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POUR LA SECURITE FERROVIAIRE

LETTRE DE LA

FEDERATION DES CHEMINOTS CGT

A GUILLAUME PEPY,

PRESIDENT DE LA SNCF

 

Montreuil, le 02 septembre 2010

 

 

 

 

 

 

Monsieur Guillaume PEPY

Président de la SNCF

34 rue du Commandant Mouchotte

75699 PARIS CEDEX 14

 

 

 

 

Objet : Sécurité ferroviaire.

 

Monsieur le Président,

 

La réponse que vous avez faite à notre courrier du 24 août 2010, portant sur les incidents engageant la sécurité ferroviaire et le nouveau déraillement d’une rame voyageurs, heureusement vide, intervenu dans la nuit du 1erau 02 septembre 2010 en gare de Marseille-St-Charles, me conduisent à vous interpeller de nouveau.

 

D’entrée, je tiens à rappeler que la Fédération CGT des Cheminots, première organisation syndicale à la SNCF donc présente dans toutes les Instances Représentatives du Personnel (DP, CHSCT, CE…), est bien dans son rôle lorsqu’elle alerte sur une proportion préoccupante d’après nous d’incidents intervenant sur le Réseau Ferré National, mettant en cause la sécurité ferroviaire.

 

Si par malheur, ce que nous ne souhaitons pas par dessus tout, une catastrophe devait se produire, il ne serait pas dit que la CGT, ses militants, ses élus, conscients des problèmes, n’aient rien dit et rien fait.

 

Personne ne pourra nous empêcher de nous exprimer sur ces questions comme sur d’autres.

 

Nous ne polémiquons pas, nous n’instrumentalisons pas et nous n’avons jamais déclaré, comme vous l’avez laissé sous-entendre à EUROPE 1 dimanche dernier, que le réseau serait à l’abandon.

 

Notre courrier du 24 août 2010 était argumenté, équilibré et sérieux et nous n’acceptons pas qu’il soit caricaturé par la Direction de l’entreprise.

 

Justement, sur les chiffres que nous avons exposés, vous devez admettre qu’ils sont issus des comptes rendus journaliers (CRJ) de la DCF (Direction des Circulations Ferroviaires) et disponibles sur Intranet SNCF.

 

Le fait d’agréger des données sécurité et régularité est légitime car lorsque la régularité est fragilisée, elle entraîne de fait une situation potentiellement critique pour la sécurité.

 

De plus, comment considérer qu’une installation de sécurité en dérangement (décontrôle d’aiguilles, non libération de zones…) n’impacte pas négativement la sécurité ?

 

D’autant qu’il faut tenir compte du contexte qui fragilise déjà la sécurité : empilage de restructurations menées au pas de charge, manque d’effectifs, conditions de travail dégradées, formations au poste de travail et initiales insuffisantes, allongement des pas d’entretien et de visites…

 

A propos du manque d’effectifs que vous ne pouvez pas nier si j’en crois les travaux du CA de la SNCF du 31 août 2010 portant sur l’analyse des comptes du
1ersemestre 2010, il apparaît au grand jour que la maîtrise des charges porte pour 50% sur les charges du personnel !

 

En clair, la saignée dans les effectifs que vous avez opérée au nom d’une « bonne gouvernance » en réduisant de 3600 unités l’effectif global de l’EPIC (comparaison entre la situation du 30 juin 2009 et celle du 30 juin 2010), explique pour une large part les difficultés que rencontrent au quotidien les cheminots pour assurer la production et rendre une qualité de service que sont en droit d’attendre les usagers de la SNCF.

 

La SNCF devient de ce fait une des premières entreprises en France en terme de suppressions d’emplois !!!

 

Périodes de temps trop courtes pour pouvoir être interprétées et en tirer des conclusions dîtes vous dans votre missive du 27 août 2010.

 

Nous avons examiné la période susvisée

car nous sommes alertés depuis un certain temps sur des phénomènes de dégradations constatés, il s’agissait donc pour nous de vérifier. C’est cette vérification et ses résultats particulièrement préoccupants qui nous ont conduits à tirer le signal d’alarme.

 

Le ratio nombre d’incidents/kms trains que nous pointons dans notre lettre est l’indicateur fourni depuis des années à la Commission Professionnelle Centrale Mouvement (CPC). Ce sont des chiffres de la SNCF et non ceux de la CGT !

 

Vous ne pouvez donc pas affirmer que cet indicateur n’est pas retenu et qu’il n’est pas l’objet d’un suivi durable puisqu’il existe et est suivi par l’Infra.

 

Ne retenir que les incidents de sécurité potentiellement graves comme seul indicateur est très insuffisant et s’apparente à la politique de l’autruche. Ainsi, affirmer que la situation s’améliore sur cette seule base, c’est soit démagogique, soit assumer pleinement la politique du « risque calculé » au nom de l’orthodoxie financière.

 

En sécurité, il n’y a pas de petits incidents, ils sont tous potentiellement dangereux. Le rapport annuel et les REX (Retours d’expérience) sont insuffisants dans la mesure où ils n’induisent pas un changement de politique vers plus de prévention.

 

Il faut donc intervenir avant que l’incident ne se produise.

 

La SNCF n’est certes pas le seul acteur mais elle est le principal. Son rôle de GID (Gestionnaire d’Infrastructure Délégué) et le fait que la DCF soit dans la SNCF lui confère un rôle majeur. Rappelons que les chiffres cités ne concernent que les incidents relevant très majoritairement de sa responsabilité.

 

Voilà résumées, Monsieur le Président, les réflexions que nous a inspiré votre courrier du 27 août 2010 sur une question capitale qu’est la sécurité ferroviaire.

 

Je vous le redis, dans notre démarche, il n’y a ni esprit de polémique, ni recherche d’instrumentalisation, pas plus de dire que les dirigeants de la SCNF seraient moins soucieux de la sécurité, mais nous sommes simplement dans notre rôle d’organisation syndicale qui interpelle la Direction de l’entreprise sur des faits qui nous semblent importants.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos sentiments respectueux.

 

 

Didier LE RESTE

Secrétaire Général

Tag(s) : #Social
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