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Catalogne : les nationalistes en recul

                 face à la gauche indépendantiste

 

Plan Catalogne : cliquez sur la carte Catalogne pour l'agrandir

 

Les quatre partis indépendantistes emportent la majorité absolue des sièges disputés lors des élections régionales anticipées qui ont eu lieu dimanche en Catalogne. Mais le parti nationaliste actuellement au pouvoir est en net recul. Ce qui devrait l'obliger à de difficiles tractations.

Si les indépendantistes sont désormais majoritaires en Catalogne, le résultat des élections de dimanche n'est certes pas celui qu'espérait Artur Mas, le président de cette région d'Espagne. En conflit ouvert avec le gouvernement espagnol qui refuse à la Catalogne l'autonomie budgétaire accrue qu'elle réclame, Artur Mas, à la tête de la coalition nationaliste de droite CiU (Convergencia i Unio) avait convoqué ces élections en espérant obtenir une majorité absolue, afin d'appuyer son projet de référendum sur l'autodétermination de la région.

Mais son discours parfois ambigu, évitant le mot "indépendance", et la politique de rigueur menée depuis deux ans par son gouvernement, sous l'oeil de Madrid, a pu rebuter une partie de l'électorat, au point que sa coalition s'est effondrée bien en-dessous des prévisions des sondages. Et au final, c'est plutôt la gauche indépendantiste historique qui a tiré avantage de la fronde indépendantiste.

Bilan, donc, de ces élections régionales :

Convergencia i Unio remporte 50 des 135 sièges qui composent l'Assemblée... contre 62 jusqu'alors. La CiU reste donc la première force au Parlement. Mais derrière, le parti de gauche indépendantiste ERC devient la deuxième force régionale, avec 21 députés contre dix lors des dernières élections de 2010, suivie par les socialistes (20 sièges) et le Parti populaire (PP), de droite, qui dirige l'Espagne (19 sièges).

Au bout du compte, même si, dans cette nouvelle Assemblée, les indépendantistes sont majoritaires, la CiU devra, pour mener à bien le projet de référendum sur l'avenir de la Catalogne voulu par Artur Mas, nouer de difficiles alliances.

Madrid accusée de tous les maux

Les enquêtes d'opinion montrent aujourd'hui que 44% à 57% des Catalans  seraient prêts à franchir le pas d'un Etat indépendant, des niveaux jamais atteints auparavant, à condition toutefois que la Catalogne reste dans l'Union européenne. Le séparatisme en Catalogne, comme au Pays basque espagnol, a été durement réprimé sous la dictature franquiste (1939-75) mais les 17 régions espagnoles ont obtenu une large autonomie après le retour de la démocratie et les velléités indépendantistes sont restées limitées dans les années 1980-90.

Des événements récents ont cependant alimenté le sentiment de frustration des Catalans vis-à-vis de Madrid, à commencer par le rejet en 2010 par le Tribunal constitutionnel de plusieurs articles du nouveau statut d'autonomie régional, l'Estatut, dont celui reconnaissant une "nation" catalane.

La crise économique aiguë que traverse l'Espagne est venue renforcer l'argumentaire en faveur d'une sécession. Avec ses ports méditerranéens très actifs, son tourisme, ses usines automobiles, son industrie chimique ou son secteur bancaire, la Catalogne, forte de 7,5 millions d'habitants - soit plus que la population du Danemark - pèse un cinquième de l'économie espagnole. Son produit intérieur brut équivaut à celui du Portugal.

La grave récession qui frappe le royaume depuis l'éclatement de la bulle immobilière en 2007 ne l'a pas épargnée : dans l'impossibilité de se financer sur les marchés depuis que ses titres ont été classés au rang d'obligations "pourries", la Catalogne a dû emprunter cinq milliards d'euros à Madrid pour payer ses factures. Mais de nombreux Catalans rejettent leurs difficultés sur Madrid en accusant le gouvernement central de prendre leurs impôts pour les reverser aux régions les plus pauvres. Les autorités régionales évaluent le manque à gagner à 16 milliards d'euros par an.

A la tête de la Generalité (exécutif régional), Artur Mas a tenté de renégocier un "pacte fiscal" plus avantageux avec Madrid, mais le président du gouvernement conservateur, Mariano Rajoy, y a opposé une fin de non-recevoir le 20 septembre, malgré une manifestation massive de centaines de milliers de Catalans à Barcelone neuf jours plus tôt. Mariano Rajoy souligne que la Catalogne devrait déposer sa candidature à l'UE en cas de sécession et met en garde les électeurs contre "un billet pour nulle part".

Le roi Juan Carlos a lui aussi lancé un appel à l'unité.

Et la récente conversion d'Artur Mas à l'indépendance fait aussi lever quelques sourcils en Catalogne. Certains soupçonnent le chef de file de la droite nationaliste de vouloir faire oublier une situation économique dramatique et les coupes franches dans les dépenses des hôpitaux et des écoles.

 

 


Tag(s) : #Europe
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