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En attendant le CCN le 13 janvier

 

Comment ça se passe à la direction de la CGT

 

selon  Michel Noblecourt  du "Monde"

 

La CGT est gagnée par le surréalisme. Mercredi 7  janvier, au deuxième jour de la réunion de la commission exécutive (CE), le "  gouvernement  " élargi de la CGT, Thierry Lepaon a fini par annoncer sa démission, en parlant de lui à la troisième personne  : "  Il y aura un autre secrétaire général que Thierry Lepaon au soir du 13  janvier  ", jour où se réunira le comité confédéral national (CCN), le "  parlement  " de la centrale, seul habilité à statuer.

M.  Lepaon a réussi à entraîner dans sa démission tout le bureau confédéral. "  L'amalgame est fait, a réagi un des membres. Nous sommes considérés comme coresponsables des dysfonctionnements relatifs aux affaires qui ont touché Lepaon.  

 Depuis 1909, avec la démission de Victor Griffuelhes, c'est la première fois qu'un secrétaire général démissionne avant la fin de son mandat. Mais s'il a lâché le gouvernail, M.  Lepaon entend garder le manche en restant membre de la CE et surtout en pilotant lui-même sa propre succession… Du jamais-vu  !

Dans son "  relevé de décisions  ", la CE indique d'abord qu'elle a décidé, à l'unanimité, de proposer de nouvelles "  règles communes  " pour assurer la "  transparence  " financière, suite aux différentes affaires qui ont concerné M. Lepaon, "  une situation générée par denombreuxdysfonctionnements  ". Elle souligne ensuite que "  la démission du secrétaire général et de l'ensemble des membres du bureau confédéral en vue de proposer une nouvelle équipe de dix  membres  " doit "  être crédible, acceptable, responsable pour rassembler la CGT  ".

Scénario surréaliste

Lundi 12  janvier, lors d'une nouvelle réunion de la CE, M.  Lepaon, qui s'est entouré d'un collectif de "  trois ou quatre camarades  " dont l'identité n'est pas connue, fera des propositions "  concernant le futur bureau confédéral ainsi que l'administrateur et le secrétaire général  ". 

Elles seront soumises le lendemain au vote du CCN, composé des secrétaires généraux des 33 fédérations et des 96 unions départementales.

Ce scénario surréaliste a été adopté par 34 voix pour. Il y a cependant eu 12 abstentions – dont cinq membres du bureau confédéral  : Eric Aubin, Sophie Binet, Marie-Laurence Bertrand, Valérie Lesage et Mohammed Oussedik – et quatre votes contre émanant de représentants des organismes sociaux, des personnels pénitentiaires et des unions départementales des Bouches-du-Rhône et de Haute-Garonne.

"  C'est le démissionnaire, qui n'a plus la moindre légitimité, qui va piloter sa successions'indigne un responsable de fédération. Et il met le point d'orgue à son déshonneur en voulant rester à la CE.On est en plein délire  !  

" Lors des débats, encore très tendus, M.  Aubin a proposé que "  les trois candidats malheureux à la succession de Bernard Thibault - Agnès Naton, Nadine Prigent et lui-même - ne soient ni dans le collectif chargé de préparer la nouvelle équipe ni dans le futur bureau confédéral  ".

Suggestion balayée avec véhémence par Mme  Prigent  : "  Je ne suis absolument pas d'accord, a-t-elle lancé. On ne mefera pas taireCelui qui voudra m'écarter de la CGT n'est pas encore né  ! Je suis disponible pour la CGT.  " 

Etonnant retournement de l'histoire. En mars  2013, M.  Lepaon avait résisté à la pression de M. Thibault qui lui avait demandé de garder son ex-dauphine au sein du bureau confédéral. Il ne voulait même pas que Mme  Prigent reste membre de la CE…

En voulant piloter sa succession, M.  Lepaon renforce l'hypothèse d'une candidature de Philippe Martinez, secrétaire général de la fédération de la métallurgie, soutenu par Mme  Prigent et la fédération de la santé, comme futur secrétaire général.

" Légitimité "

"  Je vois mal Martinez être en capacité de rassembler la CGT, observe un dirigeant de fédération. Il a le même profil que Lepaon, en plus intelligent. Il est imbu de sa personne. Et on ne connaît pas sa ligne politique.  " 

Pour plusieurs membres de la CE, le scénario imaginé par M. Lepaon risque de faire monter la colère de la base si celle-ci voit qu'un secrétaire général, discrédité par des affaires touchant à son train de vie et forcé au départ – après avoir résisté avec un entêtement peu commun – est tenté d'être le metteur en scène de la suite du film…

"  Il ne faut pas oublier que c'est le CCN qui aura le dernier mot, se rassure un opposant à M.  Lepaon, et il peut balayer le scénario imaginé en jugeant que le secrétaire général démissionnaire n'a aucune légitimité pour garder la main sur son remplacement.  " 

L'histoire récente montre en effet que ce que construit le gouvernement élargi de la centrale peut être démoli par son parlement. M.  Thibault en a fait l'expérience.

Le 31  mai 2012, lorsque la CE avait proposé la candidature de Mme  Prigent au poste de secrétaire générale, le parlement de la centrale l'avait rejetée par 304 voix contre, 255 pour et 82 abstentions.

Une telle répétition de l'histoire n'aurait rien d'improbable.

La réunion de la CE s'est achevée mercredi, peu avant 16  heures. En ordre dispersé, M.  Lepaon et d'autres membres du bureau confédéral, comme M. Aubin et M. Oussedik, se sont rendus place de la République pour participer, avec d'autres dirigeants syndicaux, comme Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, au rassemblement organisé après l'attentat terroriste contre Charlie Hebdo.

 

Michel Noblecourt

 
Tag(s) : #Lutte de Classe
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