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Descartes

 

 

Un blog pour parler politique, économie, société, poésie...

bref, tout ce qui doit intéresser le citoyen d'une république.


 

"Pro rege saepe, pro patria semper"

 

Dimanche 18 mars 2012

Qu'y aura-t-il après le 6 mai ? Certains lecteurs facétieux auront envie de me répondre "le 7 mai", et ils auront raison. Seulement pour beaucoup de commentateurs - et pas mal de militants - il semblerait que le 7 mai avait été enlevé du calendrier. Interdit d'en parler, interdit de penser. A ceux qui parlent du 7 mai des doctes dirigeants dont la clairvoyance n'est plus à démontrer répondent "ce n'est pas la priorité, pensons d'abord au premier tour, allez coller et tracter, nous on s'occupe de tout". Certains, plus aventureux, acceptent de discuter du second tour. Mais jamais plus loin. Or, comme disait un célèbre politicien, "gouverner, c'est prévoir". Et comme on suppose que tous ces militants ont envie un jour de gouverner, on ne peut que se dire qu'ils feraient mieux de commencer à prévoir. Question de ne pas dire aujourd'hui des bêtises qu'ils pourraient regretter plus tard.

 

Cette semaine, mes obligations professionnelles m'ont obligé à passer le week-end en province, dans une petite ville ou je fus naguère et pendant quelques années militant et dirigeant local du PCF. J'ai bien entendu profité pour aller à la distribution de tracts traditionnelle au pied du Beffroi. Ce fut l'occasion de longues embrassades autour d'une anisette, de présentation aux nouveaux militants - si, si, il y en a - et bien entendu de parler politique.

Et donc de poser la question du 7 mai.

 

Les réponses m'ont, franchement, rempli de tristesse. Moi qui ait participé aux débats - c'était sous le règne d'UbHue Ier - sur le fait d'aller ou ne pas y aller au gouvernement en 1997, j'avais l'impression d'avoir pris la machine à remonter le temps. On a l'impression que la réflexion sur cette question stratégique pourtant fondamentale dans le contexte politique qui est le nôtre n'a avancé d'un pouce depuis 1981. Et ce n'est pas surprenant: depuis trente ans le PCF n'a plus qu'un fonctionnement réflexe: il réagit aux événements, il ne les précède jamais.

 

On n'y réfléchit aux questions que lorsqu'on est au pied du mur. Et du coup on est toujours prisonnier de l'urgence et de choix - ou plutôt des non-choix - faits sans véritablement anticiper les conséquences. La foi imbécile dans "la mobilisation des gens" tient lieu de stratégie, et - pire encore - de justificatif. Ainsi, on expliquera aux militants que si la stratégie de la "gauche plurielle" fut un désastre, ce ne fut pas parce que les choix faits par la direction du PCF étaient erronés, mais parce que "nous n'avons pas réussi à mobiliser les gens". Ce qui permet de continuer dans une logique ou personne n'est responsable de rien.

 

Après le désastre de 2002 (R. Hue à 3%), après la catastrophe biblique de 2007 (M-G. Buffet à 2%), il ne se passa rien: pas de remise en cause de la "ligne", pas de changement dans les instances dirigeantes. A chaque fois, la direction a géré la crise en gagnant du temps pour finalement convoquer des congrès qui ont sagement conclu que "c'est la faute à pas de chance", aux "gens" qui se refusent - les imbéciles - à comprendre la brillante stratégie et les magnifiques propositions que la direction du PCF avait concocté pour eux, et aux militants qui ne se sont pas mobilisés suffisamment pour "porter la politique du Parti".

 

Si je rappelle ces tristes faits, c'est que je vois l'histoire se répéter devant mes yeux.

 

Le 7 mai François Hollande sera, selon toute vraisemblance, élu président de la République. Le candidat du Front de Gauche aura fait quelque 10% au premier tour et se sera désisté pour le candidat socialiste au second. Dans les dix jours qui suivront, Hollande s'installera àl'Elysée et aura à nommer son premier gouvernement. Les organisations qui constituent le Front de Gauche - collectivement ou en ordre dispersé - auront donc une dizaine de jours pour prendre une position qui engagera leur avenir pour la durée de la législature. Et à supposer même que le gouvernement ainsi constitué soit "temporaire" en attendant le résultat des législatives, il faudra bien prendre une position sur cette question pour la porter auprès des électeurs.

 

Dix jours, c'est court. Surtout si l'on imagine - oui, je sais, je suis resté un indécrottable idéaliste - qu'une telle décision nécessite d'être débattue avec les militants et approuvée par eux. La question est encore plus compliquée par le fait qu'il faudra prendre une position unique au sein du Front de Gauche. Car on imagine mal les candidats aux législatives se présentant sous l'étiquette du Front défendre ici une position de participation loyale au gouvernement, et là une position d'abstention bien- ou mal-veillante. Il y a donc fort à parier que la brievété du délai sera utilisée pour réduire le débat au strict minimum - comme ce fut le cas en 1997 - et qu'en dernière instance la décision sera prise par les directions, et donc par les appareils.

 

Cette constatation permet de connaître d'ores et déjà quelle sera la décision au PCF. L'appareil du PCF a besoin d'une participation au gouvernement, et fera tout ce qu'il faut pour l'obtenir. De ce point de vue, il y a un signe qui ne trompe pas: les "bébés Hue", nombreux à la direction du PCF, commencent à s'agiter. Ainsi, leur "courant" réuni autour du site "communisme 21" publie un sondage qui, oh surprise!, démontre que le "peuple de gauche" demande que des ministres provenant du Front de Gauche participent au gouvernement. Comment résister à un tel appel du peuple ?

 

Pourquoi l'appareil PCF tient tant à une participation gouvernementale ? Eh bien, parce que participer au gouvernement garantit, outre une exposition médiatique assurée, toute une série d'avantages et de prébendes non seulement pour le ministre lui même, mais pour toute une série de permanents, d'amis et de notables (1), en plus de la possibilité, à travers des subventions publiques, de se faire des "clientèles". Et accessoirement, parce qu'il faut garder de bons rapports avec les socialistes pour garder demain les positions locales du Parti, comme on l'a vu lors des négociations pour les régionales, qui ont conduit le PCF dans plusieurs régions à présenter des listes communes avec le PS.

 

Le PG et la GU n'ont pas du tout les mêmes intérêts dans cette affaire. D'abord leur poids étant ce qu'il est, il est peu probable qu'on leur offre un "vrai" ministère. C'est vrai pour la GU, c'est encore plus vrai pour le PG puisque le PS n'a jamais pardonné à Mélenchon & Co. leur embardée vers l'extrême gauche et que les rapports personnels entre Mélenchon et Hollande sont détestables. Une décision de participer au gouvernement ne rapporterait que très peu de chose à la GU et au PG, et aurait pour eux de sérieux inconvénients en terme de liberté politique. Car, quoi qu'en disent les partisans de la participation, l'expérience a montré qu'il est impossible d'avoir un pied dans le gouvernement et l'autre dehors sans aboutir à un grand écart fort dangereux. L'idée qu'on peut s'opposer dans la rue aux mesures qu'on approuve au gouvernement est une absurdité. La participation au gouvernement implique un minimum de solidarité quant aux politiques mises en oeuvre, et pour les minoritaires cela implique accepter un régime essentiellement fait de couleuvres, même si de temps en temps on vous permet de faire glisser une politique qui vous tient à coeur, comme ce fut le cas pour la loi anti-dopage dans le mandat de Marie-George Buffet. Participer au gouvernement suppose donc une pédagogie du compromis qu'il sera difficile à faire avaler à un secteur gauchiste nourri du "tout, tout de suite".

 

Mais ne pas y participer, avec l'idée de soutenir les mesures positives et censurer les mesures négatives n'est pas non plus une position facile. Là aussi, nous avons une expérience: celle du gouvernement Rocard de 1988. Alors que les socialistes n'avaient la majorité qu'avec le secours des communistes, ceux-ci n'ont jamais réussi à prendre le risque de mettre le gouvernement en minorité. Ils ont voté contre celui-ci seulement lorsqu'ils étaient sûrs que quelques députés de droite allaient apporter les voix manquantes. Mais lorsque le risque de voir le gouvernement mis en minorité était réel, les communistes ont toujours voté avec lui. Ce fut par exemple le cas pour la loi dite d'auto-amnistie...

 

La tension va donc apparaître rapidement entre les "minoritaires" du Front de Gauche, qui n'ont rien à gagner à une participation du Front au gouvernement, et l'appareil du PCF qui lui, a déjà arrêté sa position, et si j'en crois certaines langues - vipérines mais bien informées - déjà négocié avec François Hollande. Cette tension risque de cliver les militants de la base du PCF qui, si j'en crois mes contacts, sont en grande partie sceptiques quant à une participation au gouvernement, mais en même temps restent légitimistes et voteront sagement ce que leur direction leur demandera de voter, comme elles l'ont fait pour la candidature Mélenchon. Ce dernier pourrait être tenté d'utiliser cette tension pour provoquer l'explosion du PCF, dont une partie de l'appareil irait finalement dans l'orbite du PS alors que le reste réjoindrait une nouvelle formation du type "die Linke".

 

Le compte à rebours pour le Front de Gauche est en train d'arriver au bout. Mélenchon et son équipe ont réussi une première manche, celle qui consiste à mobiliser l'ensemble de l'électorat de la "gauche radicale" (2) derrière son nom. Seulement, comme disait Talleyrand, on peut se faire un trône avec des baïonnettes, mais pas s'asseoir dessus. Quiconque a fait un peu de politique sait que l'enthousiasme exubérant qui accompagne les campagnes électorales se dégonfle rapidement après. Le 7 mai, il faudra faire un choix: passer les cinq prochaines années au gouvernement ou dans l'opposition. Etant données les difficultés politiques qui accompagnent ce choix, il n'est guère étonnant que les appareils n'aient pas envie d'ouvrir le débat.

 

 

Descartes

 

 

 

(1) Il n'est pas inutile de regarder qui étaient les membres du cabinet de Marie-George Buffet aux Sports. On y trouve par exemple Gilles Smadja (journaliste à l'Humanité) ou Gilles Garnier (élu local de la Seine-Saint Denis), personnages dont la compétence administrative ne me semble pas tout à fait établie, mais qui avaient le mérite de venir du même département que la ministre et de faire partie de ses soutiens. Vous me direz que tous les ministres font de même, et vous aurez raison. Mais cela vous explique pourquoi les places de ministre sont aussi disputées...

 

(2) Mais guère plus. Rappelons qu'en 2002, l'élection oùl'effet de vote utile fut probablement le plus faible, l'extrême gauche toutes tendances confondues faisait 14%.

 

Tag(s) : #Politique française
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