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Remarques sur les médias du 3 février


par
Philippe Arnaud,
Chers tous,

Cette remarque sur les médias porte en fait sur tout ce qui s'est déroulé dans le monde arabe depuis le début de l'année 2011. A propos des manifestations et soulèvements en Tunisie, puis en Egypte, puis au Yémen et en Jordanie, un terme est revenu assez souvent dans la bouche des journalistes, notamment de France Inter : celui de "/contagion/".

L'expression qui était la plus courante était : "Les dirigeants des pays arabes craignent la "/contagion/" de l'exemple tunisien sur leur population". Ce qui est intéressant, c'est ce qu'en dit le Dictionnaire historique Robert de la langue française (édition 1998, en trois volumes) : "Contagion, mot féminin, est emprunté (1375) au latin contagio, de /cum/ et d'un dérivé du radical de /tangere/, toucher. [...] Le mot, apparu avec la valeur morale "d'influence pernicieuse", est attesté avec son sens médical au XVIe siècle (1538) ; par spécialisation et métonymie, il servit même (1596) à désigner la maladie contagieuse par excellence, la peste".
 
Remarque 1. L'acception attestée la première, d'après le Robert, donc, est celle de l'influence pernicieuse (XIVe siècle), et ce n'est que deux siècles plus tard, qu'il prend son sens médical, appliqué à la peste, terme qui (avec ceux de lèpre ou de cancer) est sorti de son domaine pour pénétrer dans le domaine moral et social, où il figure un des synonymes du mal.

Remarque 2. On pourrait supposer qu'en employant ce terme les journalistes se mettent à la place des autocrates arabes qui, estimant leur régime "sain", craignent pour lui la "contagion" de la "maladie" qu'est la révolte et, plus encore, la révolution.
Mais "se mettre à la place des autocrates", c'est, corrélativement, ne pas se mettre à la place des peuples et considérer que la révolte contre un régime autocratique ou dictatorial est, en soi, un mal. [Ce qui est effectivement l'opinion des agences de notation financières internationales qui, après avoir "dégradé" la Grèce ou le Portugal  ("coupables" de faire baisser les titres de rente des riches), "dégradent" maintenant la Tunisie et l'Egypte ("coupables" de faire baisser les dividendes des entreprises ayant investi chez elles)].

En conséquence, il serait tout à fait possible aux journalistes d'employer, à la place de "contagion", toute une série de termes désignant la propagation d'un phénomène et dont la langue française ne manque pas, mais qui, eux, présentent une connotation positive (diffusion, extension, progression, influence, attrait, attraction, attirance, désir, fascination, sympathie, intérêt, inclination, complicité, compréhension, fraternité, accord, bienveillance, communion, solidarité...).

Je vous saurais gré de vos remarques, compléments, rectifications et critiques
Bien à vous
Philippe Arnaud,
AMD Tours

Philippe Arnaud
0247276725

Tag(s) : #Pages d"écriture
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