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Après l’émission d’ARTE

du Mercredi 3 novembre 2010

dans le cadre

des " Mercredi de l'Histoire ",

émission consacrée aux archives du Vatican.

 

Échange de courriers et document joint :

 

 

Courrier reçu par Annie Lacroix-Riz :

 

04/11/2010  

  

Annie, est-ce qu'on peut diffuser ton texte ? Je retiens aussi des 'documentaires" d'hier soir,, comme fait marquant de la politique de Pie XII (et de la propagnde faite dans ces 2 "documentaires") qu'il avait bien pourtant lutté contre le 3ème Reich en essayant, de loin (en se mettant à sa fenêtre si j'ai bien suivi)  d'exorciser le diable (Diable ?) qui s'était installé (avait pris possession ?) d'Hitler   mais pas de chance, là ça n'a pas marché. Pourtant, d'habitude ça fonctionne bien quand il(s) veu(len)t faire passer des messages urbi et orbi que tout le monde reçoit qu'on le veuille ou non.

Il est certain que, indépendamment des exorcismes et exorcistes (?!), c'était très surprenant de voir et entrendre ces deux nouvelles perles de la série quand on avait entendu tes conférences de la semaine dernière :

La dimension humoristique (burlesque) d'Arte décolle (par les fenêtres du Vatican) ; même sans la couleur (dommage, le pourpre dans les décors nazis ça devait bien aller) j'ai beaucoup aimé l'allure de  Pacelli en nonce avec la grande cape flottant quand il marche de son pas d'aristo résolu pour aller essayer de sauver les catholiques allemands du Diable nazi ; je ne me souvenais pas de sa voix nasillarde qui détonne avec la grande cape de zorro (sans majuscule) mais, dieu bénisse, il ne parle pas en marchant (dans le film). Jean-Michel Meurice dévoile un pan secret de l'histoire européenne (http://www.arte.tv/fr/les-mercredis-de-l-histoire/262280.html ) : tu vois, le voile... c'était un docu histoire tendance people : les tenues du pape, ses nuits...

Franchement moi je le trouve plus convaincant en nonce en croisade dans les couloirs à Berlin qu'en pape sur son saint siège (à faire du recyclage de ses anciens copains).

Les "historiens" interviewés étaient rigolos aussi ; avec le décor vatican en clair-obscur et l'accent allemand ; il manquait plus que Francis Blanche.

grosses bises

MA

 

 

Courrier envoyé par Annie Lacroix-Riz

 

04/11/2010  

 

  

Je viens de voir l'émission, et suis sidérée que le service public puisse diffuser un tel document, unilatéral et falsifié, dans un pays où l'Église et l'État sont théoriquement séparés: ce documentaire historique présumé  n’a fait appel qu'à des cléricaux labellisés, membres du clergé, le plus souvent du haut clergé, et/ou enseignants dans des institutions catholiques ou vaticanes.

C'est stupéfiant: même en Belgique, pays à forte prépondérance catholique, une telle énormité paraît quasi impossible, l'habitude étant dans un tel cas de donner la parole, au moins pour une partie, aux historiens laïques et indépendants de l'Église romaine.

Je signale par ailleurs que M. Meurice, le documentariste, est venu l’an dernier m’interviewer chez moi, le 11 novembre 2009, avec un « canevas » initial dont vous trouverez la reproduction ci-dessous ; il m’a d'ailleurs aimablement proposé, le 11 octobre dernier, de m’ « adresser le livre de [s]on enquête sur le Vatican », ouvrage que je n’ai pas encore reçu à cette date, mais dont l’émission de ce soir m’a suggéré le contenu. Jusqu'ici, sans avoir une idée du produit final, j’étais en mesure de penser que M. Meurice avait sollicité des historiens divers, indépendants inclus.

 

De l’obsession anti-rouge maladive, d'un océan de contrevérités tout court ou par omission, de la disparition du concept même de ligne ou politique vaticane – concept banal pour un spécialiste d’histoire moderne mais disparu du champ de l’historiographie cléricale en contemporaine ­et remplacé ici par des observations psychologisantes et moralisantes ‑, le spectateur retiendra surtout une falsification particulièrement grave : la présentation de la guerre d'Espagne comme une croisade commencée "fin juillet" 1936 par un Franco courant au secours des clercs assassinés depuis l'avènement de la république en 1931 par les subversifs, au sein d'une république incapable de contrôler ces barbares (on ne comprend pas très bien dans ces conditions à quoi fait référence l’explosion de la « violence » les 17 et 18 juillet 1936, dates également citées).

 

Je n'imaginais pas qu'il fût possible de présenter aujourd'hui en ces termes le putsch de Franco, préparé de longue date par un parti catholique groupant tous les privilégiés espagnols et bâti avec le nonce Federico Tedeschini, le jésuite Angel Herrera, son compagnon d’ « Action catholique », et la Curie, en compagnie de l'Allemagne hitlérienne et de l'Italie fasciste, putsch soutenu d’emblée par les forces et moyens militaires de ces deux États, et perpétré notamment, sur le plan intérieur, par des clercs, réguliers en tête, mitraillant la foule au jour de l'explosion du putsch depuis des couvents armés jusqu’aux dents. Les archives militaires et diplomatiques sont à cet égard formelles.

Je renvoie sur l’Espagne à mes ouvrages Le Vatican, l'Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide (1914-1955), Paris, Armand Colin, édition complétée et révisée, octobre 2010, p. 451-463  (et passim sur tout le reste de ce qui a été entendu ce soir, au moins jusqu’à la fin du règne de Pie XII); et Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Colin, nouvelle édition complétée et révisée, janvier 2010, chapitre 7, « Le test de la guerre d'Espagne, été 1936-mars 1939 ».

 

Bien cordialement,

 

Annie

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Tag(s) : #Histoire