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Le Blog d'Olivier Berruyer 

 

23
Fév
2014

 

Voici la traduction du discours prononcé par David Simon, créateur de la série The Wire, au Festival des Idées Dangereuses de Sydney en novembre dernier. Observateur attentif des travers de la société américaine contemporaine, il dresse un portrait acerbe de son pays à la lumière de la pensée de Marx.

On ne révolutionne pas la série télévisée en partant de nulle part. Du début des années 1980 jusqu’au milieu de la décennie suivante, David Simon travaille comme reporter au Baltimore Sun, suivant comme une ombre la police criminelle de la ville. Un quotidien sordide que raconte Simon avec la minutie d’un sociologue et la sensibilité d’un grand romancier, d’abord sur papier, puis en images avec la mini-sérieThe Corner en 2000, qui annonce le chef-d’œuvre The Wire deux ans plus tard.

Dans cet extrait traduit en français, Simon va accuser le pays des hommes libres d’être le théâtre d’une division profonde et visible entre riches et pauvres, qui, petit à petit, fait sombrer les États-Unis dans l’abomination — ou, pour reprendre ses termes, dans un « spectacle terrifiant ».

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Baltimore by night.

Extrait du discours de David Simon

2 novembre 2013 – opéra de Sydney

L’Amérique est aujourd’hui un pays profondément divisé, que cela concerne la société, l’économie ou la politique. Il est désormais évident qu’il y a deux Amériques. J’habite l’une d’elles, dans un pâté de maisons à Baltimore qui fait partie de l’Amérique viable, celle qui est connectée à sa propre économie, où un avenir est possible pour ceux qui y sont nés. À une vingtaine de rues de là vit une tout autre Amérique. Il est stupéfiant de constater le peu de choses que nous avons en commun, alors même que nous vivons dans une telle proximité géographique. Il n’y a pas de fils barbelés autour de Baltimore-ouest ni de Baltimore-est, ni autour de Pimlico, les quartiers de ma ville qui ont été radicalement séparés de l’expérience américaine que je connais. Mais il pourrait tout aussi bien y en avoir. Il semblerait qu’on ait avancé dans deux directions différentes et je pense que cela s’observe de plus en plus en Occident. Je ne pense pas que l’Amérique soit la seule dans ce cas.

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David Simon

Je pense qu’on a rendu cette tragédie plus aboutie et qu’on y court beaucoup plus vite que d’autres pays qui sont peut-être un peu plus sensés, mais mon idée plutôt dangereuse impliquerait un type qui fut laissé de côté au XXe siècle, qui semblait même en être le comble de la blague ; un type qui s’appelait Karl Marx. Je ne suis pas marxiste, au sens où je ne pense pas que le marxisme ait une réponse clinique très précise à ce qui nous fait souffrir économiquement. Je pense que Marx était bien meilleur diagnosticien qu’il n’était clinicien. Il était bon pour trouver ce qui n’allait pas avec le capitalisme, ou ce qui n’irait pas si personne ne s’en occupait, mais il était beaucoup moins crédible quant à savoir comment résoudre le problème.

Vous savez, si vous avez lu Le Capital ou si vous avez les guides d’étude, que sa vision de la mise en pratique concrète du marxisme classique débouche sur ces bêtises que sont la disparition de l’État et autres platitudes du genre. Mais il voyait parfaitement bien le danger que représente un capital qui gagne sans équivoque, qui obtient tout ce qu’il demande. C’est peut-être l’ultime tragédie du capitalisme de notre temps ; qu’il ait réussi sa domination sans considération aucune des composantes sociales, sans être connecté à aucune autre forme de mesure du progrès humain.

Le profit, on comprend. Dans mon pays, on mesure les choses par le profit. On écoute les analystes de Wall Street. Ils nous disent quoi faire chaque trimestre. Le rapport trimestriel, c’est Dieu. Tournez-vous vers Dieu. Tournez-vous vers la Mecque, vous voyez le truc… T’as fait ton chiffre ? T’as pas fait ton chiffre ? Tu veux ton bonus ? Tu veux pas ton bonus ? Et cette idée que le capital, que le profit est le mètre-étalon par lequel on va mesurer la santé de notre société, constitue l’une des erreurs fondamentales des 30 dernières années. Selon moi elle remonte à 1980 aux États-Unis, et elle a triomphé par la suite.

Le capitalisme a littéralement écrasé le marxisme à la fin du XXe siècle et a gagné à tous les niveaux, mais l’ironie dans tout cela c’est que la seule chose qui fonctionne vraiment chez lui n’est pas idéologique mais impure ; il a en lui des arguments opposés et ne parvient jamais entièrement à une sorte de perfection philosophique ou partisane. Il est pragmatique, il inclut les meilleurs aspects de la pensée socialiste et du capitalisme de marché et il fonctionne parce qu’on ne le laisse pas fonctionner complètement. Et c’est assez compliqué de penser qu’il n’existe pas de remède miracle pour nous sortir du trou qu’on s’est construit. Et on s’est creusé un trou bien profond.

« Ce n’est pas seulement qu’on ait pu produire et offrir des choses, ou qu’on ait eu les usines, le savoir-faire ou le capital nécessaires, mais on a su créer notre propre demande et commencé à exporter cette demande à travers tout l’Occident. »

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ouest a émergé avec une économie américaine forte de son expérience de la guerre, qui apparaissait comme le meilleur produit. C’était en effet la meilleure. C’est elle qui a le mieux fonctionné. Elle a montré sa puissance non seulement par ce qu’elle avait rendu possible pendant la guerre, mais aussi parce qu’elle a montré comme il était facile de produire de la richesse en masse. Plus encore, elle a permis beaucoup plus de liberté et a fait la seule chose qui garantisse que le XXe siècle devienne — excusez-moi d’avoir l’air chauvin — le siècle américain. Elle a pris une classe ouvrière qui n’avait aucun revenu disponible au début du siècle, qui ne gagnait que des revenus de subsistance. Elle l’a transformée en une classe de consommateurs, qui non seulement avaient assez d’argent pour acheter tout ce dont ils avaient besoin pour vivre, mais assez aussi pour acheter tout un tas de trucs qu’ils désiraient mais dont ils n’avaient pas besoin, et ceci constitua le moteur de notre société.

Ce n’est pas seulement qu’on ait pu produire et offrir des choses, ou qu’on ait eu les usines, le savoir-faire ou le capital nécessaires, mais on a su créer notre propre demande et commencé à exporter cette demande à travers tout l’Occident. Et ce niveau de vie a rendu possible de produire des choses à un rythme incroyable et de les vendre. Comment a-t-on fait ça ? On a réussi en ne penchant pour aucun côté. C’était le New Deal. C’était la Great Society de Johnson. C’était toute cette idée de la négociation collective des salaires, et cette idée impliquait qu’aucun côté ne l’emporte sur l’autre. Le travail ne gagne pas complètement, le capital non plus. Mais c’est dans cette tension, dans ce combat entre les deux que le capitalisme fonctionne vraiment, qu’il devient quelque chose dans lequel toutes les strates de la société ont un rôle à jouer, quelque chose que tout le monde partage.

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Baltimore vu du Nord-Est.

Les syndicats ont beaucoup compté. Les syndicats ont fait partie de l’équation. Peu importait qu’ils gagnent à chaque fois, ou qu’ils perdent à chaque fois, la seule chose qui importait était qu’ils gagnent parfois, qu’ils mènent un combat, qu’ils défendent la demande et l’équilibre entre capital et travail, qu’ils défendent l’idée que les travailleurs ne valaient pas moins, mais plus. Au bout du compte, on a abandonné tout ça et on a cru à l’économie du ruissellement (trickle-down economics), on a cru que l’économie de marché, que le marché en savait plus, au point qu’aujourd’hui aux États-Unis le libertarianisme est vraiment pris au sérieux en tant que mode de pensée politique intelligent. Je trouve cela stupéfiant. Mais c’est ainsi. Les gens disent : « Je n’ai besoin de rien d’autre que mon talent pour faire du profit » ; « je ne suis pas connecté à la société » ; « je me fous de la façon dont la route a été construite, je me fous d’où vient le pompier, je me fous de qui éduque les enfants qui ne sont pas les miens ». « Je suis moi. » C’est le triomphe du moi. « Je suis moi, écoutez-moi rugir. »

« Nous sommes devenus différents de l’idée que nous avions du rêve américain, tout cela à cause de notre incapacité à partager, à envisager ne serait-ce qu’une impulsion socialiste. »

Je trouve cela stupéfiant qu’on en soit arrivé là, principalement parce qu’en remportant cette victoire, en voyant ce mur s’écrouler et cet ancien État stalinien se rapprocher de notre conception du marché, ou en le voyant s’affaiblir, on aurait pu penser qu’on aurait appris ce qui fonctionne. À la place, on a plongé dans l’avidité, il n’y a pas d’autre mot. Ce n’est que de l’avidité. C’est une incapacité à voir que nous sommes tous connectés, à imaginer que l’idée de deux Amériques, ou de deux Australie, de deux Espagne, ou de deux France n’est pas complètement invraisemblable. Les sociétés sont exactement ce qu’elles semblent être. Si tout le monde est investi, si tout le monde a l’impression d’en être, ça ne veut pas dire que tout le monde va gagner la même chose. Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura plus de capitalistes aventureux qui cherchent à avoir plus. Ce n’est pas chacun selon ses besoins ou quoi que ce soit de purement marxiste, mais que chacun sente que, si la société réussit, si lui-même réussit, il ne soit pas laissé pour compte. Et il n’existe aucune société occidentale aujourd’hui qui soit capable de maintenir cette exigence pour toute sa population.

Ainsi aux États-Unis, on assiste à un film d’épouvante. On observe une réduction du revenu familial, on constate un abandon des services publics basiques comme l’éducation, une éducation publique qui fonctionne correctement, j’entends. On voit les classes populaires traquées en raison d’une supposée guerre contre les drogues dangereuses (war on dangerous drugs) qui n’est en fait qu’une guerre contre les pauvres, qui nous a fait devenir la plus grande prison de l’histoire de l’humanité, aussi bien du point de vue du nombre absolu de gens incarcérés dans des prisons américaines, qu’au niveau du pourcentage de détenus parmi la population. Aucun autre pays sur la surface du globe n’incarcère autant de gens, surtout au rythme où nous le faisons. Nous sommes devenus différents de l’idée que nous avions du rêve américain, tout cela à cause de notre incapacité à partager, à envisager ne serait-ce qu’une impulsion socialiste.

6461733057_70fd0af1d7_zLe mot « socialisme » est un mot sale dans mon pays. Je dois placer cet avertissement au début de chacun de mes discours : « Oh au fait, je ne suis pas marxiste vous savez. » J’ai vécu le XXesiècle. Je ne crois pas qu’une économie d’État puisse être aussi viable que l’économie de marché pour produire de la richesse à grande échelle. Je ne le crois pas. Je suis entièrement convaincu que le capitalisme doit, au siècle prochain, être la voie qui génère de la richesse à grande échelle. C’est dit. Mais l’idée que le capitalisme ne soit pas assorti d’un contrat social, l’idée que la façon dont les bénéfices de ce capitalisme vont être distribués n’inclura pas tout le monde, dans la société, dans une mesure raisonnable, voilà qui m’ébahit.

Et donc le capitalisme est en train de s’autodétruire. Voici la fin étonnante de cette histoire, à moins que nous ne renversions la donne. À moins que nous prenions en compte le diagnostic de Marx, si ce n’est le remède qu’il propose, parce qu’il a su voir ce qui arriverait si le capital triomphe sans équivoque, s’il a tout ce qu’il veut. Ce que veut le capital, pour sûr, c’est la diminution du travail. Il voudrait que le travail soit diminué car le travail est coûteux. Et si le travail est diminué, transposé en termes humains, cela signifie que les êtres humains ont moins de valeur. À partir de là, à moins que nous renversions la donne, l’être humain moyen aura moins de valeur sur la planète Terre. À moins que nous tenions compte du fait que peut-être que le socialisme et une impulsion socialiste devraient être envisagées à nouveau ; il faut le marier, comme il a été marié dans les années 1930, dans les années 1940 et même dans les années 1950, à cet engin qu’est le capitalisme.

Prendre le capitalisme pour un cadre normatif à partir duquel construire une société, c’est une idée dangereuse, dans le mauvais sens du terme. Le capitalisme est une machine remarquable pour produire des richesses. C’est un outil fabuleux à avoir dans votre boîte à outils si vous cherchez à construire une société et à la faire avancer. Sans lui, pas facile d’aller de l’avant. Mais ce n’est pas un cadre normatif sur la manière de construire une société juste. Il y a d’autres paramètres, à côté de ce rapport trimestriel du profit.

« Si vous avez assisté à la débâcle sur quelque chose d’aussi élémentaire que la santé publique, imaginez l’inefficacité des Américains lorsqu’il s’agira de sujets vraiment compliqués, comme le réchauffement climatique. »

L’idée que le marché va résoudre des choses comme les préoccupations environnementales, nos divisions ethniques, nos distinctions de classe, nos problèmes pour éduquer et incorporer dans l’économie une génération de travailleurs après l’autre, alors que cette économie change ; l’idée que le marché va prendre en compte la dimension humaine tout en maximisant le profit est naïve. C’est une notion idiote et elle est encore et toujours défendue de manière passionnée dans mon pays, et nous sommes voués à l’échec. Cela me terrifie parce que je suis abasourdi de voir à quel point nous nous absolvons sans complexe de ce qui est, fondamentalement, un choix moral. Pourtant nous en pâtissons tous, n’est-ce pas ?

Si ces dernières années vous avez assisté à la débâcle et au combat sur quelque chose d’aussi élémentaire que la santé publique dans mon pays, imaginez l’inefficacité des Américains lorsqu’il s’agira de sujets vraiment compliqués, comme le réchauffement climatique. Nous ne pouvons même pas donner un système de santé de base à nos citoyens. Et l’argument se réduit à : « Au diable ce président socialiste ! Est-ce qu’il pense vraiment que je vais payer pour que les autres restent en bonne santé ? »

Vous pensez que c’est quoi, l’assurance maladie de groupe ? Vous savez, si vous posez la question à des gens : « Est-ce que vous avez une assurance santé là où vous travaillez ? » Et qu’ils répondent : « Oh oui, j’en ai une dans mon cabinet d’avocats… » Donc quand vous tombez malade, vous avez les moyens de payer un traitement. Vous avez accès au traitement parce qu’il y a assez de personnes dans votre cabinet d’avocats pour que vous puissiez avoir une assurance pour eux et qu’ils restent en bonne santé. Donc les tables actuarielles se mettent en marche, et vous tous, quand vous tombez malade, avez les ressources pour guérir parce que vous vous reposez sur la notion de groupe. Ouais. Et ils hochent la tête, et vous dites : « Mon frère, c’est du socialisme, vous savez que c’est ça. »

801 North Arlington, Baltimore, MD

Un immeuble de Baltimore.

Et… vous savez lorsque vous leur dites, OK, nous allons faire ce que vous faites pour votre cabinet d’avocats mais nous allons l’étendre aux trois cents millions d’Américains, ce qui rendra le système accessible à tous. Eh oui, cela veut dire que vous allez payer pour les autres mecs de la société, de la même manière que vous payez pour les autres dans le cabinet d’avocats… Leurs yeux deviennent vitreux. Vous savez qu’ils ne veulent pas l’entendre. C’est trop. C’est trop pour eux d’envisager l’idée que le pays entier pourrait être, en fait, connecté. Donc je suis ébahi d’être là, de nos jours, à dire qu’on devrait peut-être retourner à ce Marx dont nous nous moquons, si ce n’est pour ce qu’il prescrit, du moins pour sa description de ce qui peut advenir si on ne tempère pas l’autorité du capitalisme, si nous n’embrassons pas d’autres valeurs pour l’entreprise humaine.

« Tout cela n’est pas seulement dû à l’appartenance à un groupe ethnique particulier, mais à quelque chose de plus englobant. C’est dû à la classe. »

C’est de cela que parlait The Wire, en somme. Ça parlait de gens de peu de valeur, qui ne sont plus nécessaires, comme peut-être 10 ou 15 % de mon pays, à la marche de l’économie. Ça parlait d’eux, essayant de résoudre, car je ne trouve pas meilleur mot, une profonde crise existentielle. Dans leur inutilité, leur inutilité économique, ils étaient néanmoins toujours là, à occuper cet endroit qu’on appelle Baltimore, et ils allaient devoir vivre avec. C’est là un spectacle terrifiant. Qu’allons-nous faire de tous ces gens que nous avons marginalisés ? C’était moins problématique pour les autorités lorsqu’il ne s’agissait que d’une marginalisation ethnique, quand on faisait cela sur une base xénophobe et que c’était seulement les noirs des villes américaines qui rencontraient les taux les plus élevés de chômage, les taux les plus élevés d’addiction aux drogues, et qui avaient les systèmes éducatifs pourris et le manque d’opportunités.

Et il est assez intéressant, avec cette dernière récession, de voir l’économie hausser les épaules et commencer à mettre des personnes blanches, de classe moyenne, dans le même bateau. Ils sont devenus vulnérables à la guerre de la drogue, disons de la méthamphétamine, ou bien ils sont incapables de payer leurs frais d’université. Tout à coup, la foi des gens en la machine économique et en l’autorité économique de Wall Street, dans la logique de marché, a commencé à s’éroder. Ils se sont rendus comptes que tout cela n’est pas seulement dû à l’appartenance à un groupe ethnique particulier, mais à quelque chose de plus englobant. C’est dû à la classe. Êtes-vous tout en haut de la vague, ou dans son creux ?

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West Baltimore.

Comment arranger les choses ? En 1932, on a redistribué les cartes, une logique commune induisait que personne ne serait laissé sur le carreau. Nous allons nous en sortir. Nous allons ouvrir les banques. Des tréfonds de la dépression, un pacte fut élaboré entre les travailleurs, entre le travail et le capital, et autorisa les gens à avoir un peu d’espoir. Quand les choses iront vraiment mal, nous ferons pareil, ou nous continuerons comme ça, jusqu’à ce que tellement de gens soient mis à l’écart que quelqu’un va saisir une brique, parce que vous savez, quand les gens sont à bout, il y a toujours une brique à portée de main. J’espère que nous choisirons la première option, mais je perds la foi.

Une autre chose existait en 1932 qui n’est plus là aujourd’hui : dans mon pays, la volonté populaire pouvait, du moins en partie, être exprimée à travers le vote. Le dernier exploit du capitalisme — après avoir gagné toutes les batailles contre le travail, après avoir acquis l’autorité ultime, presque l’autorité morale ultime sur ce qui est une bonne idée et ce qui ne l’est pas, sur ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas —, la dernière aventure pour le capital, dans mon pays, a été d’acheter le processus électoral, le seul moyen de réforme qu restait aux Américains. Aujourd’hui, le capital a réellement acheté le gouvernement, comme le montre la débâcle de la réforme du système de santé et les cinq cents quarante millions de dollars qui ont été propulsés au Congrès, la branche la plus infectée de l’institution gouvernementale, pour que la volonté populaire n’émerge jamais au cours de ce processus législatif.

Donc je ne sais pas quoi faire si nous ne pouvons pas vraiment contrôler le gouvernement représentatif qui est censé exprimer la volonté du peuple. Même si nous commençons tous à penser ce que j’ai dit ici, je ne suis pas sûr que nous puissions encore avoir un impact comme nous en avons pu en avoir lors de la Grande Dépression. Donc peut-être saisirons-nous la brique. Mais je n’espère pas.

Source : ragemag.fr

 


Tag(s) : #Contre l'impérialisme
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