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L'EXEMPLE DU BAHREÏN 
L'ALIGNEMENT COMPLET DE L'UNION EUROPÉENNE
ET DE LA POLITIQUE FRANCAISE SUR WASHINGTON

(1/2)

par François ASSELINEAU

 

Union Populaire Républicaine

lundi 20 août 2012 

 

7 août 2012 : François Hollande reçoit chaleureusement le roi du Bahreïn à l'Élysée.  

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Le drapeau national du Bahreïn a été adopté par phases successives entre 1820 et 2002.  La dernière version ne compte plus que 5 pointes blanches sur le côté, qui représentent les "Cinq Piliers de l'Islam" ( c'est-à-dire les 5 obligations rituelles : profession de foi, prière cinq fois par jour, aumône, ramadan et pèlerinage à La Mecque).

 

 

 

 

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PRÉSENTATION DU ROYAUME DU BAHREÏN

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Le Royaume du Bahreïn (qui n'était que "l'Émirat du Bahreïn" jusqu'en 2002) (en arabe البحرين, littéralement « les deux mers ») est un petit État insulaire situé dans le Golfe Persique :

 

   

Ce petit royaume est comme coincé au fond d'un golfe, cerné à l'ouest, au sud et à l'est par deux voisins plus grands que lui :

  • l'Arabie Saoudite, dont les côtes ne sont distantes que d'une quinzaine de kilomètres. Le Bahreïn est d'ailleurs relié au royaume wahhabite par un lien fixe : une digue routière, financée par l'Arabie saoudite ( la King Fahd Causeway ), qui relie la capitale Manama à la grande ville saoudienne de Dammam ;                                
  • et l'Émirat du Qatar, qui est à peu près à la même distance que les côtes saoudiennes. Le royaume de Bahreïn a d'ailleurs la souveraineté sur quelques îlots distants, situés à 700 mètres seulement des côtes qatariennes.

 

D'une superficie de 665 km², le Bahreïn est à peu près grand comme le Territoire de Belfort ou la moitié du département du Val-d'Oise. La plus grande partie en est désertique. Ce qui donne à sa capitale Manama une très forte densité urbaine.

Bahreïn est le premier pays arabe du Golfe persique à avoir foré du pétrole en 1932. Mais il est également le premier à avoir asséché ses réserves de pétrole et il a fallu que l’Arabie Saoudite toute proche lui vienne en aide en lui cédant les revenus du champ pétrolier off shore d'Abou Safa, à cheval sur les deux territoires, pour maintenir la viabilité du royaume.

L’économie du Bahreïn reste donc extrêmement dépendante du pétrole qui représente 60 % des exportations du pays, 70 % des recettes de l'État et 30 % du PIB.

Bahreïn d'hier et d''aujourd'hui :  

  • -au premier plan, les "dhows", embarcations traditionnelles à voile qui servaient notamment à la pêche et à la collecte de perles fines lorsque celles-ci constituaient la principale richesse de ces terres désertiques au bord d'une mer brûlante ;   
  • - à l'arrière-plan, les formes futuristes des gratte-ciels de Manama, notamment le somptueux hôtel Ritz-Carlton.

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UNE DICTATURE FAMILIALE

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Le Bahreïn est dirigé de façon dictatoriale par la même famille régnante de confession musulmane sunnite - les Al Khalifa - depuis la fin du XVIIIe siècle. Elle fut contrainte par les Britanniques de signer un traité « de paix et de protection » en 1820, donc d'accepter leur tutelle coloniale. La famille régnante du Qatar est issue de la même famille. 

Le pays recouvra son indépendance du Royaume-Uni en 1971.... pour tomber sous la coupe des États-Unis. 

 

Pour résumer l'emprise de la famille royale sur le Bahreïn, il suffit de souligner :

  • qu'elle possède à titre privé entre la moitié et les trois-quarts du territoire du royaume du Bahreïn.
  • que plus de la moitié des membres du gouvernement, ainsi que des personnalités de haut rang, sont membres de la famille Al Khalifa :
  1. - Roi : Hamad bin Issa Al Khalifa
  2. - Premier ministre : Khalifa ben Salman al-Khalifa (oncle du roi Hamad)
  3. - Prince héritier et commandant suprême adjoint des forces armées : Salman bin Hamad bin Isa al-Khalifa
  4. - Ministre des Affaires étrangères : Khalid ibn Ahmad al-Khalifa
  5. - Ministre de la Défense : Khalifa bin Ahmed al-Khalifa
  6. - Ministre de l'Intérieur : Rashid bin Abdullah al-Khalifa
  7. - Ministre de l'Information : Fawaz bin Mohammed al-Khalifa
  8. - Ministre des Finances : Ahmed bin Mohammed al-Khalifa
  9. - Ministre de la Justice et des Affaires islamiques : Khalid bin Ali al-Khalifa
  10. - Ministre de la Culture : Mai bint Mohammed al-Khalifa
  11. - Ministre des Transports (également vice-Premier ministre) : Ali Ben Khalifa al-Khalifa
  12. - Ministre de la Cour Royale : Khalid bin Ahmed al-Khalifa
  13. - Ministre de la Cour royale pour les affaires courantes : Ahmed ben Ateyatalla al-Khalifa
  14. - Ministre des Affaires de la Cour royale : Ali bin Isa al-Khalifa
  15. - Vice-Premier Ministre en charge des comités ministériels : Muhammad ibn Moubarak ibn Hamad al-Khalifa
  16. - Vice-Premier Ministre : Khalid bin Abdullah al-Khalifa
  17. - Ministre d'État aux Affaires de la Défense : Mohammed ben Abdallah al-Khalifa
  18. - Chef d'état-major de la Force de défense de Bahreïn : Duaij bin Salman al-Khalifa
  19. - Conseiller du Premier Ministre pour les Affaires de Sécurité : Bin Abdulaziz al-Khalifa Ateyatallah
  20. - Juge en chef de Bahreïn (président de la Cour de cassation) : Khalifa bin Rashid al-Khalifa
  21. - Commandant de la Garde nationale : Mohammed bin Isa al-Khalifa (frère du roi Hamad)
  22. - Directeur de la National Security Agency : Khalifa bin Abdullah al-Khalifa
  23. - Ambassadeur à Londres : Khalifa bin Ali bin Rashid al-Khalifa
  24. - Commandant de la Garde Royale et Président du Conseil suprême de la Jeunesse et des Sports : Cheikh Nasser bin Hamad al-Khalifa (fils du roi Hamad)
  25. - Premier Vice-Président du Conseil suprême de la Jeunesse et des Sports : Khalid bin Hamad al-Khalifa (fils du roi Hamad)
  26. - Secrétaire général du Conseil suprême de la Jeunesse et des Sports : Salman bin Ebrahim al-Khalifa
  27. - Président du Comité olympique bahreïni : Cheikh Nasser bin Hamad al-Khalifa (fils du roi Hamad)
  28. - Secrétaire général du Comité olympique bahreïni : Ahmed bin Hamad al-Khalifa (fils du roi Hamad) 
  29. Directeur exécutif du Comité olympique bahreïni : Khalid bin Abdullah al-Khalifa

 

Ce rappel n'est pas superflu pour tous ceux - dont le gouvernement français - qui s'indignent du népotisme du régime syrien et qui reçoivent en grandes pompes le roi du Bahreïn...  

 

Les habitants du Bahreïn ne risquent pas d'oublier que le pays est dirigé par la famille Al-Khalifa. Ici, l'un des panneaux muraux qui ponctuent le paysage du petit royaume présente le roi Hamad bin Isa Al Khalifa ( au centre ), le Premier ministre Khalifa bin Salman Al Khalifa ( à gauche ) et le prince héritier Salman bin Hamad bin Isa Al Khalifa ( à droite ).

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UNE DICTATURE RELIGIEUSEMENT MINORITAIRE

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Pour comprendre la situation intérieure du royaume, il faut en outre savoir :

- que la population compte actuellement environ 1,24 million d'habitants, dont seulement 570.000 de nationalité bahreïnie et 666.000 immigrés (parmi lesquels un nombre important de travailleurs indiens - environ 290.000 -, srilankais ou philippins, ces derniers étant chrétiens catholiques),

- que l'islam est la religion officielle et que 99,8% des  570.000 nationaux Bahreïnis sont musulmans,

- mais que les Musulmans ne sont que 70% seulement de la population totale, si l'on y inclut les immigrés,

- et que l'on estime que 66 à 70% des Musulmans habitant au Bahreïn sont chiites comme en Iran, et non pas sunnites comme leur monarque.

 

La Mosquée Al Fateh ( مسجد الفاتح ) , littéralement « Mosquée du Conquérant »  a été construite par le père de l'actuel monarque. Il l'a nommée ainsi en hommage au fondateur de la dynastie des Al-Khalifa, Ahmed ibn Muhammed ibn Khalifa, qui était né au Koweït dans la première moitié du XVIIIe siècle et qui conquit l'île du Bahreïn en 1783.

 

 

 

Avec une superficie de plus de 6.500 m², cet édifice qui peut recevoir 7.000 fidèles en même temps est l'une des plus grandes mosquées du monde et aussi l'une des principales attractions monumentales du petit royaume. Sa coupole est la plus grande coupole au monde entièrement en fibres de verre.

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LE QUARTIER GÉNÉRAL DE LA Ve FLOTTE AMÉRICAINE

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Pour pimenter la situation, il se trouve que la position géographique du port de Manama, capitale du Bahreïn, est idéale d'un point de vue militaire :

  • 1) le port est extrêmement vaste (une dizaine de kilomètres en largeur) et peut accueillir des navires de très gros tonnage

 

Sur cette photo de la ville de Manama prise par satellite, on voit clairement - à l'est - l'immense plan d'eau d'une dizaine de kilomètres de large, abrité par quelques puissantes jetées, qui constitue le port de la Ve Flotte américaine. Au-dessus on peut distinguer la longue piste de l'aéroport international, situé à la pointe nord-est.

  • 2) le Bahreïn se situe à peu près au centre géostratégique du Golfe Persique : contigu à la péninsule arabique et à celle du Qatar, posé face à l'Iran qui n'est distant que de 200 km à vol d'oiseau, il est à peu près exactement à mi-chemin entre le "chott-el-arab" (estuaire du Tigre et de l'Euphrate où convergent les frontières de l'Iran, de l'Irak et du Koweït : à 450 km à vol d'oiseau) et du Détroit d'Ormuz, célèbre veine jugulaire par laquelle transitent tous les supertankers ( à 500 km à vol d'oiseau). 

La valeur géostratégique du Bahreïn n'a évidemment pas échappé à Washington qui en a fait un État satellite, à peu près au même titre que l'Arabie saoudite, mais en bien plus docile encore, compte tenu de la disproportion des forces : qu'est-ce qu'un roi à la tête d'un État grand comme la moitié du Val-d'Oise, situé à un endroit aussi stratégique, peut refuser à la première puissance militaire de la planète ?

C'est pourquoi les États-Unis ont décidé de s'y installer à demeure, et notamment d'y installer le Quartier général de leur "Cinquième flotte".  

 

4 février 2003 : un an et demi après les attentats du 11 septembre 2001, le roi Hamad bin Issa Al Khalifa du Bahreïn est en visite à Washington, où il est reçu au Pentagone : il répond ici à la presse, en compagnie du Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld.

Un an et demi après la photo précédente, le roi du Bahreïn est de nouveau en visite officielle aux États-Unis. Il est ici  reçu par le président George W. Bush, hilare, dans le Bureau Ovale le 29 novembre 2004. Il est notable que le roi ne s'habille pas en tenue de cheikh mais en costume occidental lorsqu'il va visiter ses supérieurs hiérarchiques. Soumission symbolique de type vestimentaire à laquelle n'a pas eu droit le pauvre François Hollande.

 

Cette caricature représente le roi du Bahreïn portant le fardeau d'un porte-avions de la Ve Flotte américaine. La Cinquième flotte des États-Unis, qui avait été créée le 26 avril 1944 et supprimée en janvier 1947 fut recréée le 1er juillet 1995, suite à la Première guerre du Golfe. Elle fut chargée des forces navales au Moyen-Orient, charge qui incombait auparavant à la VIIe flotte qui était également chargée de l'océan Indien et du Pacifique Ouest. Son quartier général (NSA Bahrain) se trouve à Manama, capitale du Bahreïn.

Des navires de guerre américains dans le port de Manama, au Bahreïn, juste après l'Opération "Desert Storm" ("Tempête du Désert") menée contre l'Irak en 1991. On y voit notamment le navire amiral USS Blue Ridge à droite et la frégates USS Hawes à gauche (ainsi que la frégate britannique HMS Boxer au-dessus).

 

 

2 août 2004 : Le porte-avion américain USS John F. Kennedy s'apprête à jeter l'ancre dans le port de Manama. Le navire servait alors de base à l'escadre de chasseurs Carrier Air Wing Seventeen (CVW-17), chargée de mener des missions de support à l'opération "Iraqi Freedom" ("Liberté en Irak").

 24 octobre 2009 : le porte-avions américain USS Nimitz vient relâcher pour la troisième fois dans le port de Manama.

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UNE AGITATION POLITIQUE ET SOCIALE DEPUIS 2011

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Le pouvoir confisqué par une seule famille, la composition socialement, religieusement et ethniquement très hétérogène de la population, la présence militaire américaine et la proximité de l'Iran, tout cela crée un cocktail politiquement explosif. Logiquement, une agitation sporadique anime le Bahreïn depuis déjà de nombreuses années.

Mais cette agitation s'est brusquement aggravée au printemps 2011. Suivant la vague du "printemps arabe", le pays est secoué depuis le 14 février 2011 par un mouvement de contestation du régime, animé par plusieurs catégories de la population :

  • - des musulmans chiites,
  • - des jeunes désœuvrés,
  • - des responsables politiques de sensibilité de gauche.

  Il y a de profonds désaccords entre ces opposants, mais tous réclament une monarchie constitutionnelle qui leur confèrerait la démocratie ou un accès au pouvoir. De plus en plus, certains se radicalisent en réclamant l'abolition pure et simple de la monarchie.

Plusieurs grandes manifestations se sont ainsi déroulées, notamment une manifestation monstre d'opposants à la monarchie régnante qui a réuni, le 22 février 2011, plusieurs centaines de milliers de personnes dans la capitale Manama. Ce qui constituait un événement sans précédent historique dans ce petit pays indépendant depuis 1971.

 La prière du midi sur Pearl square est l'occasion d'une manifestation antigouvernementale. On reconnaît au premier plan un membre du clergé chiite.

21 février 2011 : grande manifestation antigouvernementale à la tombée du jour au Rond-point Pearl (Pearl roundabout) dans Manama.

Sur Pearl Square, ce manifestant a scotché un billet de banque bahreïni sur sa bouche pour dénoncer le pouvoir de l'argent qui a muselé tous les médias dans le royaume.

 

Dans une forêt de drapeaux bahreïnis, la manifestation contre la monarchie régnante du 22 février 2011, qui faisait suite aux morts de la manifestation précédente, a rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes dans la capitale Manama. Pour un pays qui ne compte que 570.000 nationaux, cette mobilisation monstre témoigne de l'ampleur du désaveu populaire qui touche la famille régnante.

tout le monde au Bahreïn n'est pas d'accord avec les manifestants. Le roi compte aussi des partisans, qui se sont rassemblées par milliers le 21 février 2011 devant la grande mosquée Al Fateh.

 


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UNE RÉPRESSION FÉROCE DES MANIFESTATIONS

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Le roi Hamad ben Issa Al Khalifa a répondu aux manifestants par la proclamation de la loi martiale et une répression féroce. On estime que plus de 80 manifestants sont morts à ce jour (soit au cours de heurts avec la police, soit sous la torture après leur arrestation), et que le nombre d'arrestations a atteint les 3.000. [pour de plus amples détails : http://fr.wikipedia.org/wiki/Soul%C3%A8vement_bahre%C3%AFni_de_2011-2012 ]

 

Pour un petit pays de 1,24 million d'habitants, ce sont des nombres très élevés. Si on les rapportait à la population syrienne (23 millions d'habitants), cela représenterait 1.533 morts et 57.500 incarcérés. Et si l'on part du principe que ce sont essentiellement les 570.000 nationaux Bahreïnis qui ont manifesté (les immigrés ayant un statut de subordination et d'extrême précarité, qui les dissuade généralement de se faire remarquer), les chiffres rapportés à la population syrienne monteraient alors à  3.228 morts et 121.000 incarcérés.

 

Autant dire que la répression et la violence des troubles au Bahreïn ont été spécialement fortes.

 

 

 

 

21 février 2011 : Abdulrheda Mohammed est l'un des participants à la manifestation de Pearl roundabout qui ont été tués par les forces gouvernementales. Il a succombé à de très violentes blessures portées à la tête et son corps a été transféré à la morgue du complexe médical Salmaniya. Sur ce cliché terrible publié par le Los Angeles Times, son frère Ahmed Buhmaid vient respectueusement poser une rose rouge sur le corps de son frère défunt.

 

 

 

21 février 2011 : Les proches d'Abdulrheda Mohammed en sanglots dans les couloirs de la morgue de Manama.

 

 

 

4 mars 2011 : Nouvelle et grande manifestation à Manama : les manifestants portent le cercueil symbolique, avec des photos dessus, des manifestants qui sont morts du fait des violences policières lors des manifestations précédentes.

 

 

SUITE DU DOCUMENT DEMAIN (2/2)

 

 

Tag(s) : #Contre l'impérialisme
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