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Sauvons l'Ecole

 

Au nom de la règle inamovible du non remplacement d'un fonctionnaire surb deux, les postes d'enseignants continuent d'être supprimés, année après année.

Pourtant, veut-on nous faire croire, les chiffres le démontrent, cette politique n'a pas d'incidence sur le fonctionnement des écoles. Ce n'est pourtant pas ce que l'on voit sur le terrain.

Qui a raison ? Notre gouvernement, armé de ses données chiffrées et de sa volonté de pilotage ? Ou les acteurs de terrain qui crient au scandale ?

Pour tenter d'y voir clair tenons-nous en à deux questions simples :
 Combien y a-t-il, en France, d'élèves scolarisés en primaire (maternelle et élémentaire) ?
 Quel est le nombre effectif d'enseignants en fonction dans les écoles ?

Est-il vrai que le taux d'encadrement de nos chère têtes blondes est meilleur qu'en 1995 ? (Progresser dans le domaine de l'éducation en quinze ans n'aurait d'ailleurs pas forcément été honteux...)

 

 

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Oui, oui, chute sensible du nombre des enseignants en primaire (chiffres privé+public, Métropole + DOM), hausse tangible et constante du nombre d’enfants en âge d’être scolarisés...

Selon nos analyses, le croisement aurait dû avoir eu lieu l’année 2007-2008, ce qui veut dire qu’on serait revenu cette année-là au taux d’encadrement de l’année 1995.

 

La croissance démographique continuant depuis sa lancée ascendante, il faudrait créer dare-dare 1,25% de postes, juste pour nous remettre à niveau.

1,25% des postes de l’an 1995, ça nous ferait tout de même une création de 4116 postes, bigre !

 

Nous concevons votre méfiance, mais les chiffres que nous avons repris sont tout ce qu’il y a de plus officiels, ceux de l’INSEE, ceux du Ministère de l’Education Nationale.

Ils se soucient juste de comparer ce qui est comparable, et de ne pas faire passer un paramètre pour un autre...

Veuillez suivre le guide.

LES ENFANTS.
Naissances.

Qu’est-ce que c’est que ce baby-boom, cette insolente natalité dont nous bassinent les médias, et même pas capable de stimuler une peu les courbes des élèves des écoles ?

Les chiffres et statistiques de l’INSEE confirment nos soupçons, les naissances batifolent joyeusement entre 820 000 et 830 000 par an, de 2002 jusqu’à ce jour.

Mais où vont-ils donc tous ?

L’âge d’aller à l’école.

Pour s’en tenir aux conséquences de cette vigueur démographique sur l’évolution de la population scolaire, nous avons décidé de stabiliser les autres paramètres.

 

Nous ne tiendrons, dans un premier temps, compte :
- ni des enfants de 2 ans, de moins en moins accueillis.
- ni des enfants de plus de 10 ans, les redoublements étant en forte régression.

Par ailleurs, nous ne prenons pas en considération les mouvements migratoires, que nous imaginons équilibrés.

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Trois observations majeures :

- Le nombre d’enfants entre 3 et et 10 ans augmente régulièrement depuis 2002.
- Il est plus élevé en 2010 qu’en 1995 : +100 000 élèves environ
- Il augmentera encore de façon significative, au moins jusqu’en 2013.

 

Ces trois conclusions ne peuvent être tirées du diagramme présenté dans les documents l’état de l’école 2010, qui a servi de point de départ à notre article :
- parce que celui-ci s’arrête en 2009,
- parce qu’il intègre les mesures politiques de déscolarisation des 2 ans et de baisse du taux de redoublement, tout en oubliant de le préciser.

 

Les deux ans.

Le taux de scolarisation des deux ans est passé de 35% en 2001, à 18,4% en 2008 (3) p 14.

La cible pour 2011 est de 12,5% (4).

Par rapport à 1995, on aboutira donc à la déscolarisation de 22,5% des enfants de deux ans, cela représente près de 184 000 enfants en moins dans les écoles maternelles.

 

Moins de redoublements, mais aussi moins de temps scolaire, moins de RASED, et plus d’enfants dans les classes.

Le taux de redoublement avant la 6eme est passé de 19% en 2004, à 16,5% en 2007.

La cible est de 8% en 2013.

Le redoublement sans accompagnement spécifique est loin d’être une panacée. C’est juste dommage que dans le même temps, les conditions d’accueil et de suivi de ces enfants soient dégradées. Le "soutien" ne suffit malheureusement pas à compenser le raccourcissement de la semaine et la baisse du nombre de suivis RASED*.

RASED* : qui ne le sait ? Ce sont les réseaux d’aide spécialisés aux enfant en difficultés qui sont dans les classes. Par exemple, ceux qui ont un peu trop tendance à taper sur le copains, ou ceux qui vous regardent le regard absent...

Le refus des redoublements permet d’éviter le rallongement de scolarité de près de 89 000 enfants.

Le cumul de ces deux paramètres représente une "économie d’accueil" totale de près de 285 000 enfants en maternelle et élémentaire...

Deux leviers efficaces pour amortir la pression démographique, et qui nous permettent en effet d’obtenir une population scolaire stable.

 

Pour se donner une idée, la courbe bordeaux correspond au nombre d’enfants qui seraient dans les écoles si on avait maintenu la même politique qu’en 1995 :
- 100% des enfants trois à dix ans,
- +35% des deux ans
- +19% des onze ans

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Ce n’est pas tant que la courbe bleue est fausse, c’est juste qu’on oublie d’expliquer ce que sa stabilité implique effectivement.

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LES ENSEIGNANTS.
Concours.

Si l’on s’en tient aux nombres de postes offerts aux concours des professeurs des écoles publiques, l’évolution est assez inquiétante. Il y reste, en 2011, à peine un quart des postes qui étaient offerts en 2004.

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Source : site du ministère de l’Education nationale (2011), (2010), (2008), (2010), (2007), (2006), (2005), (2003).

Curieusement, le nombre de postes offerts aux enseignants du privé font l’objet d’une communication très réduite, et malgré tous nos efforts, nous ne les avons trouvés que pour les trois dernières années. Si l’on s’en tient à ces trois pauvres données, le privé semble nettement moins touché que le public par les restrictions budgétaires, on en reparlera.

Nombre d’enseignants.

Le recrutement ne suffit pas à définir une cohorte, qu’en est-il du nombre d’enseignants en exercice ?

 

Allez, pour vous éviter de rejouer de la molette de votre souris, revoici, tout beau, le graphique qui sert de point de départ de notre réflexion.

 

Donc, la courbe du nombre des enseignants fléchit à peine, mais c’est pour mieux se redresser, et tout le reste n’est qu’élucubration pour dogmatique borné.

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Sauf que cette relative stabilité est le fruit d’opérations statistiques un peu osées que l’on peut détecter, avec un peu d’attention, dans les documents Repères et références statistiques. On trouve, par exemple, dans celui de 2009, p 286, les données suivantes :

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C’est un peu fastidieux, mais on peut déduire plusieurs éléments intéressants de ce tableau.

 

Adaptation scolaire : le RASED escamoté.

Par exemple, à partir de 2005, l’adaptation scolaire perd 5000 postes. Ce sont les postes RASED qui sont depuis ce jour comptés dans la première colonne. Grâce à cette opération, leur disparition en cours sera désormais fort discrète.

 

CNED, associations, que du bénéf.

En 2007, sans raison apparente, les enseignants du CNED rejoignent à leur tour la première colonne, donc viennent gonfler un peu le sous-total.

En 2007 et 2008, la suppression de nombreux postes d’enseignants délégués au fonctionnement d’associations est un vrai bénéfice : ces enseignants n’étaient pas comptabilisés dans ce tableau avant leur disparition, et une partie d’entre eux vient se joindre aux enseignants présents dans les classes, gonflant fort opportunément ce nombre.

 

Mais où a-t-on mis les stagiaires PE ?

En 2009, près de 4000 stagiaires qui disparaissent... Mais pour le coup, ils n’étaient pas comptés dans le premier sous-total, qui peut ainsi progresser encore un peu.

La courbe orange correspondant à ce sous-total : élémentaire + maternelle + adaptation scolaire. Elle arrive ainsi à afficher une croissance relative. C’est celle-ci qui est reprise dans notre graphique de référence.

Par contre, si on s’intéresse à l’évolution du total, qui prend en compte les maîtres formateurs, professeurs stagiaires, et enseignants CNED, la courbe prend une pente bien moins optimiste : ce sont bien 4500 postes qui ont été perdus depuis 2005.

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Pour le coup, la courbe orange intègre en cours de route des professeurs des écoles qui n’y étaient pas avant, et oublie d’en comptabiliser d’autres :
- Les enseignants du CNED ne sont pas dans les écoles et n’ont rien à faire dans ce sous-total
- En revanche, les maîtres formateurs et stagiaires IUFM ont des classes en responsabilité une partie du temps, et leur disparition correspond à des équivalents plein temps en moins dans les classes. A noter que ces chiffres ne correspondent qu’aux professeurs des écoles publiques.

Et le privé ?

Il est intéressant de confronter les deux courbes d’évolution, placées respectivement aux pages 30 et 231 du Projet annuel de performances 2011.

Réunies dans le même graphique, à la même échelle, elles deviennent très parlantes :

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Au niveau national, la proportion d’élèves accueillie dans le public et dans le privé en primaire est à peu près constante : 84% / 16% en primaire.

 

Les deux courbes élèves reflètent cette réalité et se suivent assez fidèlement.

Ce n’est pas le cas des courbes des enseignants.

 

La courbe du nombre de postes dans le public marque une croissance légère et régulière, pour les raisons que nous avons expliquées.

 

La courbe du nombre de postes dans le privé révèle deux périodes de forte croissance, qui améliorent grandement le taux d’encadrement dans ce secteur.
- l’une en 92-93, gouvernement de M. Bérégovoy, sous F. Mitterand (PS)
- l’autre de 98 à 2002... sous Jospin (PS).

 

Le gouvernement actuel, malgré son souci d’économie, épargne également relativement ce secteur. A croire que tous nos gouvernants mettent leurs enfants dans le privé...

La baisse dans le privé ne date en effet que de 2008, et le nombre d’enseignants de ce secteur reste encore supérieur au seuil de 2002 : 600 postes de plus, à proportion d’élèves accueillie constante.

 

Par contre, les taux d’élèves de niveau social défavorisé, et d’élèves à besoins spécifiques y sont également inférieurs... Alors que les postes rendus ont été prélevés sur le public.

 

On devrait s’étonner du niveau que l’école publique arrive à maintenir dans ces conditions !

Après analyse plus fine, c’est le nombre de contractuels qui a progressé dans les écoles privées, et amorti la baisse de personnel. Il est passé de 2643 en 2006 à 5279 en 2009, pour être ramené à 4691 en 2010. (Chiffres à trouver dans les pages des fascicules RERS 2009).

CONCLUSION

Oublis et petits arrangements avec la rigueur.

L’évolution du nombre des élèves correspond à la réalité observée dans les écoles, mais on oublie de préciser que c’est par décision politique, non par pression démographique faible.

 

Le traitement de l’évolution du nombre d’enseignants dans le public est nettement moins rigoureux, et ne correspond ni à l’évolution du nombre total d’enseignants, ni au nombre réel d’enseignants dans les classes.

 

Ce graphique masque la disparition de 2500 postes depuis 2005, et ce presque exclusivement dans le public.

 

Cette réduction du nombre de postes contribue à réduire un taux d’encadrement qui se classe parmi les plus faibles d’Europe (5). Elle influe sur les remplacements, le suivi des enfants en difficulté, la formation des jeune recrutés. Elle impose la fermeture de classes, la surcharge des maternelles etc...

Et cette réalité-là est bien palpable dans les écoles.

 

D’autre part, on se garde bien de faciliter la comparaison public/privé. Les informations concernant ce secteur sont fort modestes et discrètes.

Et pour cause... trop de transparence pourrait nous faire monter au créneau certains gauchistes excessifs.

 

Qui est le bidouilleur masqué ?

Doit-on, chercher le/les responsables de cette orientation des données ? Y voir des consignes infléchissant le travail des statisticiens ? Pas forcément.

 

En tout cas, les chiffres sont à disposition de tous. Aux hommes politiques, aux journalistes, à chacun d’entre nous de se saisir de cette part de démocratie, d’exercer son esprit critique et sa vigilance... Et de communiquer à tous ses trouvailles.

Les réseaux internet nous offrent cette possibilité-là, profitons-en.


Tag(s) : #Education nationale
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