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sur Marianne2

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Quoi qu’il en soit, jamais un Premier ministre en exercice ne devrait honorer de sa personne symbolique l’inauguration d’un lieu de culte, qu’il s’agisse d’une mosquée, d’une église ou d’un synagogue. De ce point de vue, on s’étonne que le maire socialiste d’Argenteuil, Philippe Doucet, ait préféré critiquer l’absence du ministre de l’Intérieur plutôt que de s’étonner de la présence de François Fillon.

A Argenteuil,
Fillon s’est assis sur la laïcité

Jack Dion

Juin 2010

Pour la première fois dans l'histoire de la République, un premier ministre inaugure un lieu de culte. Même s'il s'agissait de contrebalancer le projet de loi sur la burqa, le geste de François Fillon foule aux pieds le principe de laïcité.

C’est une première dans l’histoire de la Vème République. On n’avait encore jamais vu un Premier ministre inaugurer officiellement un lieu de culte, et s’asseoir ainsi sur les principes de base de la laïcité. L’événement a eu lieu lundi 28 juin à Argenteuil, où François Fillon est venu inaugurer la nouvelle Mosquée en grandes pompes.

A cette occasion, le locataire de Matignon a tenu des propos empreints de bon sens, invitant les uns et les autres à faire « gagner l’intelligence contre l’obscurantisme ».
 
Reste que ce déplacement, en lui-même, est un mélange des genres qui est l’une des formes les plus insidieuses de l’obscurantisme. Il conduit en effet l’Etat à s’immiscer dans la sphère du religieux, envers et contre les fondements même de la laïcité.

Certes, personne ne soupçonnera le Premier ministre de vouloir ériger l’islam en religion d’Etat. On peut même penser que cette initiative a pour but principal de contre carrer l’effet désastreux des campagnes lancées ces derniers mois avec l’onction gouvernementale.  
C’est ce que confirme Le Parisien en titrant :
« Le geste fort de Fillon envers les musulmans ».
 
En effet, le débat sur l’identité nationale menée sous la houlette d’Eric Besson a conduit à un climat de suspicion généralisé vis-à-vis des musulmans de France, suspectés des pires méfaits et affublés des clichés les plus éculés. La polémique sur le voile intégral, vite assimilé à la « burqa » (il faut savoir utiliser les mots qui font peur) a conduit à des raccourcis indignes de la République.
Les couacs à répétition se sont enchaînés, l’un des pires étant celui de Brice Hortefeux ("Un arabe ça va, deux, bonjour les dégâts"). D’ailleurs, il faut noter que le ministre de l’Intérieur, qui devait venir à Argenteuil, n’a pas fait le déplacement, comme s’il lui était déconseillé de s’afficher en de telles circonstances.
 
Quoi qu’il en soit, jamais un Premier ministre en exercice ne devrait honorer de sa personne symbolique l’inauguration d’un lieu de culte, qu’il s’agisse d’une mosquée, d’une église ou d’un synagogue. De ce point de vue, on s’étonne que le maire socialiste d’Argenteuil, Philippe Doucet, ait préféré critiquer l’absence du ministre de l’Intérieur plutôt que de s’étonner de la présence de François Fillon.

A dire vrai, ce n’est pas la première fois que des libertés coupables sont prises avec la loi de 1905. Sans évoquer le cas du concordat de l’Alsace-Lorraine qui dispose toujours d’un statut d’exception, chacun sait que la plupart des édifices religieux de France ont été financés avec des fonds publics. De ce point de vue, les musulmans sont en droit de s’estimer moins bien traités que d’autres. Ils sont donc fondés à demander de bénéficier de lieux de culte dignes, ne serait-ce que pour endiguer cet « islam des caves » qui fait le jeu des islamistes.

Mais ce n’est pas une raison pour oublier que la République a des principes que la religiosité n’a pas. Quelles que soient les circonstances politiques du moment, le voyage de François Fillon à Argenteuil s’apparente à une petite capitulation parfaitement en phase avec la conception sarkozienne de la laïcité. En effet, il ne faut jamais oublier que Nicolas Sarkozy, qui fut  ministre de l’Intérieur et des cultes, de mai 2002 à mars 2004, a souvent exposé une conception du monde proche de celle des fondamentalistes religieux qui ont inspiré en leur temps les néo-conservateurs américains - la vision messianique en moins.

Le 20 décembre 2007, peu après son élection, Nicolas Sarkozy avait été consacré avec ostentation « chanoine d’honneur » à la basilique de Saint-Jean de Latran.
Pour le Président, les diverses Eglises doivent exercer une fonction sociale et culturelle parfaitement étrangère à la conception de la laïcité héritée de la loi de 1905. C’est ce qu’il avait appelé la « laïcité positive ».
L’expression n’ayant pas eu le succès espéré, elle est désormais bannie du langage officiel. Dans les faits, il reste une vision ethnique de la société, conçue comme la cohabitation de communautés – à charge pour les religions de remplacer le pacte Républicain.
D’où le déplacement de Fillon d’Argenteuil, qui est le voyage à Canossa de la laïcité.

Lors de son discours de Saint-Jean de Latran, Sarkozy avait eu ce cri du cœur :
« L'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ».
A cette liste, il faut ajouter l’imam et le rabbin.


 

Tag(s) : #Libertés