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Les médias, et entre autres, France Inter et France 2, ont toujours recours à un ou plusieurs « experts » pour commenter et disserter sur un évènement d’actualité, qui requiert des connaissances particulières.

Ce fut le cas hier, sur les ondes de la radio publique, à propos des incidents survenus à Poitiers, samedi dernier.

Ces derniers, impliquant une centaine de jeunes « encagoulés », ont brisé nombre de vitrines, d’abribus et de matériel urbain. Qualifié immédiatement « d’ultragauche », « d’anarchistes » par tous les canaux de l’information, ces éléments ont semblé « avoir pris de court » les forces de police.

Aussi, France Inter a fait appel à un « expert ès-terrorisme » pour tenter d’expliquer le phénomène. Et qui mieux qu’un ancien adepte du « terrorisme » pour répondre aux questions ? C’est donc à Xavier Raufer, tout naturellement, que la chaîne publique fit appel.

Mais qui est Xavier Raufer ?

La revue Histoire, en 1986, pose la question à l’intéressé :

 

 - « Votre carrière est peu commune. En 1963, adolescent, vous militez aux côtés  -  - d’une extrême droite plutôt violente. Vingt ans plus tard, vous voilà sociologue, spécialiste de la violence et du terrorisme. Vous enseignez à l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales et dans les écoles militaires. Vous conseillez plusieurs grandes entreprises sur les risques toujours plus grands (attentats, chantages politico-terroristes), qu’elles courent de par le monde… »

 

Xavier Raufer ne conteste pas son passé d’activiste :

 

« J’ai même participé – par discipline plus que par goût personnel – à des actions ‘dures’, contre une ambassade, par exemple ».

 

Mais il reste discret sur son engagement politique d’alors.

A nous de combler les lacunes.*

En 1965-1966, il est du mouvement Occident. En 1966, il collabore, aux côtés de François Duprat, d’Alain Robert et de Gérard Longuet au journal Occident-Université (dans le numéro 14, il mène, sous le nom de Christian de Bongain, une interview d’un « soldat de l’Occident », Siegfried Muller). Puis en 1969, il participe au journal fasciste, L’Elite européenne dirigé par Philippe Asselin, fondateur avec Alain Madelin, du groupe Occident. Ce groupe a un slogan :

« Les fascistes ont un journal,L’Elite européenne ! »

Xavier Raufer a un style aussi musclé que les actions de commando organisées par Occident, puis par Ordre Nouveau.

Est-ce à cette qualité qu’il doit, peu de mois après, d’être recruté par Georges Albertini ? **

En mars 1970, Raufer collabore au n° 8 de L’Elite européenne, qui fait de la publicité pour l’agence portugaise Aginter-Press, contrôlée par la PIDE, la police politique de Salazar. Il apparaît comme « secrétaire de rédaction » sous le nom de Christian de Bongain dans le n° 9 du journal, en juillet 70.

En 1971, il est membre du Conseil national d’Ordre nouveau et candidat aux élections municipales dans le IX ième arrondissement.

C’est la même année qu’il s’est « vu proposer un emploi à l’Institut d’Histoire Sociale***, un lieu extraordinaire, où j’ai énormément appris… », pour reprendre ses propres termes.

En 1973, il fonde la petite société graphique S.E.R.V.I.C.E., qui réalise pendant la campagne présidentielle de Giscard, en 1974, des publications anonymes violemment anticommunistes, financées par le Patronat****.

La même année, il adhère aux Républicains Indépendants, le parti de Giscard d’Estaing. , ,

En 1976, il occupe des fonctions importantes à l’Institut Supérieur du travail, organisme qui, avec l’IHS, font partie du réseau anticommuniste, mis en place par Georges Albertini. Deux ans plus tard, il devient permanent du Parti Républicain, aux côtés d’Alain Madelin, (lui aussi « récupéré » par Albertini) ;

Une décennie plus tard, Xavier Raufer professera à l’Ecole Supérieure de Guerre, et à celle de la Gendarmerie.

Depuis des années, il est devenu le Monsieur expert ès-terrorisme, adulé des médias, forts discrets sur son passé fasciste.

Quand on vous dit que vous êtes bien renseignés !

 

* -   Documentation  reprise de l’ouvrage Le Dossier Georges Albertini,

une intelligence avec l’ennemi,

de Jean LEVY Editions L’Harmattan

 

** Georges Albertini, l’un des dirigeants de la Collaboration avec les nazis, récupéré par le Patronat et la banque Worms, dès 1948, pour tisser, d’abord, avec d’autres rescapés de la Collaboration, puis avec des « jeunes gens bottés-casqués » des groupes fascistes de l’après-guerre, un vaste réseau anticommuniste, durant la guerre froide : Revue Est-Ouest, Institut d’Histoire Sociale (documentation anticommuniste), Institut Supérieur du Travail (école de formation antisyndicale pour les nervis de la CFT).

Albertini avait un bureau à l’Elysée, sous Pompidou et des liens avec Le Figaro, Force Ouvrière, la SFIO de l’époque, l’officine Paix et Liberté et, sans doute, la CIA.

 

*** L’Institut d’Histoire Sociale poursuit, de nos jours, ses activités anticommunistes avec l’édition du livre Le livre noir du communisme de l’historien Stéphane Courtois.

**** S.E.R.V.I.C.E. a édité en 1974 un faux quotidien annonçant la disette et le goulag, en cas de victoire de François Mitterrand. C’est tout dire !

 

Jean LEVY

Tag(s) : #Histoire
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