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    Les quatres erreurs du régime syrien

 

Fort heureusement, le régime syrien semble, actuellement, se ressaisir pour opposer une vigoureuse résistance à des adversaires acharnés à sa perte.

par CHOKRI BEN FRADJ

 

Soutenir l'Etat et le peuple syriens dans leur résistance à l'agression criminelle qu'ils subissent,

c'est aussi les aider à mieux cerner ce qui a facilité celle-ci.

 
 

Le drame actuel qui déchire la Syrie découle incontestablement et tout d'abord, d'une agression délibérée, planifiée et publiquement revendiquée menée par une coalition

infernale et hétéroclite , apparemment contre nature, réunissant les monarchies pétrolières du golfe, les grandes puissances occidentales, la Turquie, les frères musulmans et les fondamentalistes terroristes d'El qaida  ( que l'occident fait, pourtant, semblant de combattre mais avec laquelle il n'a pas hésité à s'allier porté, qu'il est, par sa haine pathologique du président syrien ).

 

Convergeant autour de la volonté de détruire la Syrie afin d'anéantir l'unique allié de l'Iran et du hezbollah dans la région, ces adeptes de l'oppression et de l'asservissement des peuples n'hésitent, comme nous le voyons tous les jours, devant rien. Ceci n'a, d'ailleurs, plus besoin de démonstration tellement la chose est devenue archi-évidente.

 

Pourtant, aux yeux de "l'occident civilisé, libéral et démocratique ", le régime syrien actuel peut se prévaloir d'atouts incontestables, inexistants ou trés rares dans la région. Seul régime laique dans l'espace arabe ( aprés la destruction du régime baasiste en Irak par les Américains ),il est pratiquement le seul à garantir la liberté de conscience pour tous ses citoyens ainsi que les droits des minorités religieuses non musulmanes ou musulmanes non orthodoxes. Cette laicité a aussi grandement profité aux femmes syriennes en termes d'émancipation et de trés large accés à l'éducation comme à l'emploi .

 

Le régime a également, ces dernières décennies, beaucoup fait au niveau des infrastructures éducatives, sanitaires et sociales comme au niveau de l'évolution du monde rural, à travers la réforme agraire et le développement d'un vaste système d'irrigation amenant la Syrie quasiment à l'auto-suffisance alimentaire.

 

Emportée par son hystérie maladive anti-Bachar, l'oligarchie occidentale - autant poilitique que médiatique - a, néanmoins, observé un silence hermétique sur ces acquis, les ignorant totalement comme s'ils constituaient une quantité négligeable, pour se concentrer dans une diabolisation absurde et infantile des dirigeants syriens.

Dire cela ne saurait cependant suffire car nous ne pouvons nous permettre ( nous les vrais amis de la Syrie et de son peuple ) de jouer à l'autruche en escamotant ce que     certains choix, manifestement erronés, qui furent ceux des dirigeants syriens d'hier et d'aujourd'hui, ont pu avoir comme effets facilitateurs de la présente crise.

Soucieux de clarté, nous pensons pouvoir ramener ces choix à quatre points principaux qui , avec le recul, apparaissent comme autant d'erreurs stratégiques commises par les dirigeants syriens.

 

 La première erreur touche au terrain politique.

La région du proche orient - tout connaisseur de la région le sait - n'est pas du tout familière de la culture démocratique. Le communautarisme, le tribalisme et le clanisme ainsi que le sectarisme, l'intolérance et donc la violence qu'ils générent, y sont trés largement répandus. Le régime Syrien ne fait pas exception en incarnant - à tort ou à raison - aux yeux de beaucoup de Syriens, le pouvoir d'une minorité : celle des Alaouites ( branche hétérodoxe de l'Islam chiite, assimilée à de la pure mécréance par les fondamentalistes sunnites ). Ce régime s'était, pourtant, efforcé de s'émanciper de cette contrainte en se réclamant d'une idéologie nationaliste, socialisante et laique mettant en avant l'unité du peuple syrien dans toutes ses composantes. Si la démarche pouvait paraitre louable ( et le reste toujours aujourd'hui ), elle a été, néanmoins, fortement contrariée par le caractère particulièrement autoritaire du dit régime et de sa pratique du pouvoir. Basé sur un parti unique ( le bass, ou parti de la renaissance arabe ), il ne toléra, jusqu'à peu, prequ'aucune voix discordante, répondant par une repression tout azimut à toute forme de contestation y compris celle portée par d'authentiques démocrates progressistes. L'usure du pouvoir aidant, cette attitude engendra abus et exactions que l'absence de liberté politique ne pouvait qu'exacerber.

Arrivé au pouvoir en 2000, l'actuel président ( jeune, ouvert et cultivé ) aurait pu rompre avec ces pratiques en initiant une large ouverture politique en direction de la société civile et de l'ensemble des courants patriotiques et progressistes afin, à la fois, de se prémunir des coups de ses implacables adversaires fondamentalistes ( en permanence à l'affut ) et de lancer le grand chantier démocratique dont le pays avait si besoin. Il semble qu'il y avait songé  mais - contré par les caciques du régime - il y a finalement renoncé, faisant perdre à son pays une chance précieuse d'évoluer, à temps et en toute souveraineté, dans le bon sens

 

 La deuxième erreur concerne les orientations socio-économiques

Cédant à l'air du temps, le régime avait décidé, en 2005, d'introduise une dose substancielle de libéralisme ( voire de néo-libéralisme ) dans ses choix économiques. Or, dans un pays à forte croissance démographique et déjà confronté à un fort taux de chomage, ces choix ( non concertés et aux conséquences humaines non amorties par un quelconque filet social digne de ce nom ) devinrent, vite, la source de fortes tensions sociales et politiques, exaspérant les antagonismes éthniques et de classes, mais aussi jouant en faveur d'une certaine déligitimation d'un état perçu, par une bonne partie de la population, comme ayant tourné le dos à ses obligations et à ses responsabilités de base . Avec le recul, on ne peut que mesurer la gravité des implications de cette dérive qui - par les mécontentements et les frustrations engendrés - a poussé, il ya deux ans, un certain nombre de syriens à descendre dans la rue et - pour une partie d'entre eux - à basculer dans la violence armée ( du reste trés activement attisée et alimentée de l'étranger, pour des raisons n'ayant absolument rien à voir avec la liberté et les droits du peuple syrien comme chacun sait ).

 

 - La troisième raison

 renvoie à ce qu'on est bien obligé d'appeler un aveuglement coupable du régime à l'égard des méfaits dévastateurs du cancer fondamentaliste wahabite

Comme bien d'autres pays arabo-musulmans, l'état syrien, confronté au chomage de masse, a laissé, ces dernières années, des centaines de milliers de ses citoyens aller travailler dans les pays du golfe. Par complaisance à trés courte vue, à l'égard de la monarchie saoudite ( pourvoyeuse potentielle de capitaux ), il a laissé également pululer, sur le territoire syrien, des mosquées tenues par des imams acquis au wahabisme, idéologie on ne peut plus intolérante et obscurantiste porteuse d'un discours de haine sectaire, de violence et de guerre. Bachar El Assad a été, de ce point de vue, le président qui a introduit ( sans le vouloir ni le savoir sans doute ) le loup dans la bergerie et le poison mortel qui viendra méthodiquement pourrir les esprits. L'évident affaissement de l'idéologie laique portée par le pouvoir ( concomitant à celui de l'ensemble de la pensée progressiste dans le monde ) fera le reste et, le moment venu, va contribuer aux dramatiques dérives auxquelles nous assistons.

La preuve, on ne peut plus criante, est, en tout cas, aujourd'hui faite de l'ampleur du désastre arabe et de la profondeur du malheur qui frappe les peuples de cet espace géo-culturel. En lieu et place des courants progressistes et laiques qui mobilisaient les luttes et les foules arabes des années 60 et 70, ce sont, de nos jours, davantage Les wahabites saoudo-quatariens ( et les dirigeants politiques qui les financent et les protègent ) qui prospèrent sur l'ignorance, le fanatisme, vendant leur folle "marchandise" aux victimes déboussollées de la désespérance sociale. Or, par tout ce qu'ils incarnent, ils sont objectivement à inscrire parmi les tous premiers ennemis des peuples arabo-musulmans, pire, sans doute, que tous les autres qu'ils devancent, de trés loin, sur le terrain de l'infamie et de l'abjection. Par manque d'expérience politique sans doute, Bachar El Assad avait, vraisemblablement, beaucoup sous-estimé l'impact de cette idéologie mortifère et il est bien malheureux qu'il n'en prenne réellement conscience que tardivement.

 

la quatrième et dernière erreur stratégique du régime syrien ( et de son jeune président en particulier ) consiste à avoir trés naivement fait confiance à l'oligarchie occidentale et à la sincérité de sa prétendue main tendue. Invité en France et reçu en grande pompe par Sarkozy, célébré par les médias en tant que président jeune et ouvert, il a oublié qu'en politique, il n'ya ni principes, ni morale, ni intégrité ni droiture ni cohérence et que ceux qui vous ont souri hier sont parfaitement capables ( comme c'est le cas effectivement ) de vous planter un couteau dans le dos aujourd'hui si tel est leur bon vouloir ou si tel est le prix de la préservation de leur domination sur le monde.

 

Parcequ'il n'ont pas été suffisamment vigilants pour intégrer cette donnée à leur raisonnement, les dirigeants actuels de la Syrie ainsi que leur peuple sont entrain de subir actuellement un effrayant, un terrible, un abominable "chatiment" car on ne défie pas impunément la volonté des maitres de la planète, apotres de la "mondialisation heureuse et enchanteresse "

 

Fort heureusement, le régime syrien semble actuellement, se ressaisir pour opposer une vigoureuse résistance à des adversaires acharnés à sa perte.

 

Avec l'aide de ses alliés et le soutien de la grande majorité de son peuple, nous le croyons capable de remporter la victoire imposant ainsi aux esclavagistes de tout bord le droit inaliénable de la Syrie à la pleine préservation de sa souveraieté et de son indépendance.

 

Cette victoire, le jour où elle interviendra, ne sera, d'ailleurs, pas seulement, celle de la Syrie et de son peuple mais également celle de tous les patriotes démocrates et progressistes du monde arabe ( dont le miltant tunisien Chokri Belaid, lachement assassiné ces derniers jours, incarnait l'une des meilleures figures ). 

 

A nos yeux, la Syrie ne s'en sortira, toutefois, pas réellement et durablement, sans une remise à plat totale des choix, orientations et pratiques qui ont permis à ses ennemis mortels de s'engouffrer dans la brèche afin de tenter de l'anéantir et de réduire son peuple à une servitude digne du moyen-age.

 

En tant qu'indéfectible ami de la Syrie soeur et de son peuple, en tant qu'amoureux de sa brillantissime et inégalée civilisation multimillénaire, mon espoir le plus ardent est de voir ce peuple martyrisé mais toujours debout et fier, prouver, par sa volonté et sa détermination, sa capacité à tirer toutes les leçons qui s'imposent pour que la vie - dans toutes ses expressions -puisse, dans les faits, triompher du desespoir et des ténébres. 

 

Chokri Ben Fradj

Tag(s) : #Contre l'impérialisme
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