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« Misère de misère ! »

 

« Un froid de canard », ça inspire les journaux et les autres médias. La misère a revêtu son blanc manteau de neige. Le thermomètre descend jusqu’à moins 15 ou 20. Un vent glacé souffle sur nos villes. Et des dizaines de milliers d’hommes et de femmes (et d’enfants ?) sont contraints de passer leur nuit dans la rue, alors « qu’on ne mettrait pas un chien dehors ».

L’hiver est arrivé d’un coup (à mi-décembre, n’était-ce pas prévisible ?), et voici l’ensemble des chroniqueurs, jusque là occupés à nous annoncer « le réchauffement de la planète », qui découvre les frimas et la misère qui s’étale sous nos yeux.

Manifestement, la gente journalistique ne pouvait pas regarder plus longtemps ailleurs.

 

Aussi, chacun regarde, à travers la vitre du studio bien chauffé, la neige tomber et d’écraser une furtive larme sur les malheureux « Sans-Domicile-Fixe » (oh, la jolie formule qui classe administrativement une catégorie de la population), qui peuplent nos quartiers.

Et passant du particulier au général, des SDF à la misère, qui envahit nos cités, nos journalistes ne posent aucune question sur les causes de ce fléau, pourquoi celui-ci s’étend, inexorablement, tel un incendie social.

Ce n’est pas par manque de curiosité, croyez-le bien.

Regardez avec quel luxe de détails, ils nous racontaient hier, heure par heure, les aléas de santé de notre Johnny national, bien que démunis de la moindre information.

Et comment un fait divers à Trou-sur-Mer les met en haleine…

Alors pourquoi les médias se taisent-ils sur les « faits d’hiver », qui entraînent mort d’hommes, ou plutôt sur leur raison d’être ?

 

Les médias ne sont pas mobilisés pour mettre en cause le système qui les fait vivre (et plutôt bien !). Or, une recherche honnête, en matière de misère, conduit à en dénoncer les responsables. En l’occurrence, ce n’est ni la lune, ni le climat, ni la fatalité qui privent d’un toit les sans logis.

En poussant sans excès l’investigation, on peut légitimement penser que le manque criant de logements à prix abordable, est à l’origine de la prolifération du nombre des SDF dans notre pays. Il manquerait un million d’unités d’habitation pour satisfaire une demande qui gonfle, chaque année, davantage, en prenant en compte ceux qui en sont totalement démunis, ceux qui sont contraints de séjourner dans des hôtels sordides, parmi les rats et les cafards, ceux qui s’entassent à dix dans un deux pièces sans confort,ou encore, les jeunes ménages qui ne peuvent s’affranchir du logement familial trop exigu et tous ceux qui n’ont plus les moyens de payer un loyer, au prix où ils sont.

 

Au total, cela fait du monde, beaucoup de monde.

Les municipalités (du moins les villes ouvrières) ne disposent plus d'un budget suffisant pour mettre en chantier des habitations manquantes.
Les gouvernements successifs, eux,  n’ont pas jugé utile de lancer un plan d'urgence pour faire face au défi.

Pensez donc aux milliards nécessaires pour exécuter un tel programme, des milliards qui manqueraient pour « aider » les banques « en difficulté », établir un « bouclier fiscal » en faveur des plus riches, faire des cadeaux aux entreprises.

Comment construire, en plus, un million de logements ?

 

L’urgence, depuis des décennies, n’est-elle pas de « soutenir l’économie », en fait, ceux qui en sont maîtres, les grandes familles qui détiennent les capitaux ?

Il faut choisir, et les gouvernements, de droite comme de gauche, ont choisi, celui de Sarkozy mettant les bouchées doubles.

Une question se pose tout de même : cet argent, si libéralement dispensé, n’est-ce pas le nôtre ? Quand on dit : « l’Etat subventionne… », N’est-ce pas avec nos impôts, que le pouvoir fait le généreux ?

 

Depuis l’appel lancé en 1964 (il y a 45 ans…) par l’abbé Pierre pour construire en masse les logements qui manquaient déjà cruellement, la crise n’a fait que s’étendre, faute de mettre en œuvre une politique sociale, seulement promise dans les professions de foi, diffusées avant chaque élection.

Mais au lieu de mettre en chantier des dizaines de milliers d’HLM, les gouvernements ont préféré transférer le montant de nos impôts en faveur des plus gros patrimoines, ceux qui engrangent, chaque mois, 100, voire mille fois un Smic.

 

Question de choix, question de société.

De cela, dans les médias, il n’en sera pas parlé.

Jean LEVY

Tag(s) : #Politique
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