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Remarques

sur les médias du 21 mars

de Philippe Arnaud 
Chers tous,

Il me semble curieux qu'aucun journaliste, à propos de l'actuelle guerre menée contre la Libye, n'ait eu l'idée de rappeler une guerre semblable, qui a eu lieu, il y a quelques années, dans ces parages, et qui me semble présenter quelques similitudes : la guerre aérienne contre la Serbie, du 26 mars au 8 juin 1999.

1. Dans les deux cas, il s'agit d'une guerre qui s'est déroulée dans le bassin méditerranéen, à peu près au centre de celui-ci, sur la rive nord pour la première, sur la rive sud pour la seconde.

2. Dans les deux cas, le motif invoqué est le massacre de populations civiles, à l'intérieur d'un Etat donné, par le dirigeant de cet Etat, Slobodan Milosevic lors de la guerre de 1999, et Mouammar  Kadhafi lors de la présente guerre.

3. Dans les deux cas, le dirigeant en question a été diabolisé par une campagne médiatique non seulement comme dictateur mais aussi comme massacreur, et ce sans que des données précises aient été fournies sur l'ampleur des susdits massacres (qui, dans le cas du Kosovo, non seulement se sont avérés bien moindres que la propagande ne l'avait claironné, mais ont même été partagés).

4. Dans les deux cas, les puissances engagées ont été les mêmes. En 1999, c'était l'OTAN tout entière qui participait aux frappes. En 2011, l'OTAN n'apparaît pas en tant que telle, mais les pays participants sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Italie, la Belgique, le Danemark, la Norvège, l'Espagne, le Canada, la Grèce, c'est-à-dire tous des membres de l'OTAN, parmi lesquels les trois qui ont les plus fortes armées de l'air de l'Alliance. L'OTAN, qui n'est pas à la tête des opérations, est néanmoins disposée à venir en soutien. [Symboliquement, il y a une participation de la Belgique, dont le sol abrite le siège de l'OTAN]. On notera néanmoins l'absence de deux membres de taille de l'Alliance : celles de l'Allemagne et de la Turquie.

5. Dans les deux cas, la guerre est purement aérienne, les belligérants n'ayant pas voulu (en 1999) exposer leurs troupes au sol, en Serbie, pour risquer de perdre des effectifs contre un adversaire qui s'était préparé depuis 1945 à une guerre de guérilla, en 2011, pour ne pas apparaître, aux yeux de l'opinion des pays arabes (et musulmans), encore plus comme des envahisseurs d'un pays musulman [après les engagements en Afghanistan et en Irak].

6. Dans les deux cas, les opérations sont menées principalement, d'une part depuis l'Italie, qui est le pays de l'Alliance le plus proche (jadis à l'ouest, aujourd'hui, au nord) du théâtre des opérations, et, d'autre part, depuis des navires (porte-avions, croiseurs, frégates, sous-marins) positionnés en Méditerranée. [On peut même imaginer que les schémas et plans d'opérations mis en oeuvre en 1999 aient resservi en 2011].

7. Dans les deux cas, les Américains ont frappé directement depuis leur territoire en utilisant leurs bombardiers B2 Spirit à long rayon d'action, ainsi que des missiles de croisière Tomahawk.

8. Dans les deux cas, les frappes aériennes, qui étaient censées protéger des populations civiles dans un lieu bien déterminé (le Kosovo lors de la guerre de 1999, la région de Benghazi en 2011) ont frappé d'emblée l'ensemble du territoire réputé ennemi, y compris sa capitale et y ont visé l'ensemble des infrastructures militaires (voire civiles, lorsque celles-ci peuvent servir aux opérations militaires), avec risque de commettre des bavures contre les populations civiles.

9. Dans les deux cas, la guerre se caractérise par une énorme dissymétrie dans l'importance de l'arme employée, l'aviation. Pas plus la Serbie de 1999 que la Libye de 2011 n'ont une aviation qui représente plus que quelques infimes fractions de celle de l'attaquant. [Ce qui explique peut-être et cette attaque et la forme de l'attaque].

10. Dans les deux cas, en dépit des justifications invoquées (protéger des populations civiles) ce qui est visé, c'est bien le dirigeant lui-même (Slobodan Milosevic et Mouammar Kadhafi) qui est visé, soit au sens propre, militaire, du terme, soit en tant que chef d'un pouvoir qu'on cherche à éliminer. Ici, en 2011, ce qui est recherché, c'est carrément qu'une future Libye soit de nouveau accueillante aux Occidentaux, comme elle l'était sous le roi Idriss de Libye avant 1969.

11. Dans les deux cas, au-delà du pays concerné, une autre cible est visée indirectement : en 1999, c'était la Russie (pour lui signifier qu'elle ne pourrait s'implanter dans les Balkans), en 2011, c'est tout à la fois les opinions arabes libérales - pour leur dire que les Occidentaux peuvent accompagner les mouvements de libération et ne pas être uniquement les soutiens de dictateurs - mais aussi les dirigeants arabes, pour les conforter dans l'idée que ces mêmes Occidentaux contiendront les "révolutions" dans certaines limites.

12. Dans les deux cas, un éventuel succès peut amener la possibilité pour l'Alliance dans le territoire vaincu (au Kosovo et en Albanie pour la guerre de 1999, en Libye en 2011).

Je vous saurais gré de vos précisions, rectifications, compléments et critiques.

Bien à vous
Philippe Arnaud,
AMD Tours


Tag(s) : #Pages d"écriture
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