Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

MICHEL PEYRET :

QUELS SIGNES AVANT COUREUR

 DE LA VIOLENCE

D'UNE FUTURE GUERRE CIVILE ?

Michel Peyret

6 août 2010

 

Si vous le souhaitez, merci de faire connaître

votre opinion à l'auteur

à l'adresse ci-dessous.

Cordialement,

M.

 

amchartier@gmail.com

 

 

Depuis l’insurrection des banlieues de 2005, ces signes ont été analysés assez bien par divers commentateurs. Il ne s’agit pas, a -t-il été écrit, de simples actes de délinquance mais de la rébellion incontrôlée de la partie la plus jeune, la moins politisée et la plus misérable de la société contre un système social qui n’offre plus aucun espoir économique et social, qui précarise à outrance, jette une partie toujours plus grande de la population dans le chômage, méprise les citoyens et aprticulièrement les jeunes des banlieues, avec des mots terribles « on les nettoiera au karcher ». Cette partie de la société, celle des banlieues, n’a plus rien à perdre.

 

Entre la perspective de la prison ou de l’hypothèse de la mort, elle se marginalise, se jette dans la drogue, le vol, les braquages, la destruction et des actes parfois abjects, pour vivre et acheter des armes ; dès lors tout devient permis.

 

Et dans les moments d’accalmie, elle prétend tout s’offrir : les dernières voitures, les vêtements de marque, à l’image d’une bourgeoisie totalement ripou qui s’offre, elle, aux yeux de tous, en grande pompe, le luxe, avec le bien public dans l’impunité la plus totale, et …. acceptée très majoritairement de fait par ceux qui prétendent défendre le peuple….

 

Il est remarquable que ça soit le Canard enchaîné et le site Médiapart qui dévoilent et dénoncent et non pas ceux dont ce serait le premier travail.

 

Il est remarquable également que dans les cas d’explosion de violence, comme le 14 juillet à Grenoble, le Maire PS Destot demande un Grenelle de la sécurité, proposition immédiatement reprise par le gouvernement, et que l’une des premières conclusions en soit une chasse plus systématique contre la drogue (donc fouilles et contrôles accrus), et contre le travail informel.

 

Ce qui signifie « Nous n’avons pas pour ambition de vous donner du travail mais de vous pourchasser ».

Dans ces moments, les règles du « vivre ensemble » les plus nécessaires disparaissent alors, laissant la place aux lois des clans, la morale communément admise volant en éclats.

A vouloir criminaliser la misère pour la refouler, on peut la rendre réellement criminelle. La barbarie capitaliste conduit la misère à la barbarie.

 

Mais le caractère de classe de cette violence réapparaît brutalement dans un fait qu’il convient d’analyser très précisément : la police, la gendarmerie, en tant qu’appareil d’Etat répressif, sont les cibles privilégiées de cette fraction de la jeunesse déjantée, et ensuite tout ce qui ressemble à des institutions d’Etat, dont le rôle est d’intégrer, encadrer, secourir : les écoles, les centres sociaux...

Et à l’inverse, cet appareil d’Etat entend bien jouer ce rôle là, de défenseur violent de l’impunité d’un ordre social devenu totalement véreux, en affirmant constamment son droit à l’assassinat ou à l’exécution sommaire de ceux qui contestent ce dernier (on se souviendra comment le voyou Kelkal a été volontairement assassiné après une course poursuite, comment des jeunes ont été pourchassés vers un local dangereux d’EDF, comment d’autres en motos ont été poursuivis et renversés à Villiers le Bel par des voitures de police etc… ).

 

Le fait nouveau est que la fraction de la jeunesse exclue, compte ses morts et a décidé de rendre tous les coups.

Dans des interviews, la jeunesse de Villiers le Bel avait fait savoir « Ils nous en ont tué deux, on en tuera deux ». La police raisonne exactement de la même façon. On peut, sans grande crainte de se tromper, affirmer que Karim Boudouda, récidiviste, a été exécuté de sang froid à la Villeneuve de Grenoble. Ce n’est pas dans des échanges de tirs en roulant, que ce dernier est mort, comme le dit le journaliste du Monde, c’est hors de sa voiture qu’il a été visé. Et ceci pour 40000 euros volés au Casino d’Uriage.

Comme Luigi Duquenet, jeune gitan, pris en chasse et tué sans sommation par la gendarmerie dans le Loir et Cher le 16 juillet, pour un petit braquage de 20 euros….

 

Le fait encore plus nouveau, est l’attaque du Casino d’Uriage conçu par Karim Boudouda. Il ne s’agit pas d’une boulangerie, du bureau de poste, des garages des copropriétaires comme à Beaumarchais/Echirolles, mais d’un Casino symbole du fric, fric honteusement amassé sur la base des illusions corruptrices chez les joueurs, de gains sans travail.

 

Karim Boudouba, à l’évidence, ne formule pas tout cela, mais son acte objectif signifie cela, exactement comme s’il avait conçu d’attaquer une banque.

 

Il est multirécidiviste, mais il recommence avec détermination, comme si sa vie sociale ou physique avait déjà perdu sens, et comme si ne restait que la signification de l’acte : voler un casino et tirer sur la police avec un fusil d’assaut SIG. C’est l’attitude de quelqu’un qui n’a rien à perdre, et pour qui le symbole de ce qu’il fait vaut plus que la vie. Ceci sans le savoir et sans pouvoir le dire, très probablement.

Des jeunes, interrogés sur lui à la Villeneuve de Grenoble, ont dit « Pour nous c’était un grand ».

 

Ils en feront un héros.

 

Tout ce que la jeunesse exprime par des actes apparemment irréfléchis, et dans ces phrases lapidaires, sans aucune analyse de la situation, doit faire réfléchir, en sachant que entre le « faire » et le sens du faire, il y a le travail nécessaire de la conscience rationnelle. Les habitants de la Villeneuve, désemparés et en colère, sont partagés dans leurs jugements : têtes sans cervelle,  détermination calculée, expression de l’abandon social, irresponsabilité des parents ???

Tout cela en même temps, tandis qu’ils contemplent avec désespoir les destructions qui ont suivi cette exécution : voitures brûlées, dégradations en tous genres…

 

On s’est déjà interrogé sur le sens des voitures brûlées, les voitures des voisins qui partagent la même précarité que la jeunesse de ces quartiers ! Absurde !

Les voitures font partie des convoitises les plus prisées, les jeunes les volent, en font le trafic, mais….. y mettent le feu. Comme si, à moment donné, plus rien n’avait de sens. Mettent-ils le feu aux autos à défaut de mettre le feu à leurs propres habitations, à leur propre quartier ?

 

Pour l’instant la distance entre la jeunesse de ces quartiers et les salariés, encore bien intégrés dans le processus de la production capitaliste, est immense.

 

Mais certains signes ne doivent pas nous échapper. 8% seulement des salariés sont syndiqués en France, mais ceux-ci sont cependant assujettis à plusieurs syndicats qui font obstacle entre eux et les patrons. Le but de ceux-là n’est pas, le plus souvent, d’obtenir satisfaction sur des revendications précises, mais d’obtenir des « négociations ».

Les syndicats font faire grève pour « l’ouverture de négociations » ! !

 

Ce qui est nouveau depuis deux ou trois ans :

Des ouvriers, échappant au contrôle des syndicats prennent la direction des mouvements de grève, séquestrent un patron pendant un ou deux jours, menacent de détruire des machines, menacent de mettre le feu à l’entreprise, et commencent à mettre à exécution… comme si l’outil de travail, tant vénéré par le syndicalisme intégré à la société industrielle, ne faisait plus sens, comme si, à moment donné il valait mieux détruire, pour se faire entendre, que respecter ce qui constitue la paix sociale.

 

La mise à feu est peut-être la proclamation inconsciente que la paix sociale n’a plus de raison d’être.

 

Mais jetons un coup d’œil, après une parenthèse, sur le caractère risible de ce sur quoi portent les négociations, dans un monde où si l’emploi est perdu, l’appartement sera perdu, les traites seront impayées, la voiture, les meubles saisis….

A quoi tient la paix sociale ?

A la préservation de l’emploi industriel et financier pour les parents, et à l’existence d’emplois industriels et financiers pour les enfants. La société capitaliste industrielle est en train cyniquement de détruire tous les emplois au motif de compétitivité et de productivité, tandis que les voyous qui gèrent l’appareil d’Etat se goberge avec le bien public, et envoient des escouades de policiers et de CRS contre ceux qui, au bas de la société, se livrent, somme toute, à des délits bien inférieurs….

Mettre le feu peut constituer le réflexe le plus spontané pour exprimer que les limites du supportable commencent à être atteintes.

 

Alors sur quoi négocie-t-on dans ces négociations  ?

 

Prenons l’exemple des 1150 salariés de General Motors (GM) Corporation de Strasbourg., dont l’entreprise fait faillite en 2009, laquelle se reconstitue en General Motors Company et déclare pouvoir reprendre la production et maintenir l’emploi, en juillet 2010, à condition que les salariés acceptent des amputations de salaire importantes (gel de salaires pendant 2 ans, gel de l’intéressement pendant 3 ans, suppression des 35 heures et dernière proposition : longueur des semaines de travail à la discrétion de l’entreprise).

Et là-dessus, les syndicats, sauf la CGT, demandent un vote des salariés, alors qu’ils savent très bien que l’entreprise GM fera ce qu’elle veut des emplois. Les salariés ont voté pour la proposition la mort dans l’âme, car quelle est l’alternative ?

La CGT en a-t-elle ouverte une ?

Non. La saisie violente, par les ouvriers, de l’entreprise pour fabriquer des boîtes à vitesse, pour des voitures hypothétiques ?

Pour toujours plus de voitures ? Ou quoi ??

 

En attendant que les adultes réfléchissent sur : quelle riposte ?

Que saisir et comment ?

Avec qui ? Quoi produire ? Dans quelle perspective ?

Les jeunes de banlieues ont réfléchi très vite et se livrent à des trafics en tous genres. La difficulté est qu’ils agissent la plupart du temps contre les citoyens, contre ceux qui, par exemple, ont besoin de leur voiture pour aller produire n’importe quoi pour que la société de consommation perdure et qu’ils puissent payer leurs traites…..

Que peut dire un adulte bien intégré, qui fabrique des boîtes à vitesse aux conditions de GM, à un jeune qui vend de la drogue pour se payer une voiture ?

Imaginons le dialogue. Y a-t-il des conseils moraux à donner ?

Ou alors ? Si nous prenions le contrôle, tous en même temps, de nos quartiers, de nos entreprises, de nos administrations, de nos Mairies, pour décider du « comment vivre », avec vous les jeunes… ?

Les policiers, gendarmes et CRS ne peuvent être partout en même temps, surtout après les suppressions de postes massives de leur secteur…..

Et si l’idée faisait son chemin ?

 

Le 20 juillet AMC

TEXTE REPRIS
sur
LE BLOG DE JACQUES TOURTAUX
LE POINT DE VUE DE
 canempachepasnicolas
Sans répondre à l'ensemble des questions posées par Michel Peyret, nous voudrions insister sur le désert politique et syndical que constituent nos "cités". Il n'y a plus de militants révolutionnaires sur place, vivant en permanence l'existence des habitants de ces zones (appelées par les élites, de "non-droit").
Il n'y a donc plus de réaction populaire organisée aux injustices et les violences quotidiennes dont est victime la population, tant de la part de jeunes marginalisés socialement, que de la répression des forces, qualifiées improprement "de l'ordre", opérant comme en pays "ennemi".
En fait, les banlieues abandonnées sont stigmatisées par la "bonne société", comme celle-ci, pleine de haine et de peur du peuple , les qualifiait, hier,  de "ceinture rouge"...
 
En fait, les choses changeront le jour  où se rejoindront, dans un cortège unique, les salariés des centres-villes et les plus pauvres, relégués dans les faubourgs. Ils demeurent les "barbares qui menacent la société", selon les termes de la bourgeoisie, dès le début de l'industrialisation, juste après la révoltes des canuts lyonnais, en 1831 
Tag(s) : #Lutte de Classe
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :