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Nouvelle publication sur Entre les lignes entre les mots

Le projet réaliste de refaire le monde

n’est pas seulement ancré dans l’Histoire,

il engendre l’Histoire

by entreleslignesentrelesmots

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Dans sa préface à l'édition française, Désynchronisation des luttes sociales et politiques, Richard Poulin revient sur la désynchronisation entre résistances, luttes sociales et construction d'une contre-offensive, d'une alternative politique à l'ordre/désordre du monde, « Même si, en réaction aux attaques des classes dominantes et des gouvernements, le rythme des luttes connaît une croissance, on ne voit pas encore de dynamique politique suffisamment forte pour inverser les décennies de contre-réformes libérales et créer les bases d’une contre-offensive générale au profit des exploitées et des opprimées »

A juste titre, le préfacier rappelle la montée internationale de l'altermondialisme, les mobilisations en Amérique du Sud, les mouvements des indigné-e-s, le Printemps arabe. De multiples mobilisations ont secoué ou secouent les régimes en place. Leurs causes sont souvent occultées ou déformées par les médias occidentaux qui préfèrent parler de conflits ethniques, d'extrémisme, de terrorisme, de religion, etc. Les questions sociales ne semblent pas exister, « La profondeur de la question sociale et son impact sur le déclenchement des révolutions du Printemps arabe sont sûrement la dimension occultée par les médias occidentaux ».

Richard Poulin présente l'émergence de formations ou partis d'une « nouvelle gauche », d'une « gauche de la gauche », dont Syriza en Grèce. Les termes et les périmètres proposés sont discutables. Mais il s'agit bien de recompositions, de regroupements de forces à gauche des partis socialistes.

Les courants venant de l’extrême-gauche post soixante-huitarde, mais pas seulement, ont choisit, dans bien des pays de s'y intégrer ou de participer à leur création.

Les partis communistes y participent quelques fois ou les combattent ouvertement (Grèce, Portugal).

Ces nouvelles formations participent à la refondation pratique d'alternatives politiques, sans faire des appropriations théoriques ou des divergences, peu pertinentes en regard des expériences concrètes, des clivages à priori.

Je ne trouve pas judicieux de reprocher aux animateurs/animatrices des récents mouvements sociaux une absence de stratégie « Alors que les militantes de ce milieu ont joué un rôle très important dans la dynamisation des mobilisations, l’absence d’une stratégie de leur part pour vaincre le capitalisme est consternante ».

Cette absence réelle d'hypothèses stratégiques traverse l'ensemble des courants, y compris ceux de la gauche radicale. C'est le fruit de l'histoire, des débats et des luttes non menées, des années de crise, des échecs, de la survalorisation de l'entre-soi, etc.

L'horizon ne se réduit cependant jamais à sa perception pessimiste. Les contradictions du système dominant s'expriment de manière, plus ou moins violentes, surtout lors des crises. Elles induisent des remises en cause fondamentales, des mobilisations nouvelles. La crise que nous vivons est la plus grave depuis celle des années 30, sans oublier les conséquences de nos relations à l’environnement.

« Si le capitalisme connaît une grave crise économique et écologique, politiquement, il n’est pas véritablement menacé, même lorsque certains régimes sont instables. Quelles que soient les innovations politiques et organisationnelles des mouvements sociaux, le système capitaliste va continuer de structurer leur environnement. À quoi, dans un tel cadre, devrait donc ressembler une stratégie anticapitaliste ?

Est-ce possible de trouver une voie vers le socialisme grâce à une combinaison de réformes structurelles et de renforcement des organisations de masse ?

Ne faut-il pas se doter d’une stratégie rassembleuse, qui évite la sociale-démocratisation, en cherchant à « casser » l’organisme principal de la domination bourgeoise, l’État, «  rouage de notre exploitation » ?

La classe ouvrière et les mouvements sociaux émancipateurs ne doivent-ils pas imposer leur «  suprématie politique » pour transformer la société ? »

Au delà des formulations, une partie des questions posées à toutes celles et tous ceux qui veulent participer à l’élaboration d'une alternative majoritaire, démocratique et crédible au vieux monde pourrissant et à ses effluves plus qu'inquiétantes.

Sommaire :

Sam Gindin : Repenser le syndicalisme, s'inscrire dans le socialisme

Barbara Epstein : Occupy Oakland et le problème de la violence

Eli Zarestsky : Relire l'histoire de la gauche états-unienne

Michalis Spourdalakis : La stratégie de la gauche dans le chaudron grec

Aristide Baltas et Leo Panitch : L'essor de Syriza en Grèce, entretien

Johanna Brenner et Nancy Holmstrom : La stratégie socialiste féministe aujourd'hui

Susan Spronk : Rapports sociaux de sexe et socialisme du XXIe siècle en Bolivie

Michael A. Lebowitz : L’État et le socialisme, d'hier à aujourd'hui

Au delà de ses limites, un livre qui remet au centre des réflexions les questions de stratégies politiques, au sens le plus large, tournées vers l'émancipation radicale. Des points de vue québecois/canadiens, états-uniens et grecs. Indépendamment des divergences, une lecture très recommandable.

Leo Panitch, Greg Albo et Vivek Chibber (coord.) :

 Quelle stratégie ? - Résurgence des mouvements sociaux, combativité et politique

M éditeur, Ville Mont-Royal (Québec) 2013, 207 pages

Didier Epsztajn

entreleslignesentrelesmots | 6 janvier 2014 
Tag(s) : #Lutte de Classe
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