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Marianne2
 
Derrière la crise grecque,
l'explosion de l'euro ?
 
par Jacques SAPIR
 
Jacques Sapir publie en exclusivité une nouvelle analyse - en trois volets - de la situation, de plus en plus critique de la Grèce aujourd'hui de nouveau menacée d'un abandon de l'Union européenne. Après avoir expliqué hier pourquoi la Grèce allait faire défaut, il envisage deux possibilités pour la zone euro. Dans un premier temps, l'abandon de l'euro et les problèmes que cela va poser. Dans un deuxième temps, il examine la possibilité d'un maintien dans la zone euro, et les coûts que cela engendrerait.


I.    Les problèmes que pose une sortie de l’Euro.


- le poids de la dette détenue par des non-résidents (environ 65%);
- l’évolution du pouvoir d’achat des ménages;
- le risque de spéculation pour une monnaie nouvellement recréée.
En fait, j’ai déjà fourni des esquisses de solutions à ces différents problèmes dans mon document de travail « S’il faut sortir de l’Euro… ». Je constate, pour le déplorer, que des personnes comme Francis Wurtz n’ont retenu que mes mises en garde et non les solutions. L’honnêteté minimale aurait consisté à présenter les deux au lecteur et de mettre mon texte en lien. Mais c’est probablement trop demander à quelqu’un dont le passé de stalinien est bien connu.

Prenons tout d’abord le cas de la dette. La dette détenue par les non-résidents se monte à 832 milliards d’Euros. Entre les rachats auxquels le Trésor procèderait avant la sortie de l’Euro, et ceux auxquels les banques françaises seront obligées de procéder pour tenir la contrainte mensuelle du « plancher d’effets publics », il est possible de faire tomber à 400 milliards d’euros la dette détenue par les non-résidents en l’espace de 3 mois. Par ailleurs, la hausse des taux d’intérêt sur les titres déjà émis à laquelle la France serait confrontée dès la mise en œuvre des mesures préparatoires à une sortie de l’Euro prend techniquement la forme d’une baisse de la valeur de revente du titre.

Dans la mesure où nous n’aurions plus à nous financer par des opérations de marchés (sur les marchés internationaux) et que le marché français serait isolé des autres marchés, la hausse des taux signifiant une baisse de la valeur de revente. Ceci permettrait de racheter plus de titres. Au total, au jour de la sortie de l’Euro ne resteraient entre les mains des non-résidents que probablement 300 milliards de titres déjà émis. Si nous acceptons l’idée d’une dévaluation de la monnaie nationale retrouvée (le Franc ?) de 25%, ceci impliquerait un alourdissement de la dette de 75 milliards de Francs (300 milliards d’Euros étant alors équivalent à 375 milliards de Francs). On est donc très loin des prévisions catastrophiques voire apocalyptiques qui sont faites par certains.

Pour la dette des entreprises, ceci ne devrait poser un problème que pour les entreprises de taille moyenne. Les petites entreprises sont endettées sur le marché interne du crédit, et les grandes entreprises font une partie de leurs revenus hors de France. Il faudrait trouver des solutions adaptées qui pourraient aller du rachat de la dette à des titres de substitution émis par une caisse publique.

Vient ensuite la question du pouvoir d’achat. Il est dégradé par deux effets distincts, d’une part le renchérissement des biens importés et d’autre part un phénomène probable d’inflation interne qui serait engendrée par la rupture du carcan imposant à notre économie une inflation qui, en réalité, est inférieure à son taux structurel.
Sur le premier type d’effet, on peut fortement l’atténuer par une modification de la fiscalité sur les carburants. Il conviendrait aussi d’instaurer un contrôle des marges de la grande distribution et l’établissement de circuits commerciaux « courts » favorisant les producteurs français. Il importe de surveiller étroitement le système commercial « centralisé » français. Une prise de contrôle de centrales d’achat ou à tout le moins un contrôle strict sur leur activité pourrait être nécessaire. Ces mesures seraient aussi efficaces, en partie, contre le second type d’effet, qui concerne l’inflation non plus importée mais cette fois-ci engendrée. Pour cette dernière il est clair que des mesures de type « échelle mobile » pourraient dans un premier temps être réintroduite pour certains salaires (les plus faibles).

Globalement, il est certain qu’il y aura un choc de pouvoir d’achat, mais ce choc sera court (car l’économie repartira rapidement et avec elle les rémunérations) et il pourrait être en grande partie combattue par des mesures fiscales et réglementaires visant à obtenir une meilleure répartition de la richesse nationale. La convocation d’une « Conférence Nationale sur les Rémunérations » entre le gouvernement, les syndicats et le patronat s'imposerait. Cette conférence aurait pour but d’orienter cette répartition et de lui donner un cadre légal.

Enfin, quant à la question de la spéculation, elle est largement traitée dans mon document de travail déjà cité. Disons rapidement que l’introduction d’un contrôle strict sur les mouvements de capitaux à court et moyen terme la suppression du marché de certains produits dérivés et diverses autres mesures visant à définanciariser l’économie aboutiraient à une impossibilité technique de la spéculation. D’ailleurs, on le constate tous les jours, il n’y a aucune spéculation sur le Yuan chinois qui est convertible mais dans un cadre très structuré et réglementé.

Il est donc clair qu’une sortie de l’Euro poserait des problèmes à l’économie française, mais il faut aussi avoir l’honnêteté de dire que des solutions existent et, surtout, il faut comparer l’ampleur de ces problèmes à ceux qui nous attendent si nous restons dans la zone Euro. En fait, s’il existe une réelle volonté pour sortir de l’Euro, on peut tabler sur l'existence de cette même volonté pour faire face aux problèmes que poserait cette sortie.
II.    Le coût du maintien dans la zone Euro.

Ces coûts se concentrent sur trois processus auxquels nous sommes déjà soumis et qui n’iront qu’en se renforçant dans les prochaines années. D‘ailleurs, une partie de mes contradicteurs reconnaissent que la situation actuelle, issue de la logique du Traité de Maastricht, est incompatible avec ce qu’ils appellent une « ambition sociale ».

(a) Un surcroît d’austérité
Cette austérité est inévitable en raison des chocs budgétaires qu’il faudrait s’auto-imposer pour sauver l’Euro. Si nous voulons simplement stabiliser le poids de notre dette en pourcentage du Produit Intérieur Brut, il nous faudra appliquer un choc budgétaire compris entre 6% et 7,5% du PIB. Un choc identique attend l’Italie, tandis que le Portugal et L’Espagne devront s’infliger un choc de 10% et la Grèce de près de 17%. Notons que le choc d’une dévaluation sur la consommation est estimé (si rien n’est fait dans le domaine fiscal pour l’amoindrir) à 2% du PIB dans le cas d’une dévaluation de 25%. En fait, le choc apparaît nettement plus important si nous devons rester dans la zone Euro et son impact sur le pouvoir d’achat des ménages sera considérable.

(b) Une faible croissance

Les diverses études qui ont été faites montrent que la surévaluation (ou appréciation) de l’Euro coûte 1% de croissance par tranche de 10% de surévaluation par rapport au  taux de change qui, pour notre pays, correspondrait à l’équilibre.
Certes, actuellement (20 mai) l’Euro baisse…Mais, avec plus de 1,43 dollars contre 1 Euro, nous sommes encore très loin dans l’appréciation. En fait, on peut estimer que l’Euro est surévalué d’au moins 25%. Quelles auraient été les conséquences d’une dévaluation ? Pour 2011 cela signifierait que nous aurions un taux de croissance de 4% à 4,5% au lieu des 1,7%-2% que l’on attend. On conçoit immédiatement les implications sur le taux de chômage, mais aussi sur les salaires.

(d)    La poursuite de la désindustrialisation
Si la croissance en volume est un élément important, le contenu de cette dernière l’est aussi. En fait, compte tenu des gains de productivité que l’on connaît en France, il faudrait que l’on ait une croissance sensiblement supérieure à 3% pour que le phénomène de la désindustrialisation s’arrête.
Les causes de cette dernière sont connues : la différence des coûts salariaux entre la France et les pays émergents où la productivité progresse très fortement depuis une quinzaine d’années. Or, non seulement l’Euro s’est apprécié par rapport au Dollar, mais il s’est apprécié bien plus par rapport aux monnaies de certains des pays émergents. Ajoutons à cela l’ouverture pratiquement totale à la concurrence internationale. En fait, la question de la protection relative du marché intérieur et de la pénétration sur les autres marchés combine la question des droits de douane et celle du taux de change.
Si l’on s’en tient uniquement à ce dernier, on voit que ce n’est pas seulement le volume de croissance qu’il pénalise mais aussi le contenu de cette dernière. Avec un Euro fort, et une absence de droits de douane, nous sommes condamnés à perdre notre tissu industriel. Or, l’industrie est une activité qui engendre une structure des salaires qui est assez différente de celle des services à la personne et du commerce. Autrement dit nous sommes condamnés avec le taux de change tel que nous le connaissons à voir l’emploi se polariser entre un petit nombre de positions très bien payées (dans la finance et dans les services associés comme la communication) et le plus grand nombre réduits à gagner le SMIC où peu s’en faut.
En fait, ce processus a été entamé lors de la politique dite « de Franc Fort » menée en son temps par Pierre Bérégovoy.

Les coûts de notre inscription dans la zone Euro apparaissent ainsi bien supérieurs aux coûts de notre sortie éventuelle. Ce n’est pas un hasard si la zone Euro a connu le taux de croissance le plus faible de tous les pays développés.
Un peu d’honnêteté aboutirait à le reconnaître.
Ces problèmes se concentrent sur les trois points suivants :
Tag(s) : #Europe
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