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Mardi 21 juin 2011 
Sur le vote des communistes,

l'analyse de Gilles Questiaux,

PCF XXème, 21 juin 2011 :

 

La candidature Mélenchon a été choisie à 59%. C’est plus que ce à quoi je m'attendais, même compte tenu des pressions,  de la couverture malhonnête de l’Huma, et du verrouillage des débats dans les fédérations mélenchoniennes. Chassaigne obtient 37%, ce qui est très proche du résultat des deux listes d’oppositions en 2008, compte tenu des 10% de votes blancs cette année là (qui exprimaient le vote des refondateurs qui avaient présenté afin de semer la confusion un texte de congrès tout en appelant à voter blanc). Les textes 3 et 2 avaient totalisé alors 36% des votes (40% des exprimés).

 

Notons cependant que Chassaigne ne faisait pas partie de ces oppositions. Il s’y range aujourd’hui pour des raisons qui sont plus stratégiques qu’idéologiques mais il s’y range quand même, ne serait ce que parce qu’il a transgressé le tabou antigerin et qu’il s’est rangé clairement contre la conception du FG qui a la faveur de la direction et qui conduit à petit pas vers un « Die Linke ».

 

Chassaigne est un produit de la culture politique postcommuniste, celle qui considère que le parti doit devenir une sorte de représentation syndicale « des gens » et pratiquer la démocratie participative, mais alors que le discours de la participation ne sert chez MGB que d’incantation, après laquelle  « les gens » diront ce qu’ils voudront et les apparatchiks feront ce qu’ils voudront, André Chassaigne a été élu en le pratiquant réellement.

Et l’honnêteté intellectuelle, ça compte en politique.


Il y a donc  incontestablement un vote Mélenchon au PCF, phénomène déplorable s’il en est. Il reflète sans doute l’autophobie, la haine de soi, qui est amoureusement cultivé par de nombreux militants, mais aussi la baisse de leur culture politique, et une réflexion appauvrie qui  s‘en remet aux seuls sondages et aux seuls médias bourgeois pour penser l’alternative politique. Il y a aussi le suivisme politique par rapport aux injonctions de l'Huma, journal qui ne prétend pourtant être communiste que lorsqu’il faut peser sur  les débats internes du PCF, en censurant les points de vues opposés à ceux du groupe dirigeant.


Mais beaucoup plus positivement, de nombreux camarades ont voté dans ce sens de bonne foi parce qu’ils pensent que le FG est une sorte d’assurance pour ne pas revoir la funeste « gauche plurielle ». Le FG est perçu souvent comme une garantie d’indépendance par rapport au PS. Il faudrait ouvrir les yeux à ces camarades, et je gage que Mélenchon lui même y contribuera.

 

Mais je pense que notre réseau « Faire vivre et renforcer le PCF » s’est trompé en ayant l’air de s’inscrire d’emblée contre le Front de Gauche, au lieu de chercher à le tirer dans le sens d’un rassemblement renforçant le parti. Si nous avions revendiqué ce rassemblement, le hold up du PG sur le logo « Front de Gauche » ne serait pas passé comme une lettre à la poste.

Et après tout le PC portugais, dont la ligne est proche dit-on de celle que nous souhaiterions vor adopter par le PCF se présente aux élections lui aussi au sein d’un front de gauche, qui contient à part lui principalement des écologistes.


Le vote qui vient d’avoir lieu n’est pas un succès pour notre ligne. Certes pour se consoler, on peut se dire ceci : c’est à ma connaissance le meilleur résultat d’une opposition unie sur un même nom ou un même texte dans un vote interne au PCF.

Même lorsque l’opposition anti mutation avait recueilli 45% des votes en 2003, elle s'était divisée en deux textes (Marchand et Pas de Calais) aux résultats à peu près équivalents. Mais je crois que si nous avions vraiment voulu gagner, nous aurions pu gagner. Nous nous serions donnés les moyens d’organisation nécessaire, nous nous serions disciplinés, et nous aurions pris nos distances avec les pommes pourries.


Je connais un grand nombre de militants qui ont quitté le parti depuis le dernier congrès, dégoutés par le langage et les options du groupe dirigeant. Dans ces conditions, obtenir 33,% dans le vingtième, à peu près comme les textes 3 et 2 totalisés, en 2008, relève de l’exploit.


Mais il faut reconnaître que deux "gros bataillons" ont rejoint l’opposition : les communistes de toute sensibilité sincèrement convaincus (et avec raison) qu’André Chassaigne était le meilleur candidat du Front de Gauche, et le groupe ANR. Celui-ci, beaucoup mieux organisé que nous, au réseau « Faire vivre et renforcer le PCF »,  a bataillé avec énergie, et c’est grâce à son influence que certains départements importants ont basculés, mais il a aussi malencontreusement critiqué Mélenchon « de la droite » en lui reprochant certaines positions anti-europénnes qu’il n’a d’ailleurs pas la moindre intention de concrétiser, en aurait-il la possibilité.

 

Or le refus de la construction européenne capitaliste est structurant dans l’opposition à la mutation postcommuniste. Par contre la fraction Dang Tran a fait cavalier seul sur ce thème, espérant profiter du retrait d’André Gerin et montrer sa capacité de nuisance, et elle en a payé chèrement le prix: elle a vu son influence divisée de moitié depuis son apparition au congrès de 2006 : 4% au lieu de 8%.

Notons que les 15% de "La Riposte" en 2008 semblent s’être évaporés dans toutes les directions, bien que les dirigeants de la tendance trotskisante se soient prononcés pour Chassaigne.


Chassaigne lui même ne semble pas vouloir se mettre en avant dans une confrontation directe avec le groupe dirigeant parisien, ce qui est logique, car le rôle d’opposant systématique n’est pas enviable. Mais d’une part sa démarche le met en bonne positions pour participer à une alternative crédible à la direction actuelle après la prochaine débandade, et d’autre part le groupe dirigeant qui a la rancune tenace ne lui pardonnera pas les sueurs froides de cette semaine.


André Gerin n‘exclut  pas de se présenter.

Cela mérite réflexion.

Nous n’avons aucune raison de considérer comme intangibles les résultats biaisés d’une consultation inéquitable qui donne à Mélenchon les clés (et la caisse) du PCF : il n’y a eu, contrairement aux déclarations auto satisfaites du secrétaire national, aucune démocratie, aucun débat contradictoire, aucune confrontation loyale des candidats potentiels, et le résultat a été obtenu par une sorte de chantage, où l’on expliquait aux communistes que sans la candidature Mélenchon, le FG n’existait plus.


Il est probable que la candidature Mélenchon fera fiasco toute seule, sans qu’il soit même nécessaire de la combattre. Une candidature André Gerin pourrait se concevoir si elle reflétait une démarche concertée de clarification et d’unité des communistes et de la classe ouvrière. S’il s’agit simplement de fournir une option, de recueillir quelque % et puis de s’en aller, cela n’aurait n’a pas d’intérêt. S’il y a donc des forces variées dans la galaxie communiste et au-delà qui veulent sa candidature, qu’elles le disent. Pour le moment je ne prendrai donc pas position sur ce qui reste une simple possibilité.

 

TEXTE REPRIS SUR

Réveil communiste 

Tag(s) : #Politique française
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