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Quand Jacques GENEREUX tente de justifier

le ralliement de Jean-Luc MELENCHON

à "l'Europe et à l'Euro"

 

    Descartes

 

  Un blog pour parler politique, économie, société, poésie...

  bref, tout ce qui doit intéresser le citoyen d'une république.

 

 

Samedi 8 octobre 2011

 

"Nous on peut", ou la mauvaise mémoire de Jacques Généreux

 

 

 EXTRAITS

 

Le but déclaré du livre est pourtant tout à fait respectable et fort pertinent: démontrer au lecteur que la plupart des "impossibles" que nos hommes et femmes politiques nous jettent à la figure en permanence ne sont pas des impossibilités réelles, mais résultent de règles et contraintes qu'on s'est imposés soi même et volontairement. Il utilise à ce propos une image pertinente, celle d'un enfant qui se mettrait lui même des menottes en plastique, qu'il peut briser lui même sans effort. Mais à partir de cette idée de départ Généreux construit un texte mal ficelé, construit pour une large part sur le régistre de l'imprécation, avec une argumentation faible qu'il remplace souvent par la répétition obsédante de quelques affirmations. Plus grave, cette construction est mise au service d'un plaidoyer pour l'Euro et pour l'Union Européenne qui copie le vieil argumentaire des fédérastes du PS.

 

D'abord la forme: c'est un texte court: 137 pages de texte, dont il faut soustraire une vingtaine de pages entre titre et préface de Jean-Luc Mélenchon. Un Mélenchon très présent dans le livre: non seulement par sa préface (dix pages de pur Mélenchon, sans surprises) mais aussi sur la couverture, avec une photo qui le présente en premier plan avec Généreux en second, et la préface annoncée en couverture et dans la quatrième de couverture, où il figure d'ailleurs en position de co-auteur du livre. Le livre est organisé en quatre parties. Une première qui introduit le livre ("Face à la rengaine de l'impuissance"), la seconde qui est plutôt de caractère explicatif et historique ("La politique gouverne toujours l'économie"), la troisième analyse la crise présente et se veut un manuel de gouvernement ("Comment gouverner face aux banques, face aux marchés et sans faire payer aux peuples la crise de la finance") et finalement la quatrième est un plaidoyer pour l'Europe et l'Ruro ("Faut-il sortir de l'Euro ? Comment s'affranchir de l'Eurlibéralisme sans sortir de l'Euro et de l'Union Européenne").

 

Première partie: une introduction sans nouveauté

 

L'introduction du livre commence avec un discours clairement souverainiste. Elle pose l'inanité du discours de "l'impuissance des Etats", et affirme l'idée d'un internationalisme fait de coopération d'Etats souverains. Il affirme combien la contestation de la souveraineté des Etats cache en fait un pessimisme sur la démocratie. Mais Généreux veut, comme il le fera dans les chapitres suivants, ménager la chèvre et le choux. Et du coup, il conclut cette partie par un appel à "sortir du traité de Lisbonne sans sortir de l'UE" ou de "s'affranchir du carcan néo-libéral (...) sans rejeter les acquis de cinquante ans de construction européenne" ("acquis" qu'il ne détaille pas, mais qui semblent en tout cas inclure l'Euro...).

 

Deuxième partie: les détours de la mémoire

 

La première partie est une tentative de faire l'histoire de la crise. Le problème, c'est que cette histoire est très superficielle. Pour Généreux, il y avait les "trente glorieuses". Et puis, au début des années 1980, sont arrivés les méchants néo-libéraux qui nous ont donné l'Europe que nous avons aujourd'hui, après avoir rasé sur leur passage les droits des travailleurs, les salaires, le service public. Le point faible de l'argumentation est que Généreux ne se demande jamais pourquoi le modèle des "trente glorieuses" s'est il épuisé, pourquoi les néo-libéraux ont pu prendre le pouvoir. Son explication se limite à "la victoire politique d'une nouvelle génération de gouvernants décidés à rompre avec tous les compromis de l'après guerre (p39)". Mais quelle "nouvelle génération", bon dieu! Reagan, le porte drapeau de cette "rupture", a plus de soixante-dix ans lorsqu'il est élu. Mitterrand a à peu près le même âge lorsqu'il est élu en 1981. Il faut dire que Généreux a une bien mauvaise mémoire, surtout lorsqu'il s'agit de se souvenir de certains détails. Ainsi par exemple, Généreux ne se souvient pas qui gouvernait la France dans les années 1980. Dans un texte où il fait référence à Reagan, Thatcher, à Jospin, à Schröder, à Blair... mais pas une seule fois à François Mitterrand. D'ailleurs, Généreux semble penser que dans les années 1980, c'étaient les néo-libéraux qui étaient au pouvoir en France: "en fait, les électeurs européens ont bien fini par chasser la droite néo-libérale par le vote... mais en vain. Après la dominante néo-libérale des années 1980 jusqu'au milieu des années 1990, ils ont clairement marqué leur désir d'une autre politique". Est-ce que Généreux a conscience que "au milieu des années 1990" les électeurs ont "clairement marqué leur désir de changement" en chassant le PS du pouvoir et en élisant Jacques Chirac ? Qui sont en France ces "néo-libéraux" qui ont dominé le pays pendant les années 1980 et début des années 1990 dont parle Généreux ?

 

Généreux admet par ailleurs que la gauche a trahi, en se ralliant au néo-libéralisme. Mais ce faisant, il fait là encore preuve d'amnésie. Car "la gauche" ne fut pas néo-libérale, du moins si l'on ne commet pas l'erreur habituelle de confondre "la gauche" et le Parti Socialiste. Or Généreux semble complètement oublier qu'une partie de la "gauche européenne" a voté contre Maastricht et refuse toute "conversion" néo-libérale.

 

Ces deux "oublis" ne sont pas, à mon avis, le fruit du hasard. Mélenchon l'a toujours dit: il est hors de question de faire un bilan critique de la période mitterrandienne. De lui, on dit du bien ou on ne dit rien. Jacques Généreux semble avoir compris que l'imitation est la forme la plus sincère de la flatterie, et c'est pourquoi il évite soigneusement de désigner Mitterrand, de la même manière qu'il noie le poisson Maastrichien en faisant comme si l'ensemble de la gauche avait voté le traité.

 

Troisième partie: comment gouverner ?

 

 Dans ce chapitre aussi on retrouve "l'oubli" de certaines pages d'histoire. Ainsi on peut lire que "le nouveau système installé par les néo-libéraux à partir des années 1980 a détruit les deux éléments qui avaient permis d'éviter le retour des crises, à savoir: la progression régulière des salaires et des revenus sociaux, et le stricte contrôle public des mouvements de capitaux et des marchés financiers"(p75). Diable, François Mitterrand, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Michel Rocard, Pierre Bérégovoy auraient-ils été des "néo-libéraux" ? Comment se fait-il qu'un jeune sénateur appelé Jean-Luc Mélenchon les ait indéfectiblement soutenus, alors ?

 

Là, j'avoue, j'ai commencé à décrocher. On trouve dans ce chapitre des analyses pertinentes, dont je dois dire que certaines, notamment sur le transfert des dettes privées vers la dette publique rejoignent les points de vue que j'ai présenté sur ce même blog. Mais Généreux tombe souvent dans le pêché de la démagogie, c'est à dire de répéter des affirmations qu'il sait fausses mais qu'il sait être partagées par son public. Ainsi, par exemple, il affirme que les stock-options sont un mode de rémunération "conçu pour inciter les dirigeant d'entreprises, les gestionnaires de fonds, à maximiser les profits immédiats (...)" (p76) (1).

 

Quatrième chapitre: sauver l'UE et l'Euro à tout prix

 

Ce dernier chapitre, qui semble en fait rajouté, est certainement le plus contradictoire du livre. Le problème est que l'auteur a apporté dans les analyses des chapitres précédents suffisamment d'éléments pour damner la politique européenne et la monnaie unique. Pour aboutir au contraire à la conclusion qu'il faut les sauver, il faut tordre les réalités à la limite de l'impensable.

 

La démonstration se fait en plusieurs étapes. La première est de démontrer qu'il est possible, si l'on change les règles de fonctionnement de l'UE et de l'Ero, de transformer ces deux institutions "libérales" pour leur donner un caractère "progressiste". Cela est assez évident pour ce qui concerne l'UE: si l'on pouvait réécrire les traités à sa guise, on pourrait parfaitement en faire un objet totalement différent de ce qu'elle est. C'est moins évident pour l'Euro, car il y a un certain nombre de conditions économiques qui doivent être remplies pour qu'une monnaie fonctionne. Or, ces conditions sont en fait celles du fédéralisme. Et Généreux de nous proposer finalement une monnaie fédérale: "solidarité budgétaire entre les états", "budget européen important", "mécanismes d'harmonisation des politiques sociales et fiscales".

 

En d'autres termes, Généreux nous ressert le vieux rêve fédéraliste qui était derrière le traité de Maastricht, et dont on contemple aujourd'hui les résultats. Le rêve fédéraliste ne peut fonctionner parce que l'Europe, contrairement aux Etats, ne constitue pas une communauté politique. Les européens, et la crise actuelle le montre d'une manière éclatante, ne se sentent pas membres d'une même nation, et ne regardent pas européen comme un autre moi-même. Ceci a une conséquence importante: alors que pour le parisien il est parfaitement normal de financer des transferts permanents vers les régions moins compétitives comme la Corse, il n'est nullement évident pour l'allemand de consentir le même sacrifice pour le grec. Dans ces conditions, la "solidarité budgétaire" est inconcevable et le "budget européen important" serait une machine de guerre dans les mains des technocrates.

 

Le scepticisme aujourd'hui très partagé auquel est confronté le projet fédéraliste oblige Généreux à mettre de l'eau dans son vin. Par ailleurs, il est conscient qu'il n'y a pas de majorité dans l'UE pour réexaminer les traités dans le sens qu'il propose. L'Europe fédérale de ses rêves ne viendra donc pas d'un accord européen. Faut trouver autre chose, et cette autre chose est l'idée qu'un pays peut, sans détruire l'UE et l'Euro, s'affranchir des "contraintes néolibérales" et donner un exemple que les autres ne pourront que suivre.

 

Pour cela, Généreux commence par essayer de démontrer que ce n'est pas nécessaire de restaurer une monnaie nationale pour mener une politique nationale autonome. Mais l'argument est faible:"l'argument le plus fort en faveur de la sortie de l'Euro est assurement lié à la possibilité de dévaluer pour corriger ainsi un déficit de compétitivité. Mais la longue expérience des dévaluations compétitives (de 1950 à 1980) montre l'efficacité hasardeuse d'une telle stratégie". Cette remarque contient deux erreurs. L'une est historique: la "longue expérience" de 1950 à 1980 montre au contraire une efficacité considérable. Les "trente glorieuses" se sont accompagnées d'une constante érosion du taux de change. Mais surtout, parler de "dévaluation compétitive" contient une prémisse cachée, celle de l'adoption d'un taux de change fixe. Si l'on adopte un change flottant, la parité s'adapte automatiquement à la compétitivité de l'économie. Il n'y a plus de "dévaluation" possible.

 

Pour le deuxième argument, la réponse est encore plus pitoyable: "Reste alors l'autre marge de manoeuvre supplémentaire offerte par une monnaie nationale: la conduite de la politique monétaire par les autorités nationales. C'est l'argument principal exploité par les nationalistes et donc, en France, par le Front National". La diabolisation, on y a recours en général quand on n'a pas de bons arguments, et on peut donc s'attendre à ce que la suite soit particulièrement faible. Et on n'est pas déçu. "L'attraction exercée par cet argument vient de l'ignorance des mécanismes élémentaires de la création monétaire (...)". Diable, si après avoir été traités de suppôts du Front National et d'ignorants il reste encore quelqu'un pour soutenir cet argument...

 

Mais quel est l'argument de fond que propose Généreux après ce festival de dénigrement ? Le voici: "Comme l'apprend un étudiant de première année en économie [encore une tentative de dénigrement des partisans de cette position], ce sont les banques ordinaires qui créent la monnaie en octroyant des crédits par un simple jeu d'écritures". Cet argument présente deux faiblesses. La première, c'est que - comme devrait l'apprendre un étudiant de première année, et à plus forte raison un professeur d'économie - les banques ne créent pas de al monnaie ex-nihilo, elles ne font que multiplier la monnaie émise par la banque centrale. Et que la valeur du multiplicateur, comme je l'ai expliqué dans un précédent papier, dépend précisément de la politique monétaire de la banque centrale. La possibilité d'avoir une politique monétaire nationale n'est pas aussi négligeable que Généreux fait semblant de le croire.

 

Donc, nous dit Généreux, pas la peine de sortir de l'Euro, on peut faire en restant. Même chose pour l'UE. Mais il faut impérativement, nous dit-il, sortir du traité de Lisbonne. Mais qu'est ce que cela veut dire exactement ? Pas dénoncer le

traité dans son ensemble (ce serait la sortie de l'UE), mais "s'affranchir des règles européennes qui imposent aux politiques un carcan néo-libéral". Et Généreux nous propose même une voie "légale" pour le faire, le recours au Compromis de Luxembourg: "En l'invoquant, le gouvernement français peut exiger une clause d'exception pour une liste déterminée de dispositions qui empêchent la mise en oeuvre du programme validé par les élections nationales".

 

Disons-le tout de suite, une telle interprétation du Compromis de Luxembourg est absurde. Le Compromis permet à un état européen d'invoquer l'atteinte à ses "intérêts vitaux" pour user d'un droit de veto lors d'un vote du conseil européen. Mais contrairement à ce que semble croire Généreux, il ne s'applique pas dispositions des traités, pas plus qu'on ne peut l'invoquer rétroactivement pour des décisions déjà prises. Le Compromis pourrait permettre à un gouvernement décidé de bloquer toute nouvelle décision, il ne pourrait en aucun cas empêcher l'application des décisions déjà acquises... Il ne faut donc pas rêver: si l'on veut sortir de Lisbonne, alors il faut dénoncer le traité, ce qui suppose une sortie de l'UE et de l'Euro.

 

En fait, Généreux a une confiance infinie dans la valeur de l'exemple. Pour lui, si la France "donnait l'exemple", les peuples se soulèverait pour la suivre. C'est d'ailleurs le sens de sa conclusion:

 

"Qu'un seul pays fasse la démonstration que cette alternative politique est possible par le seul vote de nouvelles lois, et la révolution démocratique peut l'emporter partout, dès lors que partout on sait qu'elle est vraiment possible".

 

Et la conclusion est proprement cristique: "Toi, qui le sais à présent, il ne te reste qu'a faire circuler la bonne nouvelle!".

 

La messe est dite,  Amen.

 

 

 

Tag(s) : #Europe

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