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COMITE VALMY

Tunisie :
le retour des caciques 
par Ahmed Halfaoui

mercredi 29 octobre 2014, par Comité Valmy

 


Tunisie : le retour des caciques


Si la Tunisie n’a pas sombré dans le chaos, ce n’est sûrement pas de la faute des puissances atlantistes. Bien au contraire, elles ont été prises de court par un mouvement qu’elles n’ont pas vu venir malgré leurs ONG et leurs " militants des droits de l’homme ". C’est même ce qui les a obligées à s’empresser d’intervenir en Libye d’abord, et en Syrie ensuite. Elles ont dû avoir des sueurs froides, surtout que l’Egypte a aussi bougé sans crier gare. Aujourd’hui, elles doivent souffler.

 

Tout est bien qui finit bien pour leurs intérêts. En Egypte, même si leurs poulains, les Frères musulmans ont été éliminés du pouvoir, la succession ne dérange pas outre-mesure la géostratégie en place. En Tunisie, non seulement les Frères restent sur la scène, mais ce sont les caciques du régime Habib Bourguiba - Zine El Abidine Ben Ali qui prennent les rênes du pays.

 

Cela, avec un bonus. C’est par la voix des urnes que le système est installé. Béji Caïd Essebsi, affectueusement appelé Bejbouj par ses troupes, qui après avoir gagné aux élections législatives, est quasiment assuré d’être investi à la tête de l’Etat, à la prochaine présidentielle. Quoi de plus satisfaisant, que ce soit celui-là qui est venu à Deauville, en mai 2011, en tant que Premier ministre, avec sous le bras le programme économique dicté par le FMI à Ben Ali pour le présenter aux membres du G8.

 

Une petite déception, peut être.
Les Frères auraient certainement mieux fait l’affaire, en étant en pole position au lieu de cohabiter.
Mais qu’à cela ne tienne, l’essentiel est sauvé. Pour le moment. Du moins tant que les Tunisiens utilisent la démocratie et ne soient pas tentés, un jour ou l’autre, de se poser des questions sur la nature de ceux qu’ils ont portés au pouvoir.

 

Des questions qui reposeront, à n’en point douter, sur le bilan de leur " révolution ", puisqu’il faut l’appeler ainsi, et qui peuvent avoir pour réponse une répétition de ce que Ben Ali a connu. En attendant, ce sera le débat sur la " victoire " des " modernistes " sur les " obscurantistes " ou des " laïcs " sur les " religieux " qui va faire florès dans les médias. Pendant que, dans les coulisses, ont commencé, il y a bien longtemps, les tractations entre Ennahdha et Nida Tounès, sous la houlette discrète des Occidentaux, en prévision de l’alliance nécessaire autour des enjeux fondamentaux, que représente la préservation du système en place.

 

Pour ce faire, il n’y a pas de recette miracle. Ou bien seront reconduit les dénis économiques et sociaux qui ont provoqué l’insurrection, ce qui est plus que probable, ou bien sera abandonné le néolibéralisme en vogue, grâce à une " transition économique ", une vraie, ce dont on ne peut que douter. A moins qu’un miracle planétaire intervienne, qui verra une reprise économique à même de laisser espérer que l’économie tunisienne puisse en profiter, de façon à absorber le chômage, à réduire le nombre d’exclus et à apaiser la scène sociale.

 

Nous en sommes loin, très loin. Les analystes viendront dire que la démocratie a besoin que l’économie la soutienne, jamais que la démocratie doit obéir au mandat donné.

 

Ahmed Halfaoui

Tag(s) : #international
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