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http://www.marianne2.fr/L-empoignade-bielorusse-de-Melenchon-et-Quatremer_a202139.html/

 

Le torchon brûle entre le maître des Coulisses de Bruxelles et le président du Parti de gauche.

Les épithètes volent bas.

On attend avec gourmandise la prochaine empoignade, qui risque d’être sanglante.

 

Objet présent du litige : la Biélorussie.

 

Le premier cité, Jean Quatremer, n’aime pas, mais alors pas du tout, le président Alexandre Loukachenko, qui a été réélu le 19 décembre dernier.

C’est son droit le plus strict.

Et l’on ne s’en étonnera que modérément. La Biélorussie n’est-elle pas « la dernière dictature d’Europe » ? Tout le monde le dit, c’est donc forcément vrai. Cette sympathique qualification, qui connaît un succès jamais démenti, avait été lancée par Condoleeza Rice, alors secrétaire d’Etat du regretté George Bush (1). Une garantie d’impartialité et de mesure, donc.

 

Notre éminent confrère Quatremer ne se contente pas de viser le président biélorusse. Il traque également ses complices présumés qui pourraient bien rôder dans nos paisibles contrées. Et justement, voilà qu’il a sous la main l’eurodéputé Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci, à l’instar de son groupe à Strasbourg (Gauche unitaire européenne, GUE), a commis l’inexpiable crime d’avoir « refusé de voter » un texte condamnant le régime de Minsk, dénonçant la présumée falsification du scrutin, et stigmatisant le matraquage d’une manifestation le soir du vote ainsi que les arrestations qui s’en sont suivies.

 

Il faut noter ici que la préparation de ladite manifestation, prévue depuis des semaines, était suivie avec grand intérêt à Bruxelles. Plusieurs des candidats de l’opposition avaient du reste consacré l’essentiel de leur temps de parole télévisuel officiel à décrire cette dernière comme une première étape devant mener au renversement du régime. Le soir électoral venu, des groupes de manifestants, aussi bien équipés que peu spontanés, s’en prenaient au siège du gouvernement, causant d’importants dégâts matériels.

Comme dans toute dictature digne de ce nom, la police est intervenue pour protéger le bâtiment officiel. Brutalement, mais sans faire de victime. Quatre des dix candidats, présents sur place, sont encore sous les verrous et seront jugés, affirment les autorités. Il n’a fallu que quelques heures pour que le Haut représentant de l’UE, Catherine Ashton, publie une condamnation indignée, qui sera réitérée dans divers textes (pour mémoire, la première réaction de Bruxelles face à la répression tunisienne a été rendue publique au bout de trois semaines, après 70 morts environ – le parallèle entre les deux cas de figure étant édifiant, on y reviendra bientôt ici-même).

 

Jean-Luc Mélenchon, allait donc, on l’espérait, remettre quelques points sur les I.

 

Hélas ! L’ancien sénateur de l’Essonne s’insurge contre le grief quatremerien, selon lequel il nourrirait une « tendresse évidente » à l’égard du président biélorusse.

Il se défend en substance : avec mon groupe, je n’ai pas « refusé de voter » la résolution mise au point par toutes les autres fractions de l’hémicycle strasbourgeois, mais je me suis abstenu, tout simplement parce que la GUE présentait son propre texte. Ce dernier se démarque certes par le rejet des sanctions contre Minsk, mais, martèle le tribun du Front de gauche, son contenu dénonce et condamne les agissements du pouvoir biélorusse. Et de citer de larges extraits de cet acte d’accusation alternatif. Suivent quelques remarques peu amènes sur le rythme et la qualité du travail de l’homme des coulisses, qui n’éclairent pas outre mesure la réalité biélorusse.

 

C’est tout ? C’est tout.

Jean-Luc Mélenchon, qui ne passe pas habituellement pour se soumettre exagérément au politiquement correct (sauf quand il s’agit d’évoquer la sortie de l’euro), s’en tient là.

C’est dommage.

Quelques rappels auraient pu susciter l’intérêt des lecteurs de son blog concernant ce pays que l’ancien locataire de la Maison-Blanche avait institué comme l’un des piliers de l’axe du Mal – et ce, alors même que Minsk a abandonné tout armement nucléaire, n’a jamais cherché noise à aucun de ses voisins, ne nourrit aucun affrontement interne contre quelque « minorité nationale ».

 

Etait-il si difficile de rappeler que l’économie biélorusse – qui ne dispose d’aucun hydrocarbure – s’est plutôt bien tirée de la crise qui a balayé tous les continents ?

 Le constat ne vient pas du département de propagande du régime, mais du président vénézuélien Hugo Chavez, de passage récemment à Minsk. La Biélorussie a du reste développé des coopérations étroites avec le Venezuela (de même qu’avec la Chine ou le Brésil) – une stratégie qui ne soulève pas, on s’en doute, d’enthousiasme excessif à Bruxelles (de même qu’à Washington).

 

Sur le plan social, si le pouvoir d’achat est fort éloigné de celui des traders de la City, les salaires et pensions sont versés régulièrement – une rareté dans l’espace post-soviétique. Le chômage touche 1,6% de la population. Cette situation explique peut-être que si l’opposition recrute (faiblement) parmi les élites intellectuelles urbanisées, elle peine à recueillir quelque soutien populaire, selon les dires d’analystes occidentaux peu suspects de collusion avec le régime.

 

Enfin et surtout, on pourrait faire l’hypothèse qu’Alexandre Loukachenko est coupable d’une tare rédhibitoire aux yeux des élites davos-isées : élu, à la surprise générale, en 1994, sur des promesses de lutte contre une corruption qui balayait alors tous les pays de l’ex-URSS, il a, à la différence de ces derniers, voulu garder les grandes entreprises dans le giron public – ce qui est toujours le cas – en refusant de les privatiser (conséquemment, il n’a jamais fait la queue au guichet d’adhésion à l’UE).

 

Mais il faudrait probablement un esprit bien mal tourné pour voir là un lien avec l’antipathie ostensible que l’UE – et ses Coulisses – nourrissent pour Minsk depuis presque vingt ans. Et, à l’inverse, avec la « tendresse évidente » et si émouvante dont dirigeants européens ont fait montre vis-à-vis de Zine El Abidine Ben Ali (2) pendant la même période.

 

(1) C’était à l’occasion d’un sommet de l’OTAN en avril 2005 à Vilnius, d’où elle appela ouvertement à faire chuter le régime.

 

(2) http://www.dailymotion.com/video/xgkt4x_strauss-kahn-ou-le-genie-du-fmi-soutient-ben-ali_news/

 

Bastille-République-Nations

 

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Tag(s) : #Europe
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