #Economie
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