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Des Tea Party

au pays du cappuccino

 

 

Au plus bas dans les sondages, Silvio Berlusconi cherche à renforcer son parti en crise et conquérir de nouveaux électeurs. Pour y parvenir, il veut lancer un mouvement semblable au Tea Party américain.


Silvio Berlusconi prononcera le 29 septembre un discours important devant la Chambre des députés. Il annoncera une série de réformes en cinq points à  mettre en œuvre et sollicitera un vote sur ce programme. L'enjeu : vérifier s'il dispose encore d'une majorité suffisante pour rester au pouvoir jusqu'en 2013 après la défection des partisans de Gianfranco Fini en juillet. "Berlusconi-Fini, le dernier duel", titre le quotidien italien. Les députés favorables à Fini pourraient en effet s'abstenir ou voter contre les propositions de Berlusconi.

 


"Une Italie sans leader", titre l’hebdomadaire de centre gauche. Contesté de toutes parts et en grande difficulté depuis la rupture avec son ancien allié Gianfranco Fini, Silvio Berlusconi a tout de même obtenu la confiance du Parlement le 29 septembre. Mais cette victoire à la Pyrrhus, due au vote des partisans de Fini, ne fait que différer la fin annoncée du berlusconisme.

L'Espresso

 

"La révolution libérale ne suffit plus". Sondages en chute libre, parti en pleine implosion, popularité au plus bas et élections en vue : Silvio Berlusconi réalise que "le Peuple des Libertés [son parti] ne suffit pas". Ou plutôt, qu’il ne suffira pas lors des élections anticipées qui devraient se tenir au printemps 2011. Le chef du gouvernement italien doit relever la tête. Pour cela, il cherche un "nouvel instrument", un réceptacle qui ne remplace pas le Peuple des Libertés (PDL), mais qui vienne l’épauler. Une entité qui pourrait "pêcher" des poisons que la structure officielle n'arrive plus à appâter. "La population a besoin d’un nouveau rêve", expliquait Berlusconi ces derniers jours. "Nous pouvons le lui donner avec quelque chose de semblable aux Tea Party américains."

Il y a quelques mois, le président du Conseil s’est fait envoyer des documents sur les mécanismes du mouvement né aux États-Unis, à la droite du parti républicain. Il avait alors contacté une société américaine spécialisée dans l’organisation de campagnes électorales afin d’étudier comment les Tea Party pouvaient être adaptés à la politique italienne. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé avec une solution sur mesure pour l’Italie, par certains aspects déjà appliquée la Ligue du Nord [parti populiste anti-immigrés]. Lutte contre l’immigration, arguments pro-vie, thèmes éthiques, centralisme affaibli et surtout chasse aux taxes : une recette qui vient "du bas", contourne les organes des partis et titille les instincts les plus primaires des électeurs.

Mais l'aspect qui a le plus interpelé Silvio Berlusconi dans ces documents, c’est la possibilité de transposer complètement le principe des Tea Party au microclimat italien. Dans la résidence du Cavaliere à Arcore, bien en évidence sur son bureau, se trouve un sondage mené il y a quelques semaines par l’institut d'études américain Quinnipiac, visant à dresser le portrait-robot du mouvement américain : radical, conservateur et individualiste. Ses partisans sont farouchement opposés aux taxes et à l’intervention de l’État, ils sont contre l’immigration et pour la patrie. "Dieu, patrie et armée", avait résumé en août dernier, Sarah Palin, une des égéries du mouvement.

Le parti est en outre constitué de femmes à 55 % (dont 88 % sont blanches).

Voici comment Silvio Berlusconi a présenté les principales caractéristiques des Tea Party à ses fidèles : le mouvement américain est emmené par une femme ultraconservatrice (Sarah Palin), il est sponsorisé par une puissante télévision privée (Fox News) et est désormais représenté par un visage connu (Glenn Beck).

Pour le chef du gouvernement italien, le rôle de Sarah Palin pourrait être endossé par Daniela Santanché [actuellement secrétaire d'Etat à l'application du programme gouvernemental], de droite et aussi va-t-en-guerre que l’ancienne gouverneure de l’Alaska. Mediaset [groupe de communication via lequel Berlusconi est propriétaire de plusieurs chaînes de télévision privées] pourrait facilement imiter Fox News. Et pour ce qui est du visage connu, Berlusconi a bien l’intention de parier sur…lui-même.

En somme, les caractéristiques du groupe ultraconservateur américain devraient lui permettre de récupérer les territoires du Nord accaparés par Umberto Bossi [dirigeant de la Ligue du Nord], de reconquérir le vote des femmes et de retrouver les faveurs des catholiques, éloignés depuis déjà un moment et plus encore depuis les dernières incartades de Berlusconi. Le Cavaliere compte également glaner des voix chez les abstentionnistes, de plus en plus nombreux selon les sondages. Il est convaincu que les Tea Party sont parvenus à combler les lacunes des Républicains, à rassembler quelques groupes radicaux (comme les partisans du conservatisme compassionnel, décisifs lors de l’élection de Bush) et, par certains aspects, à remplacer le parti, comme ce fut le cas lors des dernières primaires. 


Ainsi, le président du Conseil ne cherche pas tant une nouvelle estrade pour reconquérir l'électorat, qu’une différente de celle sur laquelle il s’était dressé en 2006. Une structure indépendante du PDL, mais qui lui apporte des voix et qui s’inscrive dans la modernité tout en défendant les valeurs d’antan. Et si possible, en gardant le nom original Tea Party, comme l’a fait récemment le Britannique Daniel Hannan [député européen, Parti conservateur] dans son pays ; il avait alors bénéficié d’une large couverture médiatique aux Etats-Unis via la chaîne…- je vous le donne en mille – Fox News.

Tag(s) : #international
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