Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog


DE BATTRE MA GAUCHE S’EST ARRÊTEE

par 
Jean LEVY 

 

La campagne électorale se termine comme elle avait commencé : par des « petites phrases », des attaque personnelles, des mises en cause de tel ou tel candidat. Les médias relaient, avec une gourmandise non dissimulée, ces scories de la politique, dont ils constituent l’essentiel des « débats ». Les émissions de France Inter, par exemple, (bulletins d’informations, interviews des leaders, commentaires), sont consacrées grandement aux polémiques individuelles entre responsables de la « majorité » et de « l’opposition ».

Cela permet d’évacuer les problèmes vitaux des Français.

Ce n’est pas non plus pour déplaire à la droite comme à la gauche.

Prenons un exemple.

Plus de 80% des lois votées par l’Assemblée, des décrets pris par le pouvoir élyséen, ne sont que la traduction, en français, des directives prises par la Commission de Bruxelles, conformément aux orientations communes du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernements. Pour ceux qui en douteraient encore, les oukases de l’Union européenne vis-à-vis de la Grèce, la mise sous contrôle des finances de celle-ci, la « purge » infligée à son peuple, montrent qu’il n’existe plus de souveraineté des Etats. Et l’exemple hellène est brandi comme une menace visant d’autres pays, tels le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, et pourquoi pas la France…

 

Cette situation, juste avant les élections régionales, devrait conduire les dirigeants des différents partis à s’exprimer, face aux citoyens, dont ils sollicitent les suffrages. Cela devrait être l’occasion d’un débat national sur notre appartenance à l’UE, au maintien de l’Euro comme monnaie commune.

Nenni ! Pas un mot dans les médias, pas une phrase dans les professions de foi sur « l’Europe » ! Ni à droite, ni à « gauche », ni dans la bouche du Président, ni dans celles des responsables de l’arc-en-ciel politique.

 

Pour le voyageur venu d’autres continents, la chose doit paraître étrange.

A croire que pendant le temps de la campagne électorale, la France s’est « mise en congé » de l’Union européenne !

Mais pourquoi une telle attitude ?

La raison est simple : il faudrait que, face aux électeurs, chaque parti annonce la couleur : pour ou contre l’intégration de notre pays dans l’Union européenne, l’abandon ou non de l’indépendance nationale et de la souveraineté populaire.

Or, toutes les formations en lice ont approuvé la construction et l’intégration européennes, ou se sont ralliées à l’idée. Mieux, l’UMP comme le PS et les Verts prônent « un gouvernement économique européen », un FMI au niveau de notre continent, qui dicterait la loi du capital aux vingt-sept peuples de l’Union (comme le fait son grand frère de Washington, à l’échelle mondiale).

Mais tous attendent le lendemain des élections pour réaliser leur rêve.

Il serait malséant d’en faire juge les Français avant le scrutin.

Chacun, de Nicolas Sarkozy à Martine Aubry, se souvient du référendum de 2005.

Pas question de renouveler l’expérience : une seule fois suffit.

On comprend leur prudence.

Mais pourquoi le silence également du PCF et du Front de Gauche, comme du NPA ?

S‘ils avaient saisi l’occasion des élections régionales pour crier très fort la responsabilité de l’Union européenne dans les malheurs qui frappent notre peuple, s‘ils avaient appelé les électeurs à dire « NON à l’euro », « NON à l’intégration européenne », à travers leur bulletin de vote, nul doute que le Parti communiste français aurait rencontré un formidable écho dans la population et ouvert de véritables perspectives au désir profond de changement.

Les dirigeants du PCF n’ont pas choisi cette voie.

Au contraire, leur propagande ne fait aucune allusion à « l’Europe ».

L’horizon du parti communiste se borne à l’entente avec le Parti socialiste, seule chance, pense-t-il, de garder des élus. Aussi, il ne faut rien dire qui puisse fâcher l’allié de la rue Solferino.

Et même, en Ile-de-France, le Parti communiste doit fermer les yeux pour ne pas lire la profession de foi ultra européenne de Jean-Paul Huchon, le président socialiste de la région :

« Je me sens plus Européen que Français (…) Il m’est facile d’imaginer l’Europe directement branchée sur les régions, et les régions sur des communes regroupées par l’intercommunalité (…) Je n’ai pas d’attachement national (…) Je n’aurais aucune difficulté à vivre dans une patrie qui serait l’Europe avec une patrie secondaire qui serait la région (…) La Nation ? Je ne crois pas en son avenir ».*

 

Pourtant de tels propos auraient pu animer la campagne. Mieux que les misérables ragots de ruisseau échangés entre supporters, en mal d’arguments.

 

* Jean-Paul Huchon « De battre ma gauche s’est arrêtée » Pages 142-143

Tag(s) : #Politique
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :