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affaires-strategiques.info

Analyse du jour :

Est-il encore possible de dire non
à la Chine ?
24 novembre 2009 


Par Barthélémy Courmont, chercheur à l’IRIS (1)
 

La première visite officielle de Barack Obama en Chine a confirmé l’importance que le président américain accorde à la relation avec Pékin. Que ce soit dans le cadre de la réponse à la crise économique internationale, l’identification des enjeux globaux comme le réchauffement climatique, à quelques semaines du sommet de Copenhague, ou encore les questions énergétiques, le chef de l’Exécutif américain se montre sage et sait qu’il ne peut se passer de la Chine.
Rien de nouveau donc : la Chine est une puissance désormais reconnue, et ne pas en tenir compte serait faire preuve d’un manque de clairvoyance politique évident. En revanche, on note dans ce déplacement la confirmation qu’il est de plus en plus difficile, voire impossible, de critiquer un régime qui monte en puissance, mais dont les réformes restent encore trop rares pour qu’on puisse parler d’avancée dans le domaine de la démocratisation. Il est dans le même temps de plus en plus difficile de s’opposer à la montée en puissance de Pékin, et de trouver des parades à son futur avènement comme première puissance mondiale.
Et de poser la question : est-il encore possible de dire non à la Chine ?


Barack Obama, auréolé de son prix Nobel de la Paix, est devenu en un an un champion du dialogue entre les peuples, sorte de réponse à l’unilatéralisme des années Bush et dans le même temps d’antidote au choc des civilisations de feu Samuel Huntington. Ses propos enflammés à Tokyo, où il s’est présenté comme le premier président américain originaire du Pacifique, et a plaidé pour une plus grande coopération transpacifique, sont conformes aux espoirs qu’il suscite sur la scène internationale, et viennent s’ajouter aux discours de Prague, du Caire et même de Berlin, quand il était encore candidat. Il est donc intéressant d’y opposer un ton plus modéré à l’égard de la Chine, dans lequel les références aux droits de l’Homme sont absentes. A part quelques références à Internet et à la liberté religieuse à Shanghai (censurés sur Internet et dans les médias en Chine), il est resté très discret. Pragmatisme oblige, le président américain sait qu’il n’est pas dans son intérêt de se mettre Pékin à dos. Mais on entend d’ici les reproches que ne manqueront pas de lui adresser, notamment quand il recevra son prix Nobel, ses adversaires politiques et ceux qui, dans son propre camp, voient dans la Chine une menace, notamment pour l’économie américaine.
Mais, pourrait-il leur répondre, la Chine vaut bien quelques critiques…

Déjà, en février dernier, lors de sa première visite officielle à l’étranger en temps que Secrétaire d’Etat, qui l’avait conduite en Asie orientale, Hillary Clinton avait laissé de côté la question des droits de l’Homme pour ne pas irriter ses hôtes à Pékin. Une attitude qui contrastait très nettement avec celle de son époux qui, au milieu des années 1990, n’avait pas hésité à émettre quelques critiques à l’égard du régime chinois lors de sa tournée en Asie quand il était président. Une attitude qui fut également critiquée par les défenseurs des droits de l’Homme aux Etats-Unis, qui avaient fait de Madame Clinton leur championne lors de la campagne présidentielle américaine, quand elle s’était opposée à la présence de George W. Bush à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin.
Mais une fois dans l’administration, c’est bien la realpolitik qui s’impose.

On connaît la situation difficile dans laquelle Washington se trouve actuellement dans sa relation avec Pékin, mais les Etats-Unis sont-ils pour autant une exception sur ce point ? Certainement pas. Que ce soit du côté des puissances européennes, des pays émergents ou des voisins de Pékin, qui ne figurent pourtant pas sur la liste de ses meilleurs amis, on retrouve les mêmes réserves quand il s’agit de critiquer le régime chinois, et les mêmes difficultés à empêcher sa montée en puissance.

D’autant que la réciproque est de moins en moins évidente.
Rencontres avec le Dalaï Lama, commentaires sur la situation dans le Xinjiang, remarques sur la lenteur dans la mise en place des réformes… tout est prétexte à Pékin pour critiquer l’ingérence des puissances étrangères dans sa politique intérieure, et ces dernières cherchent de plus en plus à éviter de telles critiques.
Difficile en effet de se mettre en travers d’un pays qui deviendra dans moins d’une génération la première puissance économique mondiale, et qui voit son influence se renforcer jour après jour.
On parle désormais de soft power à la chinoise, et Pékin ne s’en cache d’ailleurs pas. Mais force est de constater que ce soft power s’appuie pour l’heure avant tout sur la difficulté de plus en plus grande que le monde entier éprouve à se mettre en travers de la Chine. C’est pourquoi le terme de sticky power (une puissance qui serait une sorte d’aimant), imaginé par le politologue américain Walter Russel Mead en 2004, trouve ici tout son sens.
La Chine est un pays face auquel il est de plus en plus difficile de dire non.


 (1)Professeur invité et titulaire par intérim de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, Université du Québec à Montréal (UQAM), Barthélémy Courmont vient de publier Chine, la grande séduction. Essai sur le soft power chinois, aux éditions Choiseul.

Tag(s) : #Contre l'impérialisme
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