Jeudi 5 juillet 2012 4 05 /07 /Juil /2012 09:11

Acropole.JPG

 

Aux pieds de l'Acropole mercredi, des rencontres étonnantes et étonnées ont inauguré le tempo de la nouvelle ère sous le mémorandum II bis, dite aussi l'ère samaritaine (de Samaras). Il y avait un car de police en stationnement permanent, les vacanciers de passage, les badauds habituels très nombreux, les musiciens de rue et enfin, les premiers protestataires du centre-ville et de saison, depuis l'ouverture de la nouvelle session parlementaire.

 

A deux pas du sanctuaire du dieu Pan et sans la moindre panique, des employés dans l'hôtellerie et la restauration en grève se sont mêlés aux autres groupes primaires humains aux regards croisés et découvreurs, comme si c'était la première fois, comme dans un first contact culturel, stupéfaction encore assurée, au spectacle de notre condition «néo-primitive». On suggéra peut-être à Bob Connolly et à Robin Anderson la réalisation d'une nouvelle trilogie, et nos trois nouveaux frères Leahy seraient sans doute... les Troïkans !

 

Non, ils n'étaient pas très nombreux à battre le pavé ces grévistes de l'hôtellerie et de la restauration en pleine saison et en plein âge de la terreur, mais ils se sont montrés déterminés et courageux. Selon Nikos Papageorgiou, représentant du syndicat unitaire, « il devient urgent de défendre nos conventions collectives car le patronat, la Troïka et le gouvernement ne les conduiront plus au-delà de juillet. Déjà sur le terrain, nous travaillons mais nos salaires ne nous permettent même plus la survie. Les salaires pratiqués lors des nouvelles embauches se situent entre 350 et 570 euros par mois pour un temps plein et tout le monde sait que nous travaillons bien davantage et dans de terribles conditions. Nous ne pouvons pas accepter ces salaires, ni les diminutions exigées par le patronat».


Ici ou là et entre participants, on se disait que  

 

«cette déshumanisation dépasse la honte, et qu'elle est inacceptable : le statut de l'employé est aboli au profit de celui de l'esclave».

 

On s'apprêtait, les visages sombres, à former un cortège pour se rendre au ministère du travail rue du Stade, après un passage symbolique par la place Syntagma, la dignité et le courage sous les bras. Mais comment échapper finalement à ce destin d'esclave, lorsque selon les dernières statistiques rendues publiques par Eurostat hier, plus de 400 000 nouveaux chômeurs se sont ajoutés sur la travel checklist du memorandum, rien qu'au premier trimestre 2012.

Donc le memorandum a parfaitement rempli son cahier de charge, sa formule all inclusiverencontre un grand succès commercial transnational, depuis la Grèce et jusqu'au Portugal et somme toute, relativement peu de contraintes techniques avérées.



human 


Visites touristiques
Les cars remplis de touristes sur l'avenue de la reine Amalia s'arrêtèrent un moment pour une prise de vue, arrachée au réel athénien parfois sous les applaudissements. D'autres ont filmé, séquences courtes et exceptionnelles à conserver soigneusement sur les SSD et autres mémoires flash, avant de les visionner fièrement, de retour au pays, à la fin du séjour ou de la croisière au pays de l'hôtellerie, de la restauration et d'Amalia d'Oldenbourg. Eh oui, cette fille de Paul Frédéric Auguste, grand-duc d'Oldenbourg et de la princesse Adélaïde von Anhalt-Bernburg-Schaumburg-Hoym qui épousa le roi de Grèce Othon (de Wittelsbach, deuxième fils de Louis Ier de Bavière et premier souverain de la Grèce moderne), Amalia (ou Amélie) devint donc «notre» reine.
C'était du temps de Josef Ludwig von Armansperg, homme politique et diplomate bavarois qui assura la régence du Royaume de Grèce pendant la minorité du roi Othon, après avoir exercé les fonctions de ministre de l'Intérieur et ministre des Finances du gouvernement bavarois. Josef Ludwig von Armansperg présidât au Conseil de Régence avec deux autres régents, Carl Wilhelm von Heideck et Georg Ludwig von Maurer, formant notre première Troïka.

Depuis, le quartier historique et l'avenue de la première reine ont connu bien d'autres événements. En suivant le cortège des manifestants, j'ai encore observé cet immeuble portant les cicatrices de l'histoire, marqué des éclats de balles, stigmates de la bataille d'Athènes (décembre 1944 - janvier 1945), opposant l'armée britannique et les troupes de la droite royaliste, aux forces communistes.
Mais à présent, personne n'y prête attention. Sans doute parce que le temps présent est si épais. Une architecture sous une certaine influence Art déco, au 42 avenue Amalias, datant des années 1930, une œuvre de l'architecte Emmanuel Lazaridès (1894-1961), ancien élève de l'école des Beaux-Arts à Paris.

Deux députés participaient au cortège, Christos Katsiotis, élu communiste de la capitale et ancien employé de la branche, et Mikhalis Kritsiotakis, universitaire, élu Syriza de l'île de Crète. Et en Crète comme ailleurs, tout le monde réalise enfin que le tourisme est à la fois un problème et une solution.
Les élus des autres partis n'ont pas jugé nécessaire d'effectuer le déplacement. Pourtant, il y a eu bien pire dans le comportement politique chez certains.
Déjà, ce qu'a relaté Nikos Papageorgiou (le représentant du syndicat unitaire) du quotidien habituel et exceptionnel de ses collègues ne correspond en rien aux affirmations «rassurantes» que la classe politique «de gouvernement» a faites lors de la réception des grévistes par le ministre du Travail, Yannis Vroutsis (élu Nouvelle Démocratie aux Cyclades), après la manifestation d'hier.
Selon Nikos Papageorgiou, «des députés et des dignitaires Pasok ont fêté la participation de leur parti socialiste au gouvernement du 18 juin, dans un hôtel ami. Tard dans la nuit, il a été "demandé" à un employé d'y rester pour les besoins de la fête, au-delà de son service, jusqu'à 5 heures du matin, mais il refusa. Aussitôt, les fêtards pasokiens ont convoqué le patron de l'établissement pour exiger le renvoi du salarié. Ce dernier a été licencié sur le champ».
«Nouvelle exposition coloniale»

On se demande parfois dans ce pays si le pasokisme n'est pas pire que le troïkanisme, sans blague. La semaine prochaine, nous attendons d'ailleurs la Troïka à Athènes, car rien que la perspective d'une probable victoire de Syriza l'avait éloigné durant plus d'un mois. Mais le peuple souverain en a décidé autrement.

Elections ou pas, la crise, omniprésente s'incruste partout, ne laissant que peu de répit à notre regard. La voir, l'entendre et la subir déréalise progressivement toute projection vers un autre futur pour beaucoup d'entre nous, pour une petite moitié des habitants de cet ex-Etat.
Car the Failing State of Greece s'offre comme jamais auparavant à ses visiteurs attentifs de cette «nouvelle exposition coloniale» aux attractions sans cesse renouvelées. En plus, il y a la plage, le soleil et l'hôtellerie-restauration.
28 magasins fermés

Covoiturage aidant, j'ai pris l'autoroute hier à destination de la Thessalie. Rocades désertées, pratiquement vides par endroits, si je compare au temps de mes souvenirs de 2010. La nationale ensuite, ainsi que les départementales sont beaucoup moins fréquentées, tout comme les cafés. En arrivant, j'ai fait régler le câble d'embrayage et remplacer le câble de la bobine d'allumage auprès du garagiste du coin pour vingt trois euros TTC. J'ai aussi fait l'ajout d'un litre d'huile car la vieille mécanique Daihatsu (21 ans !) consomme un peu de lubrifiant à la longue. Voilà pour la révision 2012, après tout, l'ère de l'automobile est déjà passée derrière le rétroviseur, c'est clair. Antonis, le garagiste était content de me voir :

«Je comprends, tu prends d'habitude le train depuis Athènes, c'est normal. Pavlos n'est plus là, je n'arrivais plus à verser son salaire, comme tu vois je me trouve plus qu'avec un seul employé, Serjan, le Serbe. Avant la crise j'employais quatre personnes, le marché automobile est mort. Dans cette ville [Trikala], neuf concessionnaires ont fait faillite en dix mois. Les clients nous arrivent lorsque leurs voitures sont complétement en panne, et encore. Même les grands du secteur comme Toyota ont du mal à s'en sortir. Pour reprendre une concession Toyota par exemple, le cahier de charges impose au moins dix salariés, un certain stock de véhicules et de pièces de rechange, j'estime le capital de départ nécessaire à 300 000, hors-coût des locaux, au moins. Cela n'intéresse plus personne ici. Comme tu sais, les petits locaux ici m'appartiennent, je ne verse déjà pas de loyer. Va faire un tour en ville et tu verras, avenue Kondylis par exemple, entre les écoles et la banque nationale (sur 1 km) j'ai compté 28 magasins fermés, la catastrophe. C'est bien connu, ici ce n'est pas comme à Athènes, les gens, les vieux commerçants de père en fils, ont honte de faire faillite. Ils vendent encore les bijoux de la famille, certains biens immobiliers ou leurs dernières économies pour tenir tête, coûte que coûte. Mais c'est du précaire. Je crains le pire ensuite, les suicides par exemple


Je sais qu'en Italie les suicides chez les petits commerçants et entrepreneurs à la faillite ont pris le caractère d'épidémie. Chez nous, ils sont sociologiquement plus variés et davantage liés au chômage. Jeudi matin, un homme, employé de banque, s'est suicidé en se jetant de l'Acropole. Nous ignorons les motifs mais tout le monde pense à la crise bien évidemment.
 
Progression de l'Aube dorée

 

Les amis du blog habitant l'île de Syros m'ont fait part d'un appel émanant de l'Espace social d'autogestion d'Ermoupolis, car jeudi et vendredi, ainsi que le mardi 3 juillet, on va collecter des denrées alimentaires à destination de l'établissement public de santé mentale de l'île de Leros.

 

J'avais déjà évoqué ce drame dans un article du blog, hélas, l'appel précise que les médecins s'adressent dans l'urgence (et sans succès pour l'instant) au ministère de la Santé, car depuis le 5 juin, les malades ne sont plus nourris. Mon ami S.P. l'instituteur n'était pas au courant, mais il assure qu'en Thessalie aussi la situation s'est considérablement dégradée depuis Noël. Il ne s'est pourtant pas déplacé aux urnes le 17 juin :

 

« Je ne voulais pas voter Tsipras, ils sont dangereux ces gens de Syriza, ils arriveraient au pouvoir pour devenir riches comme les autres... mais je préfère les autres, il nous garderons dans l'euro et mon salaire déjà amputé de moitié certes, sera versé au moins.

A l'école, les enseignants ont pourtant voté Syriza ou l'Aube dorée, le directeur d'une école voisine a même hésité entre les deux, il a apprécié le programme économique de Syriza, mais comme il ne voulait plus voir les immigrés dans son quartier, il a finalement opté pour l'Aube dorée, étrange non ?» 

«Etrange», sans commentaire !

 

Les résultats locaux confirment les tendances nationales.

 

Tel un ex-employé et ex-paysan au chômage élevant ses poules, cultivant ses tomates et ses illusions perdues, à 55 ans, il a voté Aube dorée pour la première fois en juin : «C'est pour qu'ils fassent leur entrée au parlement mais durablement... et ainsi casser la gueule à tous ces voleurs», a-t-il expliqué.

 

Petite bourgade paisible : 1361 inscrits et 808 votants le 6 mai.

 

Résultats :


Nouvelle démocratie 203 (26%),

Syriza 105 (13,44%),

Gauche démocratique 132 (17%),

KKE 129 (16,52%),

Pasok 60 (7,68%),

Grecs indépendants 38 (4,87%),

Laos 25 (3,2%) et

Aube dorée 24 (3,07%).

 

Et en juin, 789 votants et les résultats suivants :


Nouvelle démocratie 291 (37,2%),

Syriza 182 (23,3%),

Gauche démocratique 57 (7,3%),

KKE 90 (11,52%),

Pasok 52 (6,6%),

Grecs indépendants 32 (4,1%),

Laos 12 (1,54%) et

Aube dorée 41 (5,25%).


Disons un village très tendance, comme le reste du pays. Ailleurs par contre, Syriza est arrivé en tête, comme dans la plupart des Cyclades et en Crète par exemple.

 

Dans les cafés de Karditsa, au département voisin, la doxa du «pays réel» approuve largement la baffe de Kasidiaris :

«Je crois que cet épisode a largement contribué au renforcement de l'Aube dorée et non pas à son contraire, malheureusement», a expliqué une habitante de cette ville.

Puis, après un bref silence, une hésitation passagère, elle rajouta : «Tu sais, il y eu dispute avec mon frère, il est policier. Il prétend que Syriza sème le désordre dans les manifestations, tandis que les types de l'Aube dorée aident la Police dans sa mission».

 

Aristide, frère de Mina, policier, gagne mille euros par mois et vient de faire installer le GPL à sa voiture.


En Thessalie aussi les seules nouvelles boutiques font dans l'achat d'or, le dépôt-vente et le GPL. Même les pastèques sur le marché n'ont plus tellement la cote.

Seul le football retient désormais les hommes au café.

Jeudi soir, l'Italie l'emportant 2-1 contre l'Allemagne grâce à un doublé de Mario Balotelli et tous les Grecs ont crié «victoire». Mais pour les Allemands, pas d'eurobonds sans union fiscale. Epoque Art déco ?

 

Panagiotis Grigoriou

 

Lu sur Marianne 2

 

Cri du Peuple : 

http://www.mleray.info/article-grece-le-statut-de-l-employe-est-aboli-au-profit-de-celui-de-l-esclave--107689872.htm

Par Jean Lévy - Publié dans : Europe
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