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 Remarques sur les médias du 15 février

par Philippe Arnaud


Ce matin, dans la matinale de France Inter, entre 8 h 20 et 9 h (en dehors de 8 à 10 minutes de revue de presse à 8 h 30), Nicolas Demorand avait pour invité Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT. Le questionnant sur la "réforme" des retraites, Nicolas Demorand lui disait :

"Xavier Darcos s'est exprimé, François Fillon également... Madame Parisot.... On a un certain nombre d'indicateurs qui semblent dire que l'âge légal pourrait reculer, que la durée de cotisation pourrait s'allonger... Tout ça, c'est niet, pour la CGT, ou pas ?"

Remarque 1.
Nicolas Demorand ne cite que des membres du gouvernement et la présidente du Medef. Il aurait pu passer de l'autre côté de la barrière et citer des déclarations de syndicalistes ou d'universitaires ayant étudié la question. Ce qui est intéressant, c'est qu'après avoir cité ces autorités, qui représentent deux des parties en présence (les autres étant les syndicats de salariés), Nicolas Demorand passe, sans transition, à un autre discours, d'apparence factuelle, par l'emploi de termes tels que "nombre", "indicateurs", "âge légal", "durée de cotisation", comme si ces données étaient aussi objectives qu'incontestables (à l'instar de la température ou de la pression atmosphérique).

Or, cette absence de transition correspond, dans les films, au passage instantané d'une séquence à une autre, par exemple celui d'un extérieur avec plusieurs personnes à un intérieur avec deux personnes : l'esprit, spontanément, établit la relation de causalité de l'une à l'autre. Eh bien, dans le cas de Demorand, il en va de même : l'esprit établit la relation de causalité entre l'énoncé par "Xavier Darcos", "François Fillon" ou "Madame Parisot" d'assertions telles que "l'âge légal doit reculer" ou que "la durée de cotisation pourrait s'allonger", d'une part, et l'existence de certains "indicateurs", d'autre part, et que cela n'est pas plus contestable que de dire qu'il va pleuvoir ou venter après avoir constaté que le baromètre a baissé...

Remarque 2.
Le "niet", non plus, n'est pas anodin. Ce terme, qui signifie "Non" en russe, a été attribué à Andreï Gromyko, mais aussi, à certains égards, à Nikita Krouchtchev. C'est-à-dire à des personnalités évoquant l'URSS (et/ou le communisme). Or, il y a toujours, dans la France d'aujourd'hui, malgré la disparition de l'URSS, une connotation de ce nom avec des notions telles que "retard", "fermeture", "rigidité", "grisaille", "obsolescence", "dictature", "pénurie", "communisme", "goulag", etc. Sous-entendu, le "niet" de la CGT aux "réformes" des retraites est un "niet" à la "modernité", à "l'ouverture", à la "souplesse", à la "couleur", au "progrès technique", à "l'abondance", à "l'économie de marché", à la "liberté", etc. [Et ce, non seulement dans l'opinion de droite, mais aussi dans certaines fractions de celle de "gauche"].

A cela s'ajoute l'insinuation que la CGT était (voire est encore) liée au Parti communiste et que celui-ci était lié à l'URSS. D'où la chaîne de déductions : "CGT" = "Parti communiste" = "URSS" = "retard", "fermeture", "rigidité", "grisaille", "obsolescence", "dictature", "pénurie", "communisme", "goulag", etc.

Je vous saurais gré de vos remarques, précisions, rectifications et critiques.
Bien à vous

Philippe Arnaud, AMD Tours

0247276725
Tag(s) : #Politique
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