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Loppsi:
internautes,
qu'est-ce que ça va changer pour vous?
 
Les règles du jeu vont changer pour les internautes, et ce, non sans risque.

Hier, jeudi, s'est terminé l'examen du projet de loi appelée
Loppsi. Cette loi pour la sécurité intérieure comporte un large volet consacré au numérique, avec pour but de lutter contre la cybercriminalité.

Filtrage du Net, mouchards... Voilà les principaux moyens adoptés par les députés. "C'est la porte ouverte à toutes les dérives", prévient Jérémie Zimmermann, porte-parole de la Quadrature du Net, un collectif très engagé pour les libertés numériques.

Concrètement, qu'est-ce que ça va changer ?
Sur Le Post, le porte-parole de la Quadrature du Net fait le point
.

1. Le filtrage du Net

Un des objectifs majeurs de la loi est de lutter contre les sites à contenus pédopornographiques. Sur la fin, tout le monde est d'accord, mais les moyens font débat.

"
Une liste noire sera dressée par une autorité administrative et communiquée aux FAI (fournisseurs d'accès à Internet, ndlr)", explique Génération-nt.

Même si un juge interviendra dans le processus, l'affaire n'est pas sans risque, souligne Jérémie Zimmermann:

"Le premier risque, c'est le surblocage. En essayant de bloquer un site à caractère pédopornographique, on risque de bloquer les sites hébergés sur la même machine. Par exemple, si quelqu'un pirate le serveur du Post et héberge son site dessus, alors Le Post sera à son tour bloqué. Les Allemands ont testé ce dispositif. Ils ont constaté que ça ne marche pas."

"Le risque le plus important, à terme, c'est le risque démocratique. On nous dit que le filtrage vise seulement les contenus pédopornographiques, mais des députés UMP ont déja tenté d'élargir le champs d'application aux 'contenus choquants'", poursuit Jérémie Zimmermann.

2. Le délit d'usage de l'identité d'un tiers

Par cette mesure, le gouvernement entend lutter contre l'usurpation d'identité. Officiellement du moins.

"C'est une blague", s'indigne le porte-parole de la Quadrature du Net. "Ce n'est pas l'usurpation d'identité qui est visée, mais l'utilisation simple de l'identité de quelqu'un d'autre. Les députés UMP ont supprimé la notion d'utilisation 'réitérée'".

Du coup, il suffit que vous écriviez une seule fois sous l'identité de quelqu'un d'autre pour tomber sous le coup de la loi.

"Il n'y a pas non plus écrit 'sciemment', donc une erreur peut être sanctionnable", poursuit Jérémie Zimmermann.
En d'autres mots, si vous souhaitez vous exprimer en utilisant une identité bidon, mais qu'elle correspond bel et bien à quelqu'un, vous serez rappelé à l'ordre.

3. Des mouchards dans les ordinateurs

"Les autorités de police pourront désormais installer des mouchards sur les ordinateurs des suspects de nombreux crimes et délits", rapporte Numérama.

Ces mouchards permettront à la police judiciaire de connaître toutes les données enregistrées sur l'ordinateur.
Comme l'opération sera encadrée par un juge d'instruction, y a-t-il vraiment des risques de dérapage ?
"Tant que le juge d'instruction existe, il n'y a pas de risque", concède Jérémie Zimmermann. "Si le juge d'instruction est supprimé, comme le souhaite le gouvernement, on verra bien..."

La Loppsi, c'est pour quand ?
Prochaines étapes : vote solennel à l'Assemblée mardi prochain, puis débat au Sénat.

(Sources: LePost.fr, La Quadrature du Net, Generation-nt, Le blocage des sites adoptés (sur Numérama), LOPPSI : l'installation de mouchards chez les suspects est adoptée (Numérama))

 

Avec le passage de la loi sur la sécurité intérieure, dite Loppsi (qui satisfera les plus naïfs d’entre vous)... Laissez-moi-vous raconter ce qui nous attend.

L’histoire se déroule en 2020.

 

Loppsi (Big Brother)

 


Monsieur Lambda rentre tard du travail. Comme chaque soir (depuis qu’il a obtenu son « permis-internaute » et après le journal télévisé retransmis depuis le palais de l’Élysée), il va sur la Toile.

Les élections fédérales (appelées autrefois « régionales ») approchent et il veut, en bon citoyen, faire le point sur ce qu’on lui propose pour la pérennité de la patrie.

Monsieur Lambda veut d’abord consulter le site du parti X membre de l'opposition.
Quoi ? Le site est inaccessible !

Tant pis, le journal télévisé a dit de toute manière que ce parti n'était pas très catholique ( pardon, "pas très laïque") et montrait sur sa page d’accueil des photos pédophiles. Monsieur Lambda reçoit directement sur sa boite mail une amende de 500 euros pour "tentative de consultation d'informations dangereuses menaçant l’Identité Nationale".

Monsieur Lambda décide alors d'aller sur le "Youtube" labellisé du gouvernement et ne trouve que des vidéos à la gloire des ministres de la Culture et de la Famille. Les commentaires des internautes surenchérissent de superlatifs insistant sur le dévouement de ses femmes et hommes d’Etat (oui, en 2020, il faut associer homme et femme dès que l’on cite un corps de métier sous peine de poursuites).

Il semble bien à Monsieur Lambda qu'il n'y a pas si longtemps, on trouvait aussi des vidéos, comment dit-on déjà, ah oui ! Polémiques.

Monsieur Lambda jette un œil sur sa femme, à moitié nue dans le canapé. Monsieur Lambda ne sait pas sourire mais fait un effort. Le mal de tête chronique de madame refait soudain surface.

Ah ! Si les sites pornographiques existaient encore, Monsieur Lambda aurai pu mettre son mal en patience !

Fort heureusement il se ressaisit. La pornographie est une aliénation de l’être humain, une horreur, une bassesse sans nom. Le ministre de la Famille l’a encore répété aujourd’hui dans la presse autorisée. C'est le premier pas vers les pratiques contre-nature. Monsieur Lambda s’en veut de ses pensées impures.


Il traîne ensuite sur un site médical, en effet Monsieur Lambda a une petite douleur sous l'omoplate depuis quelques jours et veut avoir des avis. Il aimerait bien consulter mais vivant à 3 heures de son travail, le temps lui manque.
Nouveau mail dans sa boite qui lui annonce que sa cotisation santé vient d'être majorée.
Mais pourquoi maintenant ?
Le ministère de la Santé surveille aussi nos faits et gestes ?
Non, cela ne se peut !

Il faut qu'il trouve quelque chose pour se détendre. Il se souvient alors que son frère a mis en ligne la vidéo du petit dernier. Il a fait ses premiers pas hier matin. Monsieur Lambda télécharge donc le fichier "mes-premiers-pas.avi" sur un site de partage.

Manque de chance pour lui. En 2015 est sorti un film qui s'appelait "Mes premiers pas" et narrait les débuts d'une danseuse de ballet. La Milice Hadopi repère le fichier et lui coupe alors sa ligne téléphonique pour un an. Le producteur du film réclame quant à lui 250.000 euros pour contrefaçon.
Monsieur Lambda n’a aucun moyen de prouver son innocence.

L’employeur de Monsieur Lambda est prévenu des dérives de son employé et le licencie sur le champ. Avec son passif récent de pédo-terroriste, il n'a droit à aucune allocation...
Sa femme obtient le divorce.

 

  Pour revenir en 2010, lire ou relire

dans "canempechepasnicolas
L'édito de Jean Lévy : "Mains basses sur l'info", du 10 février 2010

et vous comprendrez l'inquiétude du "Parti de la Presse et de l'Argent"
face à Internet, les internautes, les sites et les blogs, encore en liberté.

Tag(s) : #Politique
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