Vendredi 29 juin 2012 5 29 /06 /Juin /2012 10:45

  Descartes

 

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"Pro rege saepe, pro patria semper"

 

Jeudi 28 juin 2012

L'Europe avant le sommet :

les illusions perdues. 

"Le cynisme est la fumée qui s'elève lorsqu'on brûle ses illusions"

La valse des dirigeants européens avant le sommet de Bruxelles qui commence aujourd'hui ressemble de plus en plus au proverbial poulet sans tête qui continue à courir alors que toute fonction cérébrale a, et pour cause, cessé de l'animer. Comme le poulet décapité, les dirigeants européens agissent par réflexe, répétant des discours vides de sens auxquels plus grand monde ne croît plus. Chaque sommet est bien entendu "décisif", l'engagement à "sauver à tout prix la construction européenne" ne fait pas de doute, l'Europe reste bien entendu "notre avenir"... mais au delà des discours plus ou moins creux, les solutions sont toujours les mêmes.

Tout ce cirque a au moins une conséquence positive: il a fait voler en éclats la fiction qui, pendant trente longues années, a présidé contre toute évidence à la construction européenne. Celle d'un "intérêt européen" que les institutions communautaires étaient censées servir, avec des "dirigeants européens" qui en étaient l'ultime garantie. Tout cela paraît aujourd'hui bien loin: les soi-disant "dirigeants européens" n'hésitent pas à montrer aujourd'hui toute honte bue qu'ils défendent des intérêts nationaux (1). Et nulle part ceci est plus évident qu'en Allemagne, avec une Angela Merkel qui explique devant le Bundestag sa stratégie européenne dans des termes qui ne laissent aucune ambiguïté sur les intérêts qu'elle défend: si cela doit coûter plus d'argent à l'Allemagne, alors l'Allemagne doit pouvoir imposer les politiques de son choix.

Faut-il lui en tenir rigueur ? Certainement pas. Après tout, Angela Merkel a été élue par ses concitoyens pour défendre leurs intérêts, et non un "intérêt européen" plus ou moins fumeux. Lorsqu'on lui demande d'engager l'argent des contribuables allemands, Angela Merkel exige garanties et contreparties. Si seulement nos dirigeants français étaient capables de faire de même... seulement, ils ne le sont pas. Dans la plus grande discrétion, les dirigeants français ont dejà engagé 40 milliards de fonds publics - c'est à dire, payés par les contribuables français - pour "sauver l'euro" sans que le public ne soit consulté ni même informé (2). On ne peut d'ailleurs qu'être émerveillé par l'ingénuité de nos dirigeants: on dirait que pour eux le fait d'aider la Grèce, l'Irlande, le Portugal ou l'Espagne est une pure question de principe, que cela va de soi, et peu importe si cette aide est efficace ou combien elle coûte. Nous n'avons même pas exigé, en échange de notre contribution, d'avoir un minimum de contrôle sur les "plans d'ajustement" qui auront été imposés aux pays en échange de notre argent.

Il est de bon ton de fustiger "l'égoïsme" ou "l'étroitesse d'esprit" des allemands. Mais cet "égoïsme" a au moins la vertu d'être rationnel.  Les allemands ne refusent pas de payer, mais ils entendent contrôler ce à quoi leur argent servira. Ce qui est parfaitement logique. Je le préfère infiniment cet "égoïsme" à l'ingénuité et l'inconséquence française. Nous français, nous sommes les deuxièmes contributeurs, après l'Allemagne, aux différents fonds d'aide. Nous avons donc aussi les instruments pour peser sur les politiques européennes qui se font avec cet argent. Pourquoi alors laissons-nous que ces politiques soient déterminées par l'Allemagne ? Alors que tout le monde joue en Europe la défense de ses intérêts et sait dire "non" quand il le faut, nos représentants continuent à se bercer des violons de "l'unité européenne" et du "fédéralisme". De droite comme de gauche - y compris dans la gauche radicale - on se trouve des prétextes pour "sauver l'euro" à tout prix, sans se demander si le prix en vaut la peine. Comment s'étonner dans ces conditions que le FN, le seul parti à prendre clairement position contre cette vision bisounoursienne de la politique, recueille de plus en plus d'adhésion populaire ?

Comme on pouvait l'anticiper, cette explosion en vol de l'idéal européen ne pouvait laisser indifférente notre élite médiatique, qui de Maastricht au TCE a toujours défendu avec la foi du charbonnier l'édifice bancal qu'est l'euro. Et ces gens là ont un allié de taille: la mémoire courte des citoyens. Ainsi, ceux-là même qui balayaient d'un revers de manche l'argumentation des opposants au traité de Maastricht déclarent aujourd'hui avoir soulevé ces objectionsà l'époque... mais pour demander une intégration encore plus poussée et des abandons de souveraineté encore plus étendus. Ce discours falsifie les faits: il est exact qu'un certain nombre de commentateurs étaient conscients des objections. Mais loin de les soulever, ils les ont au contraire dissimulées. Et cela pour une raison simple: la priorité pour eux était de faire voter la ratification du traité de Maastricht, en étant persuadé que celui-ci rendrait inévitable cette "intégration poussée" qu'ils appelaient - en secret, pour ne pas effaroucher l'électeur - de leurs voeux.

Ceux-là même qui aujourd'hui nous expliquent - et prétendent avoir toujours su - qu'un "saut fédéral est impératif pour sauver l'euro" sont les mêmes qui, hier, expliquaient aux citoyens qu'ils pouvaient voter Maastricht sans crainte de mettre le doigt dans l'engrenage, qu'il n'y avait dans le traité aucun "engagement caché". S'ils disent la vérité lorsqu'ils affirment avoir toujours su que des abandons de souveraineté supplémentaires seraient nécessaires, alors on doit conclure qu'ils nous ont menti. Faut-il alors leur faire confiance aujourd'hui ? Je ne le crois pas. Au delà des beaux discours, les europhiles ont failli. Chacun peut constater ce que sont devenues les belles promesses de "l'Europe qui protège": le marché unique "libre et non faussé" - c'est à dire dérégulé - et l'euro ont accouché d'une zone de faible croissance, de chômage et de précarité massive, avec des déséquilibres croissants qu'aucun mécanisme de transfert ne vient compenser et qui à terme vont couler tout le monde (3). Que promet cette Europe à la jeunesse aujourd'hui ? Dix ans d'austérité, de chômage, de précarité ? C'est le sacrifice d'une génération qu'on est en train de nous proposer.  Et ceux-là même qui ont construit cette monstruosité prétendent aujourd'hui avoir la solution miracle: le "saut fédéral". "Donnez nous plus de pouvoir -nous disent-ils - et nous résoudrons tous les problèmes". Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'au vu de leurs exploits passés, ce "saut fédéral" qu'on nous ressort périodiquement comme la panacée universelle à tous les maux de l'Union ressemble drôlement à un saut dans le vide.

Si la légitimité du politique dérive de l'assentiment populaire, la légitimité d'une technocratie derive de sa compétence. Si les institutions "fédérales" avaient montré leur capacité à prévenir la crise et à la gérer, elles auraient un boulevard devant elles pour demander le "saut fédéral". Le problème est que loin de se montrer compétentes, les institutions européennes - que ce soit la Commission ou la BCE - ont montré au contraire une totale incompétence. Elles n'ont pas vu venir la crise: ni la formation des "bulles" immobilières en Espagne et en Irlande, ni la déconfiture grecque ou portugaise n'ont été prévues. Elles n'ont pas non plus pris des mesures prudentielles, soutenant au contraire une dérégulation totale de la finance et une politique monétaire qui ne pouvait qu'aboutir à ce résultat. Et une fois la crise à nos portes, elles se sont montrés incapables de toute originalité, proposant les éternelles recettes orthodoxes qui avaient dejà montré leur nocivité dans les années 1930. En d'autres termes, la "technocratie" européenne s'est montrée inefficace, incompétente, figée. Les citoyens, qui ne rejettent pas les technocraties à conditions qu'elles soient efficaces, ne l'oublieront pas de sitôt.

Il n'y aura pas de véritable "saut fédéral" tout simplement parce que la légitimité technocratique manque, et qu'il n'y a pas de "peuple européen" qui pourrait donner une légitimité politique à une telle "fédération". Ce qu'on nous présente comme la création d'un véritable état fédéral européen n'est en fait que le transfert du pouvoir politique à une entité bureaucratique dont l'Allemagne exigera - Angela Merkel est très claire sur ce point - le contrôle. Car qui imagine que l'autorité budgétaire européenne, censée pouvoir modifier les budgets des états, pourrait exercer ce contrôle sur le budget allemand dans le sens de la relance, par exemple ? Bien sur que non: L'Allemagne - là encore, Merkel ne laisse la moindre ambiguïté - n'acceptera une telle autorité budgétaire que si celle-ci impose à tous les partenaires la politique budgétaire orthodoxe de l'Allemagne. Croire dans ces conditions que le "saut fédéral" est autre chose qu'une "germanisation" autoritaire de l'Europe, c'est se bercer d'illusions. Et les peuples n'ont pas, en ce moment, beaucoup de temps pour les illusions. Un tel schéma n'aurait aucune chance de passer le test d'un référendum.

 Descartes

(1) sauf peut-être les français, qui comme d'habitude n'ont encore rien compris au film.

(2) Il est d'ailleurs drôle de constater que dans notre société de "transparence", on est obligé de faire un débat public qui national qui prend un an lorsqu'on veut construire un canal, une autoroute ou un réacteur nucléaire à 5 milliards, mais qu'on peut en engager 40 milliards pour "sauver l'Europe" sans demander son avis à personne.

(3) Y compris l'Allemagne, dont la richesse est soutenue par les exportations. Lorsque le reste de l'Europe sera ruiné, qui achètera les produits allemands ?


Par Jean Lévy - Publié dans : Europe
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