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 'canempechepasnicolas' donne la parole à L'Humanité :

La droite cherche à imposer à la gauche et à l’ensemble de la société son débat sur « l’identité nationale ». Contre cette dérive identitaire, l’Humanité donne se donne la parole ! 
 

LA NATION, UNE QUESTION DE PROJET, NON D'IDENTITE


« Ceux qui ne veulent pas de ce débat, c’est parce qu’ils en ont peur », a lancé Nicolas Sarkozy à l’adresse de la gauche, dans son discours sur l’identité nationale, la semaine dernière à La Chapelle-en-Vercors, un haut lieu de la Résistance. Les différents porte-parole de la gauche ont beau répéter, chacun avec ses mots, que ce sont les termes mêmes du débat qu’ils contestent, et notamment le fait d’aborder « l’identité nationale » en lien avec les questions migratoires, la droite continue d’accuser la gauche, devant l’opinion publique, d’être simplement « mal à l’aise », incapable de parler de la France. La ficelle électoraliste est grosse. Á l’approche des régionales, ce « grand débat » imposé par le sommet du pouvoir permet, d’une part, de flatter l’électorat d’extrême droite et, d’autre part, d’insinuer que la gauche ne serait pas digne de gouverner le pays, quel que soit l’échelon, national comme régional.

De son côté, si la gauche est globalement unanime contre la manœuvre sarkozyste, que Pierre Laurent, coordinateur national du PCF, a dénoncée comme « retour du pétainisme le plus nauséabond », elle offre toute une palette de nuances lorsqu’il s’agit d’analyser la notion « d’identité nationale ».

Ainsi, l’ex-candidate socialiste à la présidentielle, Ségolène Royal, invite à voir derrière la manipulation un « vrai débat », celui de savoir « ce qui fait que les Français tiennent debout ensemble ».
"Quitte à parler d’identité, autant parler d’identité sociale", a de son côté réagi Olivier Besancenot, le porte-parole du NPA, le 27 octobre sur France Info.


LA NATION COMME FOYER DE CITOYENNETÉ


La nation comme foyer de citoyenneté Dans un autre registre, certaines voix de gauche développent une vision de la nation comme cadre historique de la communauté des citoyens et, à ce titre, évoquent l’identité nationale comme « création continue », selon l’expression de l’ancien ministre de la Fonction publique (1981-1984) Anicet Le Pors.


Si la France a une identité, celle-ci serait à rechercher dans ce que la droite est en train de casser, notamment les services publics, les droits sociaux et économiques du Front populaire et du programme du Conseil national de la Résistance… Tout ce qui, gagné par des luttes sociales et politiques, permet aussi aux citoyens d’intervenir plus avant dans les affaires de la cité, avec à chaque période de nouvelles ambitions. « L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie », estimait l’écrivain Ernest Renan, en son temps.
Une gauche assumée ne disserte pas sur l’identité nationale, car elle a mieux à faire : réfléchir à la nation comme entité politique, espace de délibération et d’intervention citoyenne ; c’est-à-dire, aussi, expliquer pourquoi le « plébiscite » autour du modèle social français a pu s’essouffler et comment relancer la « création continue » de la citoyenneté, dans un contexte ou la mondialisation et la construction européenne échappent pour l’essentiel au pouvoir des peuples.


LA GAUCHE N’EST PAS ANTINATIONALE


Il peut être utile, pour se faire, de revenir sur les rapports respectifs des différentes traditions de la gauche à l’idée de nation. « Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu’ils n’ont pas », écrivaient Marx et Engels dans le Manifeste du Parti communiste, publié en 1848 alors que l’Europe entre dans son « printemps des peuples ».
Mais ils poursuivaient en ces termes :
« Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe nationale, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot. »
Ainsi, la nation est avant tout un cadre d’action, dont on ne peut juger indépendamment des circonstances, et notamment de la question de savoir qui y détient le pouvoir. Cette approche tactique, que développera Lénine en prônant le « droit des nations à disposer d’elles-mêmes » avec le souci de gagner à la cause du socialisme les peuples opprimés par le nationalisme grand-russe, paraît cependant indissociable d’une conception de l’histoire qui subordonne le présent, et donc la pratique vécue du prolétariat, à la perspective de la future « société libre et sans classe ». Or, lorsqu’en 1848 les ouvriers parisiens se soulèvent, ils le font avant tout à partir de leur expérience d’un déni quotidien. C’est en partie parce qu’ils n’ont pas de représentants dans les assemblées élues qu’ils s’organisent en associations sur les lieux de travail et posent la question d’une autre production et répartition des richesses.


ÊTRE CITOYEN, C’EST ÊTRE ACTEUR DE L’HISTOIRE


« C’est seulement en luttant pour la démocratie et en exerçant ses droits que le prolétariat prendra conscience de ses intérêts de classe et de ses tâches historiques », estimera en 1906, Rosa Luxemburg, dans "Grève de masse, parti et syndicats".
Plus qu’à la nation, c’est à la volonté d’être pleinement acteur de l’histoire, à la capacité de se projeter audelà de sa condition, y compris et surtout quand on est prolétaire que la citoyenneté fait appel. Jaurès, qui expliquait pour sa part que « le socialisme veut que la nation soit souveraine dans l’ordre économique » (1), ne disait pas autre chose dans sa joute avec Jules Guesde :
« Pour qu’il y ait vraiment lutte de classe (…), il faut que les intérêts en présence prennent conscience d’eux-mêmes, comme étant, (…) déjà, deux sociétés opposées, en lutte, l’une, la société d’aujourd’hui, inscrite dans le titre de la propriété bourgeoise, l’autre, la société de demain, inscrite dans le cerveau des prolétaires.  » (2).
Faire comme si la « société de demain » était déjà réalité, c’est bien encore le ressort de toutes les luttes progressistes contemporaines, qui à la fois transcendent les « identités nationales » et mettent à l’honneur les nations quand celles-ci sont bien association d’individus pour un intérêt général et non agrégat d’intérêts particuliers.
C’est bien parce que la « société de demain » existe dès à présent dans le cerveau des travailleurs que les luttes de ces derniers dans les entreprises peuvent converger avec celles contre les discriminations dans les quartiers populaires, pour une égalité réelle entre hommes et femmes, contre la marchandisation des biens communs de l’humanité…
C’est à toutes ces facettes d’une citoyenneté active, en perpétuel mouvement, que ce dossier de l’Humanité est consacré.


LAURENT ETRE


(1) Discours du 21 novembre 1893 à l’Assemblée nationale.
(2) Discours à l’hippodrome de Lille, 1900


REPRIS
par
BANDERA ROSSA -

 

Tag(s) : #Politique
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