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Le Blog d'Olivier Berruyer 

 

10
Mar
2014

Suite de notre série sur l’Ukraine

6 février 2014 : Écoutes téléphoniques :

l’arroseur arrosé…

Amusant, il n’y a pas que la NSA qui intercepte les communications, évidemment…

Victoria Nuland est la sous-secrétaire d’État pour l’Europe et l’Eurasie d’Obama (sous-ministre des affaires étrangères, donc).

Elle a été la conseillère principale de politique étrangère du républicain Dick Cheney. Elle est également l’épouse du néo-conservateur Robert Kagan, instigateur du projet impérial pour un Nouveau siècle américain. Pour Kagan, l’UE est impuissante car sous l’emprise de Vénus, déesse de la paix, mais fort contente que les Etats-Unis fassent le sale boulot de Mars (dieu de la guerre). Ambassadrice américaine à l’OTAN, Mme Nuland avait exigé, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, l’application de l’article 5 de la Charte atlantique obligeant les États membres de l’OTAN à partir en guerre avec George Bush junior contre le terrorisme mondial. C’est dans ce but qu’elle a plaidé auprès de Nicolas Sarkozy pour accélérer le retour de la France dans l’OTAN.

Elle avait déjà indiqué le 13 décembre 2013 dans une réunion “Ukraine in Washington 2013″ que les États-Unis dépensaient beaucoup d’argent pour l’Ukraine – 5 milliards de dollars ! :

“Since Ukraine’s independence in 1991 the United States has supported Ukrainians as they built democratic skills and institutions, as they promoted civic participation and good governance,” Nuland said. “We’ve invested overfive billion dollars to assist Ukraine’s in needs and other goals”.

Voici ici l’enregistrement de l’interception d’une conversation téléphonique autour du 25 janvier 2014 entre l’ambassadeur américain en Ukraine Geoffrey Pyatt et Victoria Nuland, très probablement réalisé par la NSA russe :

NB. réaction américaine – euh – hallucinante ! : les États-Unis accusent la Russie d’espionnage par le biais du porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, pour qui le fait que la conversation ait été “diffusée sur Twitter par le gouvernement russe est significatif du rôle de la Russie”. Le département d’Etat a pour sa part été plus direct, estimant que les méthodes de la Russie étaient “tombées bien bas“…

Cet enregistrement audio révèle donc comment celle-ci a tenté, en coordination avec l’ambassadeur américain en Ukraine Geoffrey Pyatt, d’imposer au gouvernement ukrainien les candidats de l’opposition de leur choix.

Tout comme Catherine Ashton et le sénateur John McCain, Mme Nuland n’hésite pas à se rendre régulièrement en Ukraine pour y distribuer des petits pains et des gâteaux aux manifestants de l’opposition.

Dans sa conversation téléphonique avec l’ambassadeur américain, Nuland s’exprime au passage en termes très peu diplomatiques sur l’incapacité de l’Union européenne, pourtant une puissance alliée des Etats-Unis, à s’imposer, où elle lance le désormais fameux : “Fuck the EU” ! (que l’UE aille se faire foutre !), des propos pour lesquels elle a dû présenter des excuses (à l’UE…).

Nuland informe Pyatt qu’elle a évoqué son plan avec le sous-secrétaire des Nations unies pour les Affaires politiques Jeffrey Feltman, un ancien du département d’État américain, qui devait nommer un représentant de l’ONU pour promouvoir l’accord envisagé par elle. Le vice-président américain Joe Biden devait également être mobilisé pour promouvoir son choix.

L’intervention de Nuland a lieu peu après la proposition formulée le 25 janvier par le gouvernement ukrainien offrant des postes ministériels à deux figures de l’opposition : le boxeur Vitali Klitschko de l’Alliance démocratique ukrainienne pour la réforme (UDAR) (mis de l’avant par les Britanniques et les Européens) et Arseni Iatseniouk du Front pour le changement, qui est en alliance avec Ioulia Tymochenko, emprisonnée depuis 2011.

Nuland prétend que si l’on permettait à Klitschko de devenir vice-Premier ministre, comme le lui avait proposé le président ukrainien Ianoukovitch, les choses se passeraient mal avec Iatseniouk, son choix préféré comme chef du nouveau gouvernement :

Je ne pense pas que Klitsch [le surnom qu’elle donne à Klitschko] devrait entrer au gouvernement. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. (…) Je pense que Yats [surnom de Iatseniouk] est le gars qui a l’expérience en économie, l’expérience de gouvernement (…) Ce dont on a besoin, c’est que Kiltsch et Tiahnybok [Oleh Tiahnybok est le chef du parti néo-nazi Svoboda] soient à l’extérieur ; Iatseniouk a besoin de leur parler quatre fois par semaine, tu sais. Je pense que si Klitsch entre au gouvernement, il sera au même niveau opérationnel que Iatseniouk, ça ne marchera tout simplement pas.

L’ambassadeur Pyatt demande ensuite : « Voulez-vous qu’on arrange un appel téléphonique avec lui ? » A quoi répond Nuland : « J’avais compris que Yats allait offrir dans ce contexte une conversation 3+1 ou 2+1 avec toi. C’est bien cela que tu avais compris ?

Voici donc les trois soi-disant chefs des trois soi-disant partis de l’opposition « ukrainienne » en train de coordonner directement leur coup d’Etat via des appels-conférence avec la représentante personnelle de Barack Obama et l’ambassadeur américain en Ukraine !

Juste avant que n’éclate au grand jour ces manœuvres impériales, Sergeï Glaziev, le conseiller du président russe Vladimir Poutine pour les affaires eurasiatiques, révélait dans le journal russeKommersant que les Etats-Unis financent et entraînent l’opposition armée en Ukraine et que ceci contrevient à l’accord de 1994 entre la Russie et les Etats-Unis sur le respect de la souveraineté ukrainienne.

Nous devons rappeler le Mémorandum de Budapest de 1994 sur les garanties en matière de sécurité, adopté dans le cadre de l’adhésion de l’Ukraine au Traité de non prolifération nucléaire. Toutes les parties se sont engagées à protéger l’intégrité territoriale de l’Ukraine. En vertu de cet accord, la Russie et les Etats-Unis sont les garants de la souveraineté de l’Ukraine ainsi que de son intégrité territoriale et, à franchement parler, sont obligés d’intervenir [de manière conjointe, ndlr] lorsque ce type de conflit émerge. Ce que les Américains sont cependant en train de faire, de manière unilatérale et en s’ingérant cruellement dans les affaires intérieures de l’Ukraine, est une violation claire de ce traité. L’accord vise des garanties collectives et une action collective.

Glaziev ajoute que selon ses informations, « des sources américaines dépensent quelque 20 millions de dollars par semaine pour financer l’opposition et les insurgés. »

Quant aux propos de l’ambassadeur américain en Ukraine Jeffrey Pyatt, qui se dit à « 100 % certain » que l’Ukraine signerait l’Accord d’Association avec l’UE, Glaziev fait remarquer qu’il est assez étrange de constater qu’un ambassadeur d’un pays étranger puisse « déclarer avec certitude que l’Ukraine va signer l’accord, comme s’il pouvait, mieux que les dirigeants ukrainiens, décider de la question. Mais les dirigeants ukrainiens ont décidé de ne pas signer cet accord contre nature car ce document est une feuille de route vers la catastrophe. »

Voici la transcription (si quelqu’un a la gentillesse de traduire les commentaires, ce serait génial – merci) 

 

Here is a transcript, with analysis by BBC diplomatic correspondent Jonathan Marcus:

Warning: This transcript contains swearing.

Voice thought to be Nuland’s: What do you think?

  • Jonathan Marcus: At the outset it should be clear that this is a fragment of what may well be a larger phone conversation. But the US has not denied its veracity and has been quick to point a finger at the Russian authorities for being behind its interception and leak.

Voice thought to be Pyatt’s: I think we’re in play. The Klitschko [Vitaly Klitschko, one of three main opposition leaders] piece is obviously the complicated electron here. Especially the announcement of him as deputy prime minister and you’ve seen some of my notes on the troubles in the marriage right now so we’re trying to get a read really fast on where he is on this stuff. But I think your argument to him, which you’ll need to make, I think that’s the next phone call you want to set up, is exactly the one you made to Yats [Arseniy Yatseniuk, another opposition leader]. And I’m glad you sort of put him on the spot on where he fits in this scenario. And I’m very glad that he said what he said in response.

  • Jonathan Marcus: The US says that it is working with all sides in the crisis to reach a peaceful solution, noting that “ultimately it is up to the Ukrainian people to decide their future”. However this transcript suggests that the US has very clear ideas about what the outcome should be and is striving to achieve these goals. Russian spokesmen have insisted that the US is meddling in Ukraine’s affairs – no more than Moscow, the cynic might say – but Washington clearly has its own game-plan. The clear purpose in leaking this conversation is to embarrass Washington and for audiences susceptible to Moscow’s message to portray the US as interfering in Ukraine’s domestic affairs.

Nuland: Good. I don’t think Klitsch should go into the government. I don’t think it’s necessary, I don’t think it’s a good idea.

Pyatt: Yeah. I guess… in terms of him not going into the government, just let him stay out and do his political homework and stuff. I’m just thinking in terms of sort of the process moving ahead we want to keep the moderate democrats together. The problem is going to be Tyahnybok [Oleh Tyahnybok, the other opposition leader] and his guys and I’m sure that’s part of what [President Viktor] Yanukovych is calculating on all this.

Nuland: [Breaks in] I think Yats is the guy who’s got the economic experience, the governing experience. He’s the… what he needs is Klitsch and Tyahnybok on the outside. He needs to be talking to them four times a week, you know. I just think Klitsch going in… he’s going to be at that level working for Yatseniuk, it’s just not going to work.

Pyatt: Yeah, no, I think that’s right. OK. Good. Do you want us to set up a call with him as the next step?

Nuland: My understanding from that call – but you tell me – was that the big three were going into their own meeting and that Yats was going to offer in that context a… three-plus-one conversation or three-plus-two with you. Is that not how you understood it?

Pyatt: No. I think… I mean that’s what he proposed but I think, just knowing the dynamic that’s been with them where Klitschko has been the top dog, he’s going to take a while to show up for whatever meeting they’ve got and he’s probably talking to his guys at this point, so I think you reaching out directly to him helps with the personality management among the three and it gives you also a chance to move fast on all this stuff and put us behind it before they all sit down and he explains why he doesn’t like it.

Nuland: OK, good. I’m happy. Why don’t you reach out to him and see if he wants to talk before or after.

Pyatt: OK, will do. Thanks.

Nuland: OK… one more wrinkle for you Geoff. [A click can be heard] I can’t remember if I told you this, or if I only told Washington this, that when I talked to Jeff Feltman [United Nations Under-Secretary-General for Political Affairs] this morning, he had a new name for the UN guy Robert Serry did I write you that this morning?

  • Jonathan Marcus: An intriguing insight into the foreign policy process with work going on at a number of levels: Various officials attempting to marshal the Ukrainian opposition; efforts to get the UN to play an active role in bolstering a deal; and (as you can see below) the big guns waiting in the wings – US Vice-President Joe Biden clearly being lined up to give private words of encouragement at the appropriate moment.

Pyatt: Yeah I saw that.

Nuland: OK. He’s now gotten both Serry and [UN Secretary General] Ban Ki-moon to agree that Serry could come in Monday or Tuesday. So that would be great, I think, to help glue this thing and to have the UN help glue it and, you know, Fuck the EU.

  • Jonathan Marcus: Not for the first time in an international crisis, the US expresses frustration at the EU’s efforts. Washington and Brussels have not been completely in step during the Ukraine crisis. The EU is divided and to some extent hesitant about picking a fight with Moscow. It certainly cannot win a short-term battle for Ukraine’s affections with Moscow – it just does not have the cash inducements available. The EU has sought to play a longer game; banking on its attraction over time. But the US clearly is determined to take a much more activist role.

Pyatt: No, exactly. And I think we’ve got to do something to make it stick together because you can be pretty sure that if it does start to gain altitude, that the Russians will be working behind the scenes to try to torpedo it. And again the fact that this is out there right now, I’m still trying to figure out in my mind why Yanukovych (garbled) that. In the meantime there’s a Party of Regions faction meeting going on right now and I’m sure there’s a lively argument going on in that group at this point. But anyway we could land jelly side up on this one if we move fast. So let me work on Klitschko and if you can just keep… we want to try to get somebody with an international personality to come out here and help to midwife this thing. The other issue is some kind of outreach to Yanukovych but we probably regroup on that tomorrow as we see how things start to fall into place.

Nuland: So on that piece Geoff, when I wrote the note [US vice-president's national security adviser Jake] Sullivan’s come back to me VFR [direct to me], saying you need [US Vice-President Joe] Biden and I said probably tomorrow for an atta-boy and to get the deets [details] to stick. So Biden’s willing.

Pyatt: OK. Great. Thanks.

  • Jonathan Marcus: Overall this is a damaging episode between Washington and Moscow. Nobody really emerges with any credit. The US is clearly much more involved in trying to broker a deal in Ukraine than it publicly lets on. There is some embarrassment too for the Americans given the ease with which their communications were hacked. But is the interception and leaking of communications really the way Russia wants to conduct its foreign policy ? Goodness – after Wikileaks, Edward Snowden and the like could the Russian government be joining the radical apostles of open government? I doubt it. Though given some of the comments from Vladimir Putin’s adviser on Ukraine Sergei Glazyev – for example his interview with the Kommersant-Ukraine newspaper the other day – you don’t need your own listening station to be clear about Russia’s intentions. Russia he said “must interfere in Ukraine” and the authorities there should use force against the demonstrators.

En VF :

Dans cette conversation, elle donne, dans un anglais trivial, instruction pour répondre à la proposition faite par le président Ianoukovytch de laisser l’opposition constituer un gouvernement. Il faut, selon elle, placer Arseni Iatseniouk, maintenir Wladimir Klitschko hors jeu, et écarter le leader nazi Oleh Tyahnybok qui devient encombrant.

Au passage, on apprend que l’ancien diplomate états-unien, Jeffrey Feltman, aujourd’hui secrétaire général adjoint des Nations Unies, nomme qui il veut à l’Onu et utilise cette organisation pour donner un vernis légal aux actions secrètes des USA. En l’occurrence, il a pu nommer comme représentant de l’Onu, le Néerlandais Robert Serry, ancien responsable des « opérations » de l’Otan.

En définitive, les choses ne sont pas passées comme prévues et l’opposition n’a pas formé de gouvernement.

Victoria Nuland : Que pensez-vous ?

Geoffrey R. Pyatt : Je pense que nous jouons. La pièce Klitchko est évidemment l’électron le plus compliqué ici, en particulier le fait qu’on l’ait annoncé comme vice-Premier ministre. Vous avez vu mes notes sur la difficulté du mariage en ce moment, nous essayons d’obtenir une lecture très rapide pour savoir s’il fait partie de l’équipe. Mais je pense que votre raisonnement à son sujet, que vous aurez besoin de lui dire —je pense que c’est le prochain coup de téléphone que vous souhaitez organiser— est exactement celui que vous avez fait à Yats [surnom de Iatseniouk]. Je suis heureux que vous l’ayez mis sur la sellette (…) Il s’inscrit dans ce scénario. Et je suis très heureux qu’il a dit ce qu’il a dit.

Victoria Nuland : Bon. Je ne pense pas que Klitsch [surnom de Klitschko] devrait être dans le gouvernement. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire, je ne pense pas que ce soit une bonne idée .

Geoffrey R. Pyatt : Oui, je veux dire… je suppose… Pour ce qui est de sa non-participation au gouvernement, je serais d’avis de le laisser en dehors pour qu’il se consacre à ses obligations politiques. Je ne fais que réfléchir, pour trier les options pour avancer, nous voulons garder ensemble les démocrates modérés. Le problème sera avec Tyahnybok et ses gars. Et, vous savez, je suis sûr que cela fait partie du calcul de Ianoukovytch.

Victoria Nuland : Je pense Yats, c’est le gars. Il a de l’expérience économique et de l’expérience de gouverner. C’est le gars. Vous savez, ce qu’il a besoin, c’est que Klitsch et Tyahnybok restent à l’extérieur. Nous aurons besoin de leur parler quatre fois par semaine. Vous savez, je pense juste que si Klitchko entre, il va devoir travailler à ce niveau avec Iatseniouk, c’est juste que ça ne va pas marcher…

Geoffrey R. Pyatt : Ouais, ouais , je pense que c’est vrai. Ok , bon. Souhaitez-vous que nous organisions un appel avec lui comme prochaine étape ?

Victoria Nuland : Ma conception de l’appel dont vous parlez, c’est que les trois grands participent à leur propre réunion et que Yats leur propose dans ce contexte. Vous le savez, une conversation « trois plus un » ou « trois plus deux » si vous participez. C’est ainsi que vous le comprenez ?

Geoffrey R. Pyatt : Non, je pense que c’est ce qu’il a proposé, mais connaissant leur dynamique interne lorsque Klitchko était le chien dominant, il va prendre son temps avant de se pointer à une de leurs réunions et doit déjà être en train de parler à ses gars. Donc je pense que si vous vous adressiez directement à lui, cela aiderait à faire de la gestion de personnalités parmi les trois. Cela vous donne également une chance d’agir vite sur tout cela et nous permettra d’être derrière avant qu’ils s’assoient et qu’il explique pourquoi il n’est pas d’accord.

Victoria Nuland : Ok. Bon. Je suis heureuse. Pourquoi ne le contacteriez-vous pas pour voir si il veut parler avant ou après.

Geoffrey R. Pyatt : Ok, je vais le faire. Merci.

Victoria Nuland : Je ne me souviens pas si je vous ai dit ou si je n’en ai parlé qu’à Washington : quand j’ai parlé à Jeff Feltman ce matin, il avait un nouveau nom pour le type de l’ONU : Robert Serry. Je vous ai écrit à ce sujet ce matin.

Geoffrey R. Pyatt : Oui, j’ai vu cela.

Victoria Nuland : Ok. Il a obtenu aujourd’hui, à la fois de Serry et de Ban Ki-moon, que Serry vienne lundi ou mardi. Ce serait formidable, je pense, ça aiderait à souder ce projet et d’avoir l’aide de l’ONU pour le souder et, vous savez quoi, de baiser l’Union européenne.

Geoffrey R. Pyatt : Non, exactement. Et je pense que nous devons faire quelque chose pour le faire coller à nous, parce que vous pouvez être sûre que s’il commence à prendre de l’altitude, les Russes vont travailler dans les coulisses pour essayer de torpiller. Et encore une fois le fait que c’est sur la place publique en ce moment, dans ma tête, je suis encore à essayer de comprendre pourquoi Ianoukovytch (…) ça. En attendant, il y a actuellement une réunion d’un courant du Parti des Régions et je suis sûr qu’il y a un débat très animé dans ce groupe à ce sujet. Mais de toute façon , nous pourrions faire tomber la crêpe du bon côté si nous nous agissons rapidement. Alors laissez- moi travailler sur Klitschko et si vous pouvez juste conserver… Je pense que nous devrions juste chercher à trouver quelqu’un avec une personnalité internationale pour accoucher de notre projet. L’autre question concerne Ianoukovytch, mais nous en reparlerons demain, nous verrons comment les choses commencent à se mettre en place.

Victoria Nuland : Donc, sur ce point, Jeff, quand j’ai écrit la note, Sullivan [1] m’a répondu d’une manière très formelle en disant que j’avais besoin de Biden et j’ai dit probablement demain pour les bravos et pour réussir à faire coller les détails. Donc, Biden est prêt.

Geoffrey R. Pyatt : Ok. Très bien, merci.

N.B. La réaction de “l’Europe la Puissance” a été à la hauteur de l’affront : « Fuck Europe » : les Vingt-Huit ne répondront pas à Victoria Nuland

« Ce ne sont pas ces deux mots qui nous gênent mais l’idée que l’Union européenne n’est capable de rien et devrait laisser tous les pouvoirs aux Etats-Unis et à la Russie pour Tracer une voie à ce pays », confiait toutefois, lundi, l’un des ministres des Affaires étrangères.

 

10 février 2014 : Le général russe Ivashov : Je présume que le ministère des Affaires étrangères russe sait que nous sommes en guerre

Dans un entretien publié le 10 février sur km.ru, le général russe Leonid Ivashov, ancien chef du bureau des affaires étrangères du ministère russe de la Défense et actuellement président de l’Académie des études géopolitiques, lance une mise en garde claire et précise les conséquences dramatiques pouvant découler de la crise ukrainienne :

Il semble qu’ils [des responsables clé au sein de l’Union européenne ainsi que le secrétaire d’Etat américain John Kerry] se soient consacrés à l’étude de la doctrine du Dr Goebbels, et continuent à le faire. (…) Ils présentent tout dans un sens contraire à la réalité. C’est là une des formules que la propagande nazie avait employée avec le plus de succès : (…) Ils accusent d’agression, le parti qui cherche à se défendre. Ce que nous voyons en Ukraine et en Syrie est un projet occidental, une guerre d’un genre nouveau : dans les deux cas nous voyons une approche clairement anti-russe, et il est bien connu que les guerres commencent avec des opérations de guerre psychologique et de manipulation de l’information. (…)

Je présume que le ministère des Affaires étrangères comprend que nous sommes en guerre, et que les guerres ont leurs lois. (…) Après la guerre de l’information, ils préparent [une opération] terrestre et navale en Ukraine. Kerry et Obama encouragent à Kiev ce qu’ils répriment durement dans leur pays. Les dirigeants européens combattent les manifestations non autorisées avec des tuyeaux d’arrosage et jettent les manifestants en prison, tandis que dans le cas ukrainien ils font exactement l’inverse et, en plus de cela, ils menacent la Russie. En toute logique, cela fait partie de la guerre de l’information.

Gardez à l’esprit que la commotion provoquée par l’information, cache le fait que des navires américains entrent dans la mer Noire, près de l’Ukraine. Ils envoient leurs “Marines”, et il ont également commencé à déployer plus de chars armés en Europe. (…) Après la guerre de l’information, ils préparent une opération terrestre et navale. Peut-être aussi aérienne.

Le scénario pourrait se dérouler comme suit : conduire l’Ukraine au bord de la rupture, blâmer Ianoukovitch et la Russie pour tout cela, pour ensuite pouvoir dire que l’OTAN ne peut pas en rester là, à ne rien faire, et se doit par conséquent d’envoyer ses troupes pour rétablir l’ordre. Un gouvernement de transition serait ensuite formé, comme en Irak et au Kosovo, et l’OTAN prendrait le contrôle des choses. L’histoire nous a montré des situations similaires.

7 février 2014 : L’Ukraine : un enjeu géostratégique, au cœur de la guerre tiède

Jean Géronimo, un des meilleurs experts de l’économie et de la géostratégie russes, publiée dans le quotidien l’Humanité.

En se rendant à Kiev pour soutenir les opposants y compris d’extrême droite au régime ukrainien, Catherine Ashton assume un acte hostile à la Russie, qui avait demandé à l’UE de ne pas intervenir. Ce soutien des puissances occidentales à la troublante « révolution » ukrainienne vise-t-il à faire entrer ce pays dans le giron de l’UE et de l’OTAN, et aussi à empêcher le retour de la Russie comme grande puissance en cherchant son affaiblissement régional ?

A travers le soutien occidental à une troublante « révolution » ukrainienne et sa volonté d’ingérence, c’est l’idée d’empêcher le retour de la Russie comme grande puissance, via son affaiblissement régional, qui revient sur le devant de la scène.

Dans le cadre d’une stratégie de reflux (roll back) de la puissance russe, menée depuis la fin de la Guerre froide, les puissances occidentales affichent une méfiance endémique à l’égard d’un État désespérément perçu comme l’héritier de l’axe (communiste) du mal. Cette stratégie « anti-russe » est attestée par les tentatives régulières de cooptation des anciennes républiques de l’URSS, au moyen d’innovations politiquement orientées telles que le « Partenariat oriental » (via l’UE) ou le « Partenariat pour la paix » (via l’OTAN) et, plus récemment, « l’accord d’association » de l’UE avec l’Ukraine.

De manière plus ou moins explicite, ces « innovations » politiques développent l’idée d’un « voisinage partagé » et de valeurs communes, exprimant un droit d’ingérence occidental en périphérie post-soviétique, y compris en Ukraine. A l’échelle de la CEI, ces prérogatives politiques ne relèveraient donc plus du seul monopole russe et, en ce sens, menaceraient sa zone d’intérêts historique. Ce que Moscou ne pourra jamais accepter.

L’Ukraine, au cœur d’une lutte d’influence

Dans une large mesure, cette configuration explique l’enjeu géopolitique sous-jacent à la crise ukrainienne, qui loin d’être une « révolution », se retrouve en réalité au cœur d’une lutte d’influence entre les deux grands ennemis historiques. Depuis la transition post-communiste, cette lutte se poursuit dans le cadre de la guerre « tiède »(1), forme actualisée et désidéologisée de la Guerre froide, recentrée sur le contrôle des espaces et des « nœuds » stratégiques.

Dans ce contexte, tout rapprochement de l’Ukraine avec l’UE (via l’accord d’association) peut être considéré comme l’étape préalable et « naturelle » à sa future intégration à l’OTAN, comme cela a été confirmé par Washington – véritable gifle et provocation stratégique à l’égard de la Russie. Sur un plan structurel, ces deux objectifs restent des priorités implicites de la nouvelle diplomatie américaine, verrouillée par l’administration Obama. Or, tendanciellement, la puissance russe est désireuse de sanctuariser son étranger proche, contre les velléités expansives occidentales. Dans cette optique, l’OTAN reste, pour elle, un levier offensif et injustifié de la vieille lutte contre le communisme. Incroyable acharnement.

Tout en s’inscrivant dans la stratégie anti-russe préconisée sous la Guerre froide par l’ancien conseiller du président américain J. Carter, Z. Brzezinski (2), ce double objectif de la politique étrangère américaine justifie l’énorme investissement médiatique de l’Occident dans l’actualité ukrainienne en vue de déstabiliser le gouvernement pro-russe et obtenir la démission du président (pourtant) légitime, Viktor Ianoukovitch. Le plus inquiétant est que l’évolution ukrainienne s’inscrit dans le prolongement des « révolutions » libérales « de couleur » en Géorgie (2003), en Ukraine (2004) et au Kirghizstan (2005) encouragées et financées en partie par l’administration américaine, selon une technique éprouvée et politiquement correcte.

Une « révolution » manipulée

Cette configuration explique l’existence de manipulations occidentales via les ONG (au nom des « droits de l’homme ») et leur soutien à l’opposition ukrainienne, la désinformation et le conditionnement de l’opinion publique, ainsi que l’ingérence troublante de dirigeants étrangers, dont américains et européens – et, naturellement, l’accusation de la « main de Moscou ». Aujourd’hui, l’Europe brille par son absence en Afrique et au Moyen-Orient, mais par contre, n’hésite pas à s’ingérer dans les affaires politiques intérieures de la souveraine Ukraine, en place de Kiev, par l’intermédiaire de Catherine Ashton, soutenue par son mentor américain, John Kerry. On croit rêver…

Désormais, comme le souligne fort justement J.M. Chauvier, on assiste à une dérive extrémiste de nature néo-nazi de manifestations surfant sur un nationalisme anti-russe et échappant, de plus en plus, au contrôle des leaders de l’opposition pourtant aiguillés par l’Occident. Là est sans doute la plus grave erreur et le plus grand danger pour une Europe maladroite, dont la politique inconsciente contribue à réveiller les « vieux démons » dans l’espace post-soviétique, notamment dans les pays baltes et l’Ukraine. Or cette information est totalement occultée par la pensée unique, allégrement relayée par nos médias.

Un accord dangereux pour l’Ukraine

Pour les dirigeants occidentaux il s’agit de faire pression sur le président Ianoukovitch pour l’obliger à faire le « choix de l’Europe et de la liberté », selon le slogan redondant de l’opposition sous influence occidentale et ainsi, protéger le « bon peuple ukrainien » d’un éventuel retour de l’impérialisme russe –, au risque de heurter les susceptibilités de l’administration Poutine. Dans ce contexte, on comprend mieux le recul du président ukrainien, désireux de défendre ses intérêts nationaux et dans ce but, adoucir les contraintes drastiques (et irresponsables) imposées par l’accord d’association et de libre-échange. Contrairement à la rumeur médiatique, il ne s’agit donc pas d’un rejet de l’Europe mais d’une demande de reformulation de cet accord, politiquement non neutre et économiquement suicidaire pour l’Ukraine. Un rappel, aujourd’hui nécessaire.

Face à cette instrumentalisation politique, la Russie ne pouvait rester sans réactions. D’autant plus que l’intégration de l’Ukraine à l’espace économique européen (objectif déclaré de l’UE) transformera ce pays en plateforme de réexportation des produits occidentaux – via les firmes multinationales – vers la Russie, dont l’économie serait ainsi attaquée et déstabilisée. Très vite, V. Poutine a su trouver une réponse adéquate, correspondant aux intérêts économiques de l’Ukraine mais respectant les intérêts politiques de la Russie, encline à protéger sa zone d’influence contre les convoitises de plus en plus pressantes de l’UE. Moscou ne l’a jamais caché et montre même une certaine transparence dans ce domaine, contrairement au jeu obscur de l’Europe, guidée par la « main » de Washington et navigant dans les eaux troubles de « sa » prude démocratie – imposée au monde globalisé, comme une vérité suprême. Curieux messianisme.

Le retour russe, malgré tout…

De manière explicite, cet accord vise à imposer l’idéologie néolibérale du « libre-marché », à partir d’une dérégulation économique et financière exprimant une vision anti-étatique désastreuse et, sur le moyen terme, considérablement appauvrissante pour la société ukrainienne – avec le risque de fabriquer une « nouvelle Grèce ». Le « peuple » qui manifeste ne le sait, sans doute, pas. Et il ne sait plus vraiment pourquoi il manifeste, emporté par la vague enthousiaste et mobilisatrice d’une révolution manipulée, comme la précédente de 2004. Encouragé par la bienveillance occidentale, il n’hésite plus à investir les bâtiments officiels, par la force et à « casser du flic ». Inquiétante redondance.

Contrairement à ses homologues occidentales, la Russie est respectueuse des règles de droit internationales, dont celles sur la souveraineté des États. Suite à sa double initiative d’assistance financière (prêt de 15 milliards de dollars) et de réduction (d’un tiers) du prix du gaz acheminé en Ukraine, ainsi qu’à sa volonté de développer une véritable coopération économique et technologique avec cette dernière, Moscou a fait preuve, une fois de plus, d’une redoutable efficacité en matière de diplomatie – inversement à l’UE. Alors que d’autres États, d’une manière insidieuse, n’hésitent pas à instrumentaliser les « révolutions ». Mais, à quel prix ?

Indéniablement, la Russie post-communiste revient de loin et, peu à peu, elle rejoue dans la cours des « grands », pour y défendre une certaine éthique et, si nécessaire, s’opposer aux fausses révolutions.

La partie d’échecs américano-russe continue donc, au cœur de l’Eurasie, en Ukraine.

(1) Geronimo J. (2012) « La Pensée stratégique russe – Guerre tiède sur l’Échiquier eurasien : les révolutions arabes, et après ? », préface de J. Sapir, éd. Sigest.

(2) Z. Brzezinski est connu pour avoir provoqué l’intervention de l’armée rouge en Afghanistan, fin décembre 1979, dans l’optique de l’enliser dans un conflit périphérique, économiquement épuisant et politiquement destructeur pour l’URSS. Cette initiative stratégique a précipité la chute du régime soviétique, fin décembre 1991.

On trouve de tout…

Cette photo a été publiée vendredi 28 février 2014 par le journaliste de l’Agence Télégraphique Juive(JTA, Jewish Telegraphic Agency) Canaan Lipshiz, envoyé spécial à Kiev, en Ukraine.

Elle lui a été offerte par l’homme masqué lui-même, qui répond au pseudonyme de « Delta », indique Lipshiz.

Mais qui est ce « Delta » ? Tout simplement, un ancien soldat de l’armée israélienne, qui a entrepris de former un commando de 40 hommes et femmes engagés dans les émeutes ayant conduit au renversement du président Viktor Ianoukovitch (allié de la Russie), et à l’instauration d’un gouvernement salué par l’OTAN (USA, France, etc..)

Ancien de la brigade israélienne Givati, Monsieur « Delta », sous ses dehors belliqueux, n’en serait pas moins un juif orthodoxe, n’oubliant pas de porter sa kippa sous le casque. Il s’exprime « en hébreu, mâtiné de jargon militaire », précise Lipshiz.

Voilà pour la partie tragi-comique de l’affaire, si l’on peut dire, qui cache une réalité plus grave encore.

En réponse aux questions du journaliste, « Delta » confesse en effet qu’il « travaille » sous les ordres du parti néo-nazi Svoboda « (« Liberté »)…

Des voix juives, notamment rabbiniques, lancent des cris d’alarmes sur les développements de la situation en Ukraine. Mais pas le gouvernement israélien, même s’il n’y pas d’éléments permettant de soupçonner que « Delta » et les cinq anciens de l’armée israélienne qu’il aurait recrutés à Kiev, selon ses propres dires, agissent sur instructions de l’Etat israélien.

 

12 février 2014 : le très influent Club Izborsk russe établit un parallèle avec la crise des missiles de Cuba

 

Un mémorandum intitulé « Sauver l’Ukraine », rédigé par des experts du Club Izborsk, est paru dans l’hebdomadaire russe Zavtra de cette semaine. Il dénonce comme une menace aux intérêts stratégiques russes, le « coup d’État fasciste rampant » qui a lieu contre l’Ukraine. Le Club Izborsk est un groupe d’intellectuels influents promu par le président Vladimir Poutine depuis quelques temps.

« Sauver l’Ukraine », qui accuse les États-Unis et l’Union européenne d’être à l’origine de la tentative de changement de régime en cours en Ukraine, somme les États-Unis de participer à des consultations de crise, sous l’égide du Mémorandum de Budapest de 1994 sur la souveraineté ukrainienne. Ce mémorandum de 1994, garantissant la souveraineté nationale de l’Ukraine, avait été signé par les États-Unis, la Grande Bretagne, l’Ukraine et la Russie. Si l’Ukraine ou la Grande Bretagne venaient à refuser une telle conférence, alors la diplomatie russo-américaine devrait entreprendre des négociations de toute urgence, en s’appuyant sur le précédent de la crise des missiles de 1962.

Certaines des évaluations et des idées promues par le mémorandum du Club Izborsk vont dans le sens des prises de position récentes de Sergueï Glaziev, conseiller spécial du président russe, et du général à la retraite Léonid Ivachov, ancien chef du Département de politique étrangère du ministère russe de la Défense. Glaziev et Ivachov participent tous deux au Club Izborsk et ont été parmi les co-auteurs du Livre blanc sur la stratégie militaire publié par ce groupe en 2013. En janvier de la même année, le groupe avait publié « Réforme de la défense, partie intégrante d’une conception de la sécurité pour la Fédération de Russie », où il auscultait le nouveau projet américain visant à anéantir, grâce à des armes nucléaires miniaturisées et de très grande précision, la riposte d’un ennemi à une première frappe nucléaire. (Voir « US Moves Towards a Nuclear First Strike Capability », EIR, March 15th, 2013.)

Le mémorandum « Sauver l’Ukraine » rapporte que la situation du pays « approche rapidement de la limite au-delà de laquelle l’Ukraine pourrait devenir fasciste ». L’Ukraine, un État non-aligné, neutre et non nucléaire, deviendrait ainsi un « point chaud » en Europe et dans le monde, « une zone d’instabilité et de chaos aux frontières de la Russie ».

La déstabilisation en cours en Ukraine est en train de créer « les conditions de la prise de pouvoir par une coalition de forces politiques qui ne représente pas les intérêts de la majorité du peuple ukrainien ». Selon ce mémorandum, le groupe américain en charge de l’opération « Ukraine » est composé d’intellectuels et de diplomates de haut niveau. Washington « s’inquiète que Moscou, dont les réserves en capital sympathie au sein de la population ukrainienne sont énormes, puisse soudainement se réveiller, devenir plus actif et saborder le projet presque finalisé d’établir un gouvernement totalement anti-russe en Ukraine, allant même jusqu’à largement recourir aux héritiers fascistes du collaborateur nazi Stepan Bandera ».

Le rapport énumère les scénarios possibles d’un changement de régime en Ukraine : expulsion abrupte de Ianoukovitch, ou lancement d’un processus de « gouvernement de coalition » qui aboutirait en définitive à son éjection du pouvoir. Un nouveau dirigeant, peut-être même Ioulia Timochenko, libérée de prison, pourrait alors « prendre la direction de l’Ukraine, au sein de la plate-forme radicale nationaliste d’Oleg Tiagnybok et d’autres groupes fascistes d’extrême droite. Une telle tournure idéologique des événements (…) pourrait aboutir à la formation d’un Etat anti-russe aux frontières de la Fédération de Russie et perturber toute tentative d’intégration dans l’ancienne région soviétique ».

Conséquences pour les intérêts stratégiques de la Russie

Dans ce chapitre, le mémorandum développe ce qu’un tel régime pourrait « décider qui affecte directement les intérêts stratégiques de la Fédération de Russie » :

« – Rejet de la présence des forces armées russes en Crimée, y compris l’utilisation de Sébastopol comme base de la flotte russe en mer Noire. Le délai d’expulsion pourrait être fixé à 6 voire 10 mois, un délai insuffisant pour une relocalisation ordonnée des installations militaires sur le territoire russe, aux environs de Novorossiisk.

« – Purges des éléments pro-russes dans l’est et le sud de l’Ukraine, conduisant à un exode en masse de réfugiés vers la Fédération russe.

« – Destruction des capacités manufacturières à Kiev, Dnepropetrovsk, Kharkov et d’autres villes ukrainiennes, qui travaillent pour le complexe militaro-industriel russe.

« – Ukrainisation forcée des populations vivant à l’est du Dniepr [où vivent des populations ethniquement russes ou russophones importantes].

« – Partenariat renforcé entre l’Ukraine et l’OTAN et établissement de bases américaines et de l’OTAN dans le pays, y compris en Crimée.

« – Établissement en Ukraine orientale de bases d’entraînement de terroristes pouvant opérer aussi bien dans le Caucase que dans le bassin de la Volga et éventuellement en Sibérie.

« – Extension du recours aux techniques de l’Euromaidan dans de grandes villes en territoire russe, définies par leur majorité ethnique.

« – Expulsion de l’Église orthodoxe russe hors d’Ukraine, suivie par la saisie des églises et monastères, résultant dans l’affaiblissement de l’autorité aussi bien de l’Église orthodoxe russe que du gouvernement central au sein de la société russe.

« – Ouverture de poursuites contre Gazprom, Rosneft et leurs cadres dirigeants, ainsi que d’actions en justice contre la Russie dans les Cours de justice internationales soutenues par les occidentaux, sous différents prétextes. »

Que faire ?

Dans leur conclusion, les auteurs déclarent : « Nous considérons la situation qui émerge en Ukraine comme catastrophique pour le futur de la Russie et de tout l’espace post-soviétique. » Parmi les mesures qu’ils proposent, dans « le cadre du droit international » :

« – une évaluation idéologique officielle du coup d’État fasciste en cours, contre les droits des peuples et des groupes ethniques vivant en Ukraine.

« – un appel aux peuples russe et ukrainien à résister, de toute leur force, à la plaie fasciste qui prend le pouvoir à Kiev, et à faire entrer des couches plus vastes du public dans le processus politique.

« – apporter une aide sociale et économique à toutes les régions du sud et de l’est de l’Ukraine, via des programmes bilatéraux et par la baisse des prix du gaz pour les consommateurs ukrainiens, tout en retirant tout crédit supplémentaire au gouvernement d’Ukraine.

« – appel à tous les citoyens russes pour qu’ils contactent leurs parents et amis en Ukraine, afin de les mobiliser pour rejoindre un processus politique ouvert contre ce Maidan qui nous conduit à une lutte fratricide future.

« – un appel du gouvernement de la Fédération de Russie, aux gouvernements d’Ukraine, des États-Unis et de Grande Bretagne, invoquant le Mémorandum de Budapest sur la souveraineté de l’Ukraine (5 décembre 1994 (Article 6)), toujours en vigueur, pour protester contre l’ingérence des États-Unis dans les affaires internes de l’Ukraine et demander à toutes les parties du Mémorandum de convoquer une conférence sur l’agression politique et les mesures de « coercition économique destinées à soumettre à leur propre intérêt [celui des États-Unis] l’exercice par l’Ukraine des droits inhérents à sa souveraineté ».

« – En cas de refus de l’une des parties de participer à cette conférence, le Mémorandum de Budapest devra être invalidé temporairement. La Russie entrera alors en pourparlers directs avec Washington, en citant la crise des Caraïbes (crise des missiles de Cuba) de 1962 comme précédent aux événements actuels en Ukraine, et lui proposera d’ouvrir des négociations pour une surveillance conjointe des processus politiques et électoraux en Ukraine, ainsi qu’une médiation conjointe pour la résolution de la crise politique en cours.

« – Proposer à la République populaire de Chine et à d’autres pays du BRICS de développer une assistance économique en faveur de l’Ukraine et un travail conjoint sur toute la zone post soviétique, afin d’empêcher toute tentative d’hégémonie unilatérale des États-Unis. »

En guise de conclusion, ils écrivent : « Seul ce type d’initiative par l’Etat Russe et d’autres forces saines dans la communauté russe ou internationale, avec les organismes exécutifs de nos deux pays, peut stabiliser la situation économique et sociale en Ukraine et empêcher une catastrophe politique et sociale dans ce pays. »

 

Qui donc veut la guerre ? (…) On commence à se demander tout bas, si à force de se menacer pour se faire peur, les gouvernements ne seront pas entraînés dans des conflits qu’ils ne veulent pas. On se demande s’il n’y a pas un peu partout, des minorités résolues à tout et qui parviendront à précipiter dans la guerre une Europe incertaine, sans lumière et sans volonté. Que signifient, en France, ces articles des journaux officieux par lesquels on tente de préparer l’opinion à l’accepter ?” [Jean Jaurès, « Une guerre insensée », La Dépêche de Toulouse, 15 novembre 1912]

À suivre…

Sources diverses, dont Solidarité&Progrès.

Source : Auxinfosdunain

 

 

 

 

 

 


Tag(s) : #Europe
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