Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

20minutes.fr

 

INTERVIEW 

Laurence Blisson, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature,

s'inquiète face à la multiplication des condamnations

pour «apologie du terrorisme».

Apologie du terrorisme:
Le Syndicat de la magistrature
 appelle à faire preuve de «mesure»

Propos recueillis par Faustine Vincent

 

Après les attentats qui ont ensanglanté Paris les 7, 8 et 9 janvier, les condamnations pour «apologie du terrorisme» se multiplient à travers la France. Le Syndicat de la magistrature s'en inquiète.

Laurence Blisson, sa secrétaire générale, nous explique pourquoi.

Comment réagissez-vous

à la multiplication des condamnations pour apologie du terrorisme en France?

Nous sommes dans une période troublée. Et quand l'effroi gagne toute la population, il faut savoir faire preuve de mesure et de sérénité, ce que la comparution immédiate - la forme de juridiction la plus expéditive - ne permet pas. C'est la raison pour laquelle on s'était opposé en novembre 2014 au transfert, dans le code pénal, de la répression pour apologie du terrorisme. Auparavant, ce délit était inscrit dans la loi de 1881, ne permettant pas la comparution immédiate.

On conteste aussi la circulaire du 12 janvier de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, appelant à la fermeté et à une réponse pénale systématique. On peut se demander si une justice qui juge sous pression joue son rôle.

Quel est le risque ?

Avec ces dernières condamnations en comparution immédiate, on a plus jugé le contexte que les personnes. Leur profil n'était souvent pas celui de provocateurs organisés. Certains ont plus réagi par emportement, sous le coup de l'ivresse, ou parfois en raison d'une déficience mentale. Les propos qu'ils ont vociférés sont moralement condamnables, mais ce n'est pas le rôle de la justice de répondre par la fermeté, et avec des sanctions immédiates, à ce type d'actes.

Fallait-il ne pas les inculper ?

Il faut mener une réflexion pour savoir si leurs propos relèvent vraiment de l'apologie du terrorisme, ou si cela relève plus de la forme, hélas actualisée, de l'outrage à la police. S'il y a une forme d'outrage, il aurait été plus pertinent d'avoir recours à cette qualification.

Lors des audiences, certains prévenus sont d'ailleurs revenus sur leurs propos, en expliquant qu'ils ne voulaient pas faire un discours sur le terrorisme, mais que c'était plus par réaction aux événements.

Quelle incidence cette série de condamnations peut-elle avoir ?

On est inquiet parce que cette forme de réaction de la justice peut avoir pour effet de désigner des personnes et de les enfermer dans le «label terroriste». Cela pourrait  encore plus nourrir chez eux le sentiment d'injustice, alors qu'il faudrait dialoguer en confrontant leur discours à un discours différent.

Tag(s) : #Libertés
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :