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drapeau-Syrie

 

Antoine Sfeir (*)


La France, dont la force dans cette région était de parler avec tout le monde, ne parlait plus avec les Syriens. Elle ne parlait déjà plus avec l'Iran, pourtant puissance régionale incontestée, alliée de la Syrie et contrôlant le Hezbollah au Liban. Elle ne parle plus avec une partie des Libyens, certaines tribus et régions s'accrochant à l'ancien régime tandis que le nouveau tarde à « récompenser » les pays qui l'ont installé ! La France ne parle pas souvent avec l'Algérie dans un perpétuel jeu du « je t'aime moi non plus ». Elle a du mal à parler avec les Irakiens. Elle a du mal à établir un dialogue avec l'Égypte, nouvelle tombée dans l'escarcelle des Frères musulmans. 

 

 

Pourquoi la France est-elle impuissante - sinon absente - face aux événements de Syrie ? Certes, le ministre des Affaires étrangères et le président français s'égosillent à demander le départ d'Assad. En vain. Soutenu par la Russie, l'Iran et la Chine, le régime syrien se maintient et semble gagner du terrain sur les insurgés.Ces derniers, pourtant, sont régulièrement alimentés en armes, en hommes et en matériel par le Qatar et l'Arabie saoudite, qui appuient partout où ils le peuvent les salafistes aussi bien que les islamistes, faisant passer ces derniers pour des modérés aux yeux de l'opinion publique.

 


À l'Onu, Russes et Chinois rendent un fier service aux Occidentaux en opposant régulièrement leur veto à toute résolution laissant poindre une intervention internationale en Syrie. Serions-nous prêts à envoyer nos soldats, avions et navires de guerre en Méditerranée ? L'armée syrienne est loin d'être aussi inefficace que l'armée libyenne.

 


Aujourd'hui, la Libye est déchirée entre tribus et régions qui veulent toutes une part du gâteau. La situation en Syrie est différente : mosaïque d'ethnies - Circassiens, Turkmènes, Kurdes - et de religions - chrétiens rattachés ou séparés de Rome, sunnites (majoritaires), chiites alaouites, druzes ou chiites ismaéliens - le pays est menacé d'éclatement, à l'instar de l'Irak. Tout cela n'explique pas toutefois l'impuissance de la France, hier encore puissance de référence au Levant.

 


En février 2005, lors du tragique assassinat de Rafic Hariri, ancien président du Conseil du Liban, Jacques Chirac, qui connaît pourtant bien la région, s'était laissé emporter par l'émotion et la passion causées à juste titre par la perte d'un « ami » très « cher », accusant immédiatement les Syriens d'être les commanditaires de l'attentat. Peut-être ! Sans doute ! Mais l'enquête n'avait pas encore commencé !

 


La France, dont la force dans cette région était de parler avec tout le monde, ne parlait plus avec les Syriens. Elle ne parlait déjà plus avec l'Iran, pourtant puissance régionale incontestée, alliée de la Syrie et contrôlant le Hezbollah au Liban. Elle ne parle plus avec une partie des Libyens, certaines tribus et régions s'accrochant à l'ancien régime tandis que le nouveau tarde à « récompenser » les pays qui l'ont installé ! La France ne parle pas souvent avec l'Algérie dans un perpétuel jeu du « je t'aime moi non plus ». Elle a du mal à parler avec les Irakiens. Elle a du mal à établir un dialogue avec l'Égypte, nouvelle tombée dans l'escarcelle des Frères musulmans. Elle a perdu son rôle, sa crédibilité et l'efficacité de ses médiations.

 


Mais plus que tout cela, la France protectrice des chrétiens dans les anciennes provinces de l'Empire ottoman depuis François Ier se voit désormais contestée avec succès dans ce rôle par Vladimir Poutine. Le « Tsar russe » ne cache pas son ambition de prétendre être désormais le défenseur des chrétiens d'Orient. À travers la diplomatie de l'État russe, mais également celle de l'orthodoxie et des popes.


Selon un adage levantin, il n'y a pas de guerre possible au Proche-Orient sans l'Égypte et il n'y a pas de paix possible sans la Syrie. Certains n'hésitaient pas à ajouter qu'il ne pouvait y avoir de stabilité sans une présence française, rempart contre les velléités hégémoniques anglo-saxonnes.

 

Cette sentence ferait-elle déjà partie du passé ?

 


Antoine Sfeir

 

(*) Journaliste, directeur des Cahiers de l'Orient, président du Centre d'études et de réflexion sur le Proche-Orient.


Editorial du vendredi 31 aout 2012 


Tag(s) : #Contre l'impérialisme
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