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"Faut-il augmenter les salaires ?"

 

Remarques sur les médias du 25 novembre

 

par Philippe ARNAUD


Chers tous,

Au journal de France 2 de 20 h, hier jeudi 25 novembre, présenté par David Pujadas, j'ai retenu ceci

- Sujet n° 2. Présentation en début de journal. "Faut-il augmenter les salaires ? Des études soulignent le déséquilibre entre profits et fiches de paie dans les pays occidentaux. La crise aurait favorisé l'actionnaire au détriment du salarié."

- Traitement du sujet (après la météo). "Autre actualité de cette journée. Elle est économique, avec ces études qui mettent en évidence un déséquilibre entre les profits et les salaires dans les grands pays occidentaux. Depuis la crise financière, les premiers sont repartis à la hausse tandis que les seconds stagnent. Les grands groupes, notamment, font la part belle aux actionnaires. Alors, faut-il augmenter les salaires ? Oui, répondent de plus en plus d'économistes. Jean-Paul Chapel, Abdel Zouioueche".

Reportage. [Avec vue sur une manifestation de salariés allemands]. "Des manifestations pour revendiquer une augmentation de salaire, en Europe, ce n'est pas nouveau. Ce qui l'est plus, en revanche, c'est que plusieurs entreprises allemandes se disent prêtes, désormais, à lâcher du lest, reconnaissant ainsi que les salariés ont déjà fait suffisamment de sacrifices. En France, aussi, les économistes, de droite comme de gauche, estiment qu'il est temps d'augmenter les salaires pour soutenir la consommation."

[Ici, interview d'un économiste : Emmanuel Lechypre, de /L'Expansion/. "Le problème, c'est que quand la consommation est faible, eh bien les entreprises n'investissent pas beaucoup. Et donc on risque d'entrer dans un cercle vicieux, finalement, dans lequel s'auto-entretiennent la faiblesse de la consommation, la faiblesse de l'investissement, qui, au final, affaiblira le potentiel de croissance du pays".].

[Nouvel écran. Passage à un tableau de graphiques animés. Commentaire du journaliste pendant que les courbes se déroulent. C'est que, depuis deux ans, le taux de profit des entreprises est reparti à la hausse, tandis que, dans le même temps, la part des salaires, elle, a légèrement fléchi.
Cas extrême du CAC 40, l'entreprise Vallourec a distribué à ses actionnaires des dividendes en hausse de plus de 1000 % sur cinq ans, tandis que les salaires n'augmentaient que de 35 % [Un chiffre en blanc sur une barre en mauve indique 1007 % et un en blanc sur fond rouge indique 35 %].  Pour France Télécom, c'était plus 462 % pour les dividendes , plus  19 %  pour les salaires. [Même  présentation sur les barres].  Selon le patronat, il est encore top tôt pour redistribuer les profits. Les entreprises françaises s'estiment moins compétitives que leurs concurrentes. Une des pistes serait d'accompagner l'actionnariat des salariés pour qu'ils puissent avoir leur part des profits de l'entreprise, mais ce dispositif ne concerne, en France, que 2 millions de salariés."

[Pendant que le journaliste parle, nouvelle séquence. On voit, de l'intérieur du hall d'un bâtiment , entrer, de face, par une porte vitrée, Laurence Parisot en tailleur gris avec pantalon. Puis, on passe à un autre plan, et on voit la même se diriger de dos vers un pupitre qu'on devine face à une assemblée au bord de l'image à droite. Puis de nouveau un plan rapproché avec L. Parisot de face et zoom arrière montrant au loin Parisot et une assemblée assise. Nouveau plan de l'assemblée pris en enfilade d'une rangée de spectateurs assis : majoritairement, des hommes, en costume, quinquagénaires. Dernières séquences : une vue extérieure d'un trottoir ou d'une place, où l'on voit une foule aller et venir, puis une autre vue, à même hauteur, représentant un espace café dans le couloir d'un immeuble de bureaux, où l'on voit 7 ou 8 personnages, majoritairement de dos, avec zoom avant final, sur deux femmes de profil].

Remarque 1. Tout le reportage est effectué à l'indicatif (présent, imparfait, passé composé), sauf... un verbe, dans la présentation, conjugué au conditionnel : "La crise aurait favorisé l'actionnaire au détriment du salarié." Faut-il voir dans l'usage de ce temps une protestation inconsciente du journaliste devant une réalité (la disparité scandaleuse des revenus) qu'il aurait ne pas voir étaler ?

Remarque 2. Ce que dit l'économiste de L'Expansion, comme ce que prônent les (ou "des" ou "certains") patrons allemands, n'est jamais que la politique keynésienne de relance par la demande (via l'augmentation des salaires), tout à fait à l'opposé de la politique monétariste de compression de ces mêmes salaires, appliquée précisément par les patrons - et soutenue par la quasi-totalité des gouvernements européens. Ce qui est à noter, à ce sujet, c'est qu'on n'insiste guère sur cette opposition...

Remarque 3. Les deux seuls points de vue exprimés sont ceux d'un économiste et celui du Medef. On n'y entend ni l'opinion des syndicats de salariés (qui auraient pu insister sur l'appui à leur thèse que représentait, pour eux, l'opinion d'un journaliste de /L'Expansion/), ni celui du gouvernement, comme si celui-ci n'avait aucun pouvoir en la matière - ou comme si le seul pouvoir qui lui importait en l'occurrence était de comprimer les salaires - voire de les diminuer...

Remarque 4. Laurence Parisot est filmée seule, à hauteur de visage, elle figure au centre de l'objectif (et de l'écran), elle est debout, devant un parterre de gens assis. Elle a donc une position de commandement (en tant que chef des patrons) ou de magistère (en tant qu'oratrice), c'est-à-dire une position d'autorité. En revanche, aussi bien la foule de la fin (censée représenter les consommateurs ?) que les personnages, qui se rassemblent apparemment autour d'une machine à café (censés représenter les salariés ?), sont filmés à hauteur de genou avec un téléobjectif : leurs visages n'apparaissent que de loin. Lorsqu'ils s'approchent de la caméra, ces visages disparaissent, on ne voit plus que leur tronc et leurs jambes. Cette présentation les dépersonnalise, elle les fond dans une masse - équivalent visuel de ce qu'est l'expression (inconsciemment méprisante) "les anonymes" [lorsqu'on parle, en général, de gens non connus qui viennent assister aux obsèques d'une célébrité : comme si, au sens propre du terme, chacune des personnes de cette foule n'avait pas de nom !].

Remarque 5. Le dernier plan est censé symboliser les salariés. Mais quels salariés présente-t-on ? Des employés de bureau et même des employés bien vêtus, dans un environnement de bois clair, brillant, chaudement éclairé (apparemment les locaux d'une entreprise de services), sans doute des cadres, comme si la solution esquissée (transférer les augmentations de revenus sous forme d'actions) ne pouvait  s'adresser  qu'à eux  (c'est-à-dire à une minorité). De plus, au lieu d'être filmés devant leur ordinateur - ou en train de téléphoner ou de compulser des dossiers - ils sont filmés en pause (comme si c'était leur occupation ordinaire, comme si on voulait suggérer : "A quoi bon augmenter des gens qui - c'est évident - n'en fichent pas la rame ?").

Remarque 6. A la question du début (""Faut-il augmenter les salaires ?"), qu'est-il finalement répondu ? Ou, plus précisément, quelle réponse se dégage du reportage ? Cette réponse, très clairement, c'est non. Non, d'abord, parce que le Medef ne le veut pas (les syndicats de salariés sont ignorés, le gouvernement est mis hors jeu) et non, ensuite, parce que la seule forme d'augmentation envisagée est celle de la distribution d'actions aux salariés (ce qui, en soi, est la négation de l'augmentation du salaire), augmentation qu'on n'envisage pas possible puisqu'elle ne toucherait que 2 millions de salariés (sur quelque 20 millions). Autrement dit : puisque c'est là la seule solution (admissible par le Medef) mais qu'on ne pourrait l'appliquer qu'à une partie des salariés (inadmissible pour les syndicats), eh bien, pour ne pas faire de jaloux... ne l'appliquons à personne !

Morale de l'histoire : le grand écart des revenus enregistré depuis l'éclatement de la crise est scandaleux... mais on ne fera rien pour y remédier ! David Pujadas peut dormir tranquille, ce n'est pas cette nuit que les révolutionnaires le tireront du lit...

Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, compléments et critiques.
Bien à vous

Philippe Arnaud AMD Tours

0247276725


Tag(s) : #Politique française
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