Jeudi 28 août 2008


C’est en ces termes que Le Monde, reflétant l’opinion des « élites », décrit la situation créée après la reconnaissance de l’indépendance autoproclamée de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie par la Russie. La décision de Moscou et l’attitude « désemparée » des Occidentaux confirment le nouveau rapport de forces mondial, dont nous avons fait état dans de récents textes publiés par notre blog.

Les évènements du Caucase n’en constituent que le dernier élément. Ainsi le fait que des navires de guerre US aient renoncé à débarquer à Poti de « l’aide humanitaire » (qualifiée de matériel militaire par le président russe), montre la limite des réactions, tant des Etats-Unis que de l’Union européenne.

« Nous n’avons peur de rien (pas même) d’une nouvelle guerre froide» a déclaré Dmitri Medvedev, tout en précisant qu’il n’en voulait pas. Cette phrase résume la détermination russe de ne plus céder, face aux manœuvres d’encerclement tentées par l’impérialisme américain.

 

« Injustifiable », « inacceptable », « contraire aux principes d’indépendance, de souveraineté et d’intégrité territoriale », telle sont les termes utilisés par les dirigeants, à l’Ouest, en premier par Nicolas Sarkozy, pour caractériser la reconnaissance des deux nouveaux Etats par Moscou.

Fortes paroles, que leurs auteurs n’avaient guère employées lors du démembrement de la Yougoslavie d’abord, de la Serbie ensuite, dont ils étaient solidairement responsables. L’Otan avait même déclanché une guerre contre Belgrade à cette occasion. La reconnaissance occidentale de l’indépendance du Kosovo, c’est-à-dire le démantèlement de la Serbie, portait pourtant atteinte à son « intégrité territoriale ».

En Géorgie, les Etats-Unis et l’Union européenne croyaient alors que la Russie les laisserait faire sans réagir.

L’impérialisme a mal évalué le nouveau rapport de forces mondial.

 

Dmitri Medvedev avait pourtant prévenu, le 24 mai, à Pékin :

 

"Le président chinois Hu Jintao et moi-même avons reconnu que la coopération sino-russe est devenu un facteur majeur de la sécurité mondiale, sans laquelle les décisions importantes sont impossibles (...) Je dirais franchement que tout le monde n'apprécie pas notre coopération, mais qu'il en va, selon nous, de l'intérêt de nos peuples, que cela plaise ou non ! (...) Nos deux peuples se préparent activement à un grand bond vers l'avenir".

 

Et, au-delà de la Russie et de la Chine, de nombreux peuples d‘Amérique latine (« l’arrière-cour » des Etats-Unis), se sont libérés des contraintes économiques et politiques exercées, jusqu’à peu d’années encore, par l’impérialisme américain. D’autres nations, tel l’Iran, se sont engagées dans la voie d’un développement souverain et indépendant.

Cette nouvelle situation doit être prise en compte dans l’analyse que doivent faire les communistes et tous les progressistes pour leur propre combat de libération sociale et politique.

Certes, les forces du Capital restent puissantes dans le monde. Pour défendre leurs intérêts, elles demeurent porteuses le de dangerosité et de nuisance extrêmes pour la liberté et la paix.

Mais elles ne peuvent plus dicter leur loi, imposer leur leader ship comme dans les années 90.

Ce n’est plus le temps où l’on annonçait « la fin de l’histoire ».

Au contraire, une nouvelle l’histoire commence : celle des peuples.

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Mardi 26 août 2008
TIRE DU SITE  : WWW.michelcollon.info

Workers World. Editorial  
 
Les reportages de guerre des médias américains sur l’invasion de l’Ossétie du Sud par la Géorgie sont de la même veine que les mensonges et la désinformation qui caractérisaient les reportages de l’invasion américaine de l’Irak. Ces informations sur la guerre ne valent guère plus que les textes de propagande du Pentagone.
 
13 août 2008

Vous n’aurez aucune chance de comprendre ce qui se passe et pourquoi cela se passe ainsi si votre seule source d’informations se limite aux médias américains sous contrôle de la grosse galette.
Pourtant, la Géorgie est au centre des tentatives de l’impérialisme américain en vue de contrôler la région riche en pétrole qu’est la mer Caspienne. La Géorgie, c’est l’autoroute de l’énergie en direction de l’Europe : deux pipelines majeurs la traversent. Ces pipelines vont rivaliser de plus en plus avec les pipelines russes qui ont été la première source de l’Europe en gaz naturel et en pétrole.
Jusqu’en 2005, le seul pipeline en provenance du centre pétrolier de Bakou, en Azerbaïdjan, sur la mer Caspienne, passait par la Russie.
En 2005, le pipeline pétrolier Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) était ouvert. Propriété de British Petroleum et d’Unocal, ce pipeline traverse la Géorgie pour se rendre à la ville portuaire turque de Ceyhan. Le consortium BP est également propriétaire du pipeline Bakou-Tbilissi-Erzurum, ouvert en 2007. Un autre pipeline, appelé le Western Early, passe par la frontière de l’Ossétie du Sud, traverse la Géorgie et abouti au port géorgien de Supsa.
Ainsi donc, le pétrole, qui fut naguère la ressource naturelle la plus précieuse de l’ancienne Union soviétique, est aujourd’hui commercialisé via des installations contrôlées par l’impérialisme américain et ses alliés.
En plus de la conquête des ressources pétrolières de l’Irak et de la menace de blocus ou de bombardement qui pèse sur l’Iran, les États-Unis sont également déterminés à contrôler les gisements pétroliers de la mer Caspienne.
En évinçant les Russes du contrôle de ces gisements pétroliers, les États-Unis porteraient un coup majeur à la possible émergence de la Russie en tant que puissance capitaliste.
Malgré tous ses jolis mots de démocratie et de liberté, la classe dirigeante américaine n’a pas l’intention de permettre à la Russie de se muer en rivale impérialiste, à l’instar de l’Europe et du Japon. Les États-Unis ont travaillé, tant en secret qu’à visière relevée, à briser la Russie et les États qui faisaient naguère partie de l’Union soviétique, se concentrant sur les États qui entourent les gisements pétroliers de la mer Caspienne.
Cette mer possède deux gigantesques gisements de pétrole. Le premier se situe à l’est de Bakou. Le second est celui de Tengiz, sur la rive nord-ouest de la Caspienne, au Kazakhstan.
En outre, il y a des réserves énormes de gaz naturel, partout dans la région de la Caspienne. Ce sont les principales fournisseuses de gaz naturel de l’Europe.
Les réserves connues de la mer Caspienne sont plus importantes que les gisements pétroliers du Nigeria ou de la Libye et elles sont plus ou moins du même ordre de grandeur que les gisements de l’Iran ou du Koweït.
Après la victoire de la révolution russe de 1917, les pays producteurs de pétrole comme l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan sont devenus des républiques au sein de l’Union soviétique. Leur pétrole fut une ressource clé pour la création de la première économie socialiste du monde.

Avec le renversement du socialisme, l’impérialisme américain est passé à la vitesse supérieure pour cibler cette région riche en pétrole.
Un consortium de 11 importantes compagnies pétrolières a installé des avant-postes sur la Caspienne. Atlantic Richfield, Chevron, Exxon, Mobil, Pennzoil, Philips Petroleum, Texaco et BP Amoco ont dépensé des milliards de dollars pour racheter les intérêts pétroliers et les droits de forage de l’époque soviétique.
Mais la mer Caspienne est une mer intérieure, c’est-à-dire fermée. Le pétrole doit être transporté hors de la région par pipeline. Celui qui contrôle les pipelines contrôlera finalement le pétrole.
L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, toutes deux cibles de l’invasion militaire géorgienne, entraînée et dirigée par les États-Unis, se trouvent tout particulièrement dans cette zone cible. Leurs citoyens souffrent des œuvres de l’armée par procuration de l’impérialisme américain. L’humanité tout entière doit exiger de l’impérialisme américain qu’il se retire de la région.


Source :http://www.workers.org/2008/editorials/caspian_oil_0821/

Traduction en français
: Jean-Marie Flémal pour Investig’action
 
 
par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Vendredi 22 août 2008


A peine de retour de son voyage à Kaboul, où il est venu confirmer aux soldats français la poursuite de l’engagement de la France aux côtés des Américains, en Afghanistan, Nicolas Sarkozy a présidé aux Invalides la cérémonie rendue aux dix victimes de cette guerre.
Chacun a pu voir, à la télévision, le chef de l’Etat, plus « Cabotin de Matuvu » que jamais. Sa harangue, ponctuée de longs silences et de grimaces simiesques – comme s’il était sur une scène, en attente des réactions de son public – n’a été qu’un mauvais remake de tous les discours officiels passés justifiant les guerres coloniales avec tous leurs lieux communs : l’hommage « à nos vaillants soldats », « à leur héroïque sacrifice », « à la cause sacrée » et à « nos valeurs démocratiques » qu’ils servent. Certes, « l’ennemi » a changé.
Hier, c’était les « Viets », les « fellaghas ».
Aujourd’hui, c’est le « terrorisme international», le nom donné à « l’islamisme" », au « danger musulman », qu’il faut combattre.
Nicolas Sarkozy, face aux dix cercueils tricolorisés, aux drapeaux, aux képis étoilés, aux « bérets rouges » figés au garde-à-vous, a répété ces lieux communs avec l’artifice convenu des bonimenteurs sur leurs tréteaux, les jours de foire.
Mais le président de la République en a rajouté sur le plan de la pieuse dévotion. Signe de croix ostensible, mains jointes avec componction, Nicolas s’est fait, en cette circonstance, plus « chanoine d’honneur de Saint Jean de Latran » que chef d’un Etat laïc. Un divorce (un de plus), avec la tradition républicaine.
Enfin, Sarkozy, nécessité oblige, a dû recevoir les familles endeuillées. Dans la plus stricte intimité, c’est-à-dire, loin du public et des médias. Sage précaution, car la réaction de ces familles n’a pas été unanime. Une épouse éprouvée par la perte de son jeune mari a refusé de participer à ces simagrées de circonstance : elle rend le président de la République responsable de son malheur. Une mère étouffe dans un sanglot ses accusations : « Pourquoi, sans formation militaire suffisante, avoir son fils, de moins de vingt ans, dans le brasier d’une guerre à laquelle il n’était pas préparé ? ».
Pourtant, Sarkozy persiste et signe. Le gouvernement maintient le cap. D’autres soldats français seront envoyés en Afghanistan. Déjà plus de 30.000 hommes, stationnés sur divers continents, participent, très loin de nos frontières, en Afrique, en particulier, à la défense d’intérêts privés. L’armée française continuera, dans le cadre de l’Otan, à servir de « légion étrangère » aux Américains.
Le retour en France de tous ces contingents devient une exigence nationale. Un sondage nous apprend aujourd’hui que 55% de nos concitoyens sont favorables au retrait de nos forces d’Afghanistan. Il faut renforcer ce sentiment afin que celui-ci s’exprime, haut et fort, et conduise Sarkozy et son gouvernement à mettre fin à notre engagement militaire en terre afghane.
C’est le seul moyen pour que d’autres larmes ne puissent plus couler.

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Jeudi 21 août 2008


Le bilan de l’affrontement entre militaires français et talibans, onze morts et vingt blessés de « notre côté », fait couler beaucoup d’encre. Si l’on excepte les propos martiaux avec mouvement de menton du président s’adressant à Kaboul aux paras de service, (« Relevez la tête ! »), les commentaires sont de deux ordres.

Qu’une section d’infanterie de marine, en opération, tombe dans une embuscade et que deux dizaines de soldats en soient victimes, paraît incroyable à nombre de commentateurs. Comme si le fait de mourir à la guerre relevait de l’incongru, sauf s’il s’agit naturellement « d’ennemis ». Pourtant, pour des militaires de carrière, « tomber au combat » fait partie des risques acceptés. On s’étonne donc du caractère catastrophique donné par les médias à un engagement qui a mal tourné. La catastrophe serait peut-être l’envoi de soldats français en Afghanistan et le drame, le fait d’envoyer à la mort de jeunes hommes pour des raisons purement politiques. En effet, les victimes faisaient partie des renforts que Nicolas Sarkozy avait promis à Georges Bush, comme gage de l’engagement atlantiste du pouvoir français. Le drame, c’est de transformer l’armée de notre pays en « légion étrangère » des Etats-Unis.

 

Mais au caractère infondé de cette guerre s’ajoutent les conditions concrètes dans lesquelles les soldats français sont confrontés en terre afghane. Des parents de victimes accusent : le commandement envoie là-bas de tous jeunes hommes, certains ont moins de vingt ans, sans préparation suffisante. Certes, ils ont subi des mois d’instruction. Mais, comme le dit avec raison un père éploré, un permis de conduire récent permet-il à son titulaire de piloter une F1 et d’être engagé aux 24 heures du Mans ?

D’autres témoignages, ceux de blessés, laissent penser que la section, à bout de munitions, a été laissée sans renfort, ni protection aérienne pendant de longues heures. On parle de tirs « amis », américains ou français, mal ajustés et responsables de pertes.

Si on en croit France Inter, les jeunes militaires s’équipent eux-mêmes, sur leur propre argent, pour bénéficier de chaussures plus adaptées, où d’un sac au dos adéquat.

Si ces propos restent à confirmer, l’essentiel du scandale réside dans l’engagement de la France dans un conflit sanglant, étranger à ses intérêts. Tous les médias le reconnaissent : plus l’Otan envoie de renforts, plus la situation se détériore. Les talibans s’avancent vers Kaboul, avec un soutien accru des populations. Il n’y a pas d’issue militaire à cette guerre déclanchée par Washington pour des objectifs de stratégie mondiale. La « lutte pour la démocratie » et « contre le terrorisme » n’est qu’un prétexte mis en avant par l’occident pour poursuivre sa politique de domination impérialiste.

Pour mettre un terme au drame collectif et aux tragédies personnelles, une seule solution : le « retour à la maison » de tous nos soldats !

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Mercredi 20 août 2008


10 soldats français tués et 21 blessés, à 50 kms à l’est de Kaboul : l’évènement, au-delà de l’émotion, provoque la polémique dans les milieux politiques. Cet accrochage sanglant est présenté comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. « Comment est-ce possible ? » se demandent les spécialistes. Pourtant, les missions dévolues aux commandos d’élite sont, par nature, pleines de risques, contre une guérilla qui connaît le terrain et s’y meut « comme un poisson dans l’eau ».

Le gouvernement, Sarkozy en tête, appuyé par sa majorité, annonce que l’engagement français en Afghanistan va se poursuivre. On a envie d’ajouter « selon les plans prévus ».

Par contre, les leaders socialistes mettent en cause la participation de la France à la coalition militaire conduite et orchestrée par les Etats-Unis. Comme si ce n’était pas le gouvernement Jospin qui, en 2001, a avalisé l’envoi de troupes en terre afghane !

A l’époque, il s’agissait déjà de lutter contre Al-Qaïda et le « terrorisme », afin de « défendre » à Kaboul la « démocratie » et « les droits de l’Homme ». Le PS joue aujourd’hui les opposants…

De même, le PCF, qui réclame maintenant le retour des forces françaises, aurait été bien intentionné de mobiliser l’opinion contre cet engagement militaire, alors que des ministres communistes, Marie George Buffet en tête, siégeaient au gouvernement.

Aujourd’hui, il est temps de faire le bilan de la guerre initiée par Washington en 2001. Tous les commentateurs sont d’accord : en sept ans, la situation s’est aggravée en faveur des talibans qui opèrent jusqu’aux abords de Kaboul, et dont l’agressivité s’est amplifiée au fil des ans. La population, nous dit-on, manifeste de plus en plus son mécontentement face à l’occupation des forces occidentales. Celles-ci n’ont apporté que « dégâts collatéraux », sans aucune amélioration de la vie quotidienne.

Alors, pourquoi cette intervention militaire, décidée par les USA et soutenue par les contingents de nombreux pays, dont la France avec ses 2600 soldats ?

Chacun sent bien que l’objectif recherché a peu de rapport avec les buts affichés. Les Etats-Unis, l’Union européenne n’ont jamais eu grand souci de la « démocratie » ni en Amérique latine, ni en Afrique lorsqu’ils ont mis en place et soutenu par les armes les pires dictatures, les plus corrompues.

Il suffit de regarder une carte d’Europe et d’Asie : l’Afghanistan constitue l’un des jalons américains de la chaîne de territoires visant à encercler la Russie. L’Afghanistan jouxte l’Iran et borde par le sud, les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale : le Turkmenistan, l’Uzbekistan, le Tadjikistan, a peu de distance du Kasakhstan, avec même une frontière avec la Chine. L’Afghanistan est donc un pays qui s’inscrit dans la stratégie militaire US.

Mais que fait la France dans cette galère, si ce n’est son choix atlantique, concrétisé par sa réintégration dans l’Otan.

Aussi, notre souci doit viser à la rupture de cette alliance, et en premier, au retour immédiat du contingent français perdu dans la nouvelle « sale guerre » qui sévit là-bas.

La défense de notre sol national ne se joue pas dans les sables et les montagnes afghanes. Au contraire, réduire notre armée au rôle de « légion étrangère » des Américains menace notre indépendance nationale, déjà gravement mise en cause par les projets d’armée européenne.

Tout se tient.

 

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Mardi 19 août 2008

Le monde, depuis dix ans, a changé.

Le rapport de forces s’est renforcé, au détriment de l’impérialisme,

Le conflit actuel, au sud Caucase, en est la démonstration la plus récente. Le gouvernement géorgien, sous tutelle américaine, a voulu tester les capacités de riposte de la Russie en attaquant par surprise l’Ossétie du Sud. . Moscou, en retour, a infligé à l’allié de Washington une défaite écrasante.

Dimitri Medvedev avait prévenu l’Occident, au début de l’été, lors de son voyage d’Etat en Chine, que la Russie était de retour sur la scène mondiale et qu’un ordre international dominé  par les Etats-Unis et l’Union européenne était du domaine du passé..

Les derniers évènements confirment le fait que l’idée d’un monde unipolaire n’avait plus cours.

 

On s’en apercevait déjà tous les jours en Irak et en Afghanistan où l’US Army est embourbée depuis cinq ans.

En Amérique latine, les peuples se libèrent, les uns après les autres, de la tutelle de Washington. Pour ne s’en tenir qu’aux dernières semaines, au Paraguay, le peuple en élisant un président lié aux masses populaires,  a chassé la dictature établie depuis de très nombreuses décennies. Les Boliviens ont confirmé d’une manière spectaculaire leur soutien à Evo Morales, malgré les tentatives de subversion téléguidées par les USA.

Au Proche-Orient, les menaces occidentales visant l’Iran n’ont pas l’effet escompté. Le Népal s’est donné un gouvernement de large coalition, réunissant deux partis se réclamant du communisme.

La Chine poursuit son ascension comme l’une des premières puissances économiques et politiques mondiales, avec l’élévation continue et rapide du niveau de vie de la population, et donc une réduction continue de la pauvreté.

 

Certes, Bush aujourd’hui, Obama ou Mac Cain demain, sont capables de créer des situations les plus dangereuses pour la paix du monde et la liberté des peuples. Mais nous ne sommes plus dans les années 90, après l’effondrement de l’Union soviétique, période noire où les philosophes ‘aux ordres’ déclaraient « la fin de l’histoire » et célébraient la domination unilatérale des Etats-Unis sur tous les continents.

Sur le nôtre, l’idée d’Europe politique se heurte de plus en plus à l’hostilité des nations. L’Union européenne est contestée, voire rejetée par l’opinion publique, non seulement des Etats qui ont répondu Non aux projets de constitution, mais également dans de nombreux autres pays. Leurs dirigeants, confrontés à une crise économique sans précédent, n’osent plus user de pratiques démocratiques ; ils rejettent l’idée même de consultation populaire.

 

Certes, malheureusement, il n’existe pas encore, en Europe et en France en particulier, de forces organisées de masse pour, d’abord reconquérir le terrain idéologique perdu depuis les années 80, ensuite pour proposer et préparer le nécessaire changement de société qui s’impose.

Ce vide politique est extrêmement préjudiciable pour la cause de la Révolution. Il laisse, malheureusement, en pointillé l’avenir incertain et dangereux.

Il n’en reste pas moins que le monde a profondément changé depuis les années 2000. Cette analyse doit permettre aux communistes d’engager et de développer leur lutte pour un changement de société dans des conditions bien plus favorables.

C’est une nouvelle donne qu’il faut prendre en compte.

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Vendredi 15 août 2008

Condoleezza Rice est aujourd’hui à Tbilissi. Elle veut, par sa présence, exprimer son soutien sans faille à Makheïl Saaakachveli et au gouvernement géorgien dans la crise qui l’oppose à la Russie. La secrétaire d’Etat US tient à réaffirmer la volonté américaine de défendre, non seulement la « souveraineté » de la Géorgie, mais également « l’intégrité » de ses frontières. Celles-ci incluent, dans l’esprit de Washington, l’Ossétie du Sud et l’Abhkazie.

Or, les populations de ces régions autonomes rejettent l’appartenance à la Géorgie. Les bombardements aveugles sur Tskhinvali, la ‘capitale de l’Ossétie, la destruction de la ville par les missiles géorgiens, n’ont fait qu’accentuer le désir des Ossètes de s’affranchir de la tutelle de Tbilissi. Recevant les présidents des deux territoires en litige, Dimitri Medvedev a été clair : la Russie appuiera le choix des populations concernées.

 

Cette position se heurte donc de plein fouet à celle des Américains.

Il ne s’agit donc pas de la présence de forces russes à Gori, en Géorgie, qui représente le fond du litige. Moscou confirme que ses blindés n’ont pas vocation pour y rester. Leur évacuation sera, semble-t-il, un fait accompli dans les heures ou les jours qui viennent. A moins, que des contingents US ne prennent position aux frontières de la Géorgie, dans ses ports et sur ses aérodromes. C’est une hypothèse à ne pas exclure du fait des accords de coopération militaire existants entre Washington et Tbilissi.

Si telle était « l’option » retenue par les Etats-Unis, une situation de confrontation directe entre eux et la Russie serait à craindre.

Quels sont les « arguments » avancés par les dirigeants américains pour jouer avec le feu ?

Le gouvernement des USA prétend défendre « l’intégrité » des frontières d’un « Etat, internationalement reconnu », en l’occurrence la Géorgie.

Ce souci de s’abriter derrière les conventions internationales est en contradiction totale avec la politique pratiquée, de tous temps, par Washington, soutenu par les puissances occidentales.

L’exemple d’abord de la République Fédérale de Yougoslavie, dépecée par morceaux depuis les années 9O par l’action conjointe de l’Allemagne, des Etats-Unis et de l’Union européenne, montre le peu de cas que faisaient ces Etats de « l’intégrité des frontières d’un Etat internationalement reconnu ».

Ce furent d’abord la Slovénie et la Croatie, poussées par les Occidentaux (par Bonn et le Vatican en premier), qui firent sécession. Puis la Bosnie où les populations, mélangées de Serbes, de Croates et de Musulmans, firent des choix contradictoires, entraînant contre la Serbie, une guerre à laquelle l’Otan apporta sa sanglante contribution. Ce fut ensuite au tour de la Serbie elle-même d’être dépecée : le Kosovo, province directement serbe, puis le Monténégro, s’érigèrent en Etats « indépendants » avec la bénédiction et l’aide concrète de l’Union européenne et des Etats-Unis. Il fallait, selon les « démocraties » occidentales, contre l’avis de Belgrade, soutenir l’aspiration des peuples kosovar et monténégrin à la liberté…sans souci, pour l’occasion, de défendre « l’intégrité des frontières serbes », pourtant « internationalement reconnues »

Il faut aussi rappeler que ces opérations de dépeçage d’un grand pays, la Yougoslavie, construit par les Alliés après la Grande guerre, se sont effectuées dans le même temps où ses auteurs juraient que l’avenir appartenait aux grands ensembles. On nous démontrait alors que « les petits Etats n’étaient plus viables » à l’époque de la mondialisation. Ce fut une des raisons avancées pour construire l’Union européenne. Et de prétendre qu’un Etat comme « la France seule n’était plus à même de construire son destin… ».

Ces exemples montrent le caractère fallacieux des arguments sur lesquels s’appuient les Etats-Unis pour réclamer « l’intégrité » de la Géorgie. Ils ne sont que prétextes pour s’immiscer dans les affaires caucasiennes, aux portes de la Russie.

L’ombre de Washington plane sur le coup de force tenté en Ossétie du Sud par Mikhël Saakachvili. La signature concomitante d’un accord entre les USA et la Pologne sur l’implantation d’une base radar US sur le territoire de cette dernière, confirme la volonté américaine de menacer de toutes parts la Fédération de Russie.

 

La France se fera-t-elle la complice de ce plan de guerre que constitue cet encerclement ?

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Mercredi 13 août 2008

Hier matin, on apprenait la décision russe de stopper les combats. Dimitri Medvedev annonçait la fin de l’opération militaire. En effet, les forces militaires géorgiennes, qui avaient envahi l’Ossétie du Sud le 8 août, avaient dû évacuer ce territoire, en « pleine débandade ».

Nicolas Sarkozy se trouvait encore dans l’avion qui le menait à Moscou lorsque la nouvelle est ‘tombée’. Et il a fallu sept heures de négociations pour que soit rédigée une position commune. Si celle-ci prévoit le cessez-le-feu, et le retour des forces militaires géorgiennes et russes sur leurs positions antérieures au conflit, une disposition de l’accord prévoit une discussion internationale sur le sort futur de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie. Cette perspective ne figurait pas dans le projet européen, mis en discussion au Conseil de sécurité de l’Onu et rejeté par les Russes.

Autrement dit, l’avenir des régions contestées reste ouvert,contrairement aux déclarations des dirigeants géorgiens selon lesquelles l’Ossétie et l’Abkhazie faisaient définitivement partie intégrante de la République géorgienne.

Cela n’empêche pas France-Inter de claironner, contre toute vérité, que Nicolas Sarkozy est à l’origine de la cessation des combats et que le président russe s’est rangé sur la position française !

C’est là qu’info et faux se rejoignent

Le texte signé par les présidents Dimitri Medvedev et Nicolas Sarkozy, puis par Mikheïl Saakachvili, va constituer la base de discussions qui seront menées au Conseil de sécurité. Auparavant, les vingt-sept ministres de l’Union européenne réunis à Bruxelles le 13 août, doivent se mettre, eux aussi, d’accord sur la résolution. Ce qui ne va pas être chose facile.

Face aux Etats de l’ouest européen, ceux de Pologne, des Etats baltes veulent en découdre. Leurs dirigeants, accompagnés du président ukrainien sont à Tbilissi pour conforter la Géorgie dans une attitude intransigeante. Or, ces pays sont liés très étroitement avec les Etats-Unis. Et Kiev comme Tbilissi souhaitent rejoindre au plus tôt l’Otan.

La situation internationale a donc évolué au profit de la Russie, forte de sa victoire militaire totale.

Ce qui enrage tous ceux, qui en France, considèrent que « Poutine’ est le ‘clone’ de Staline ».

Une preuve supplémentaire du changement intervenu dans les rapports de force au niveau mondial.

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Mardi 12 août 2008

Depuis le 8 août, les combats se développent au Caucase.

Qui en est l’instigateur ?

Les médias français ne peuvent le cacher : le gouvernement géorgien a tenté de réduire par la force l’Ossétie du Sud, région autonome réclamant son rattachement à sa soeur jumelle, l’Ossétie du Nord, qui, elle, fait partie de la Fédération de Russie.

Le Monde, daté des 10 et 11 août, confirme le fait :

« La Géorgie affirme avoir repris en deux jours le contrôle de la quasi-totalité de l’Ossétie du Sud, séparatiste depuis 1991 ».

Et de citer le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili :

« Nous contrôlons Tskhinvali. Les forces géorgiennes contrôlent tout le territoire de l’Ossétie du Sud, à l’exception de Djava ».

Nous étions alors le 9 août.

C’était ne pas compter avec la réaction de la Russie. Pourtant, si nous en croyons toujours Le Monde,

« Le premier ministre, Vladimir Poutine, avait prévenu que Moscou allait prendre des ‘mesures de rétorsion’ après l’assaut géorgien » contre le territoire ossète. En effet, les forces russes sont entrées en action et en ont chassé les soldats géorgiens qui, selon les agences de presse, « se replient en débandade » en direction de Tbilissi.

Face à cette riposte, Le Monde débute son article, en première page, par cette phrase :

« La Russie attaque ». Curieuse manière de présenter « objectivement » les évènements !

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Les opérations militaires ont gagné l’autre région « rebelle » de la Géorgie : l’Abkhazie, située sur son flanc nord-ouest, le long de la mer Noire.

Les autorités géorgiennes font monter la pression : selon elles, l’armée russe aurait occupé la ville de Gori, sur le sol proprement géorgien. Elles dénoncent « l’invasion russe » qui menacerait la capitale. Or, ce matin, ces mêmes autorités font état du bombardement de cette même ville de Gori…

 

Bien sûr, ce conflit suscite maintes réactions des Occidentaux.

Dans un premier temps, alors que l’Ossétie paraissait occupée par les forces géorgiennes, la France et l’Union européenne, proposaient leurs « bons offices » sur la base de « l’arrêt immédiat des combats » et du « retour à la situation antérieure ». Ce qui confortait la Géorgie dans ses ambitions. La contre-offensive russe et son succès rendent obsolètes ces positions. Précisons que l’UE est divisée. Alors que ses Etats de l’Est européen, la Pologne, les Etats baltes poussent à la confrontation, la France, l’Allemagne, l’Italie souhaitent une solution négociée. C’est l’objectif du voyage à Moscou et à Tbilissi de Nicolas Sarkozy, en tant que président en exercice du Conseil européen.

Les fermes déclarations de Poutine et de Medvedev, d’un côté, les appels désespérés à l’aide de la part de Mikheïl Saakachvili, de l’autre, rendent la négociation difficile, les Russes étant en position de force.

Et la question se pose maintenant : pourquoi le président de la Géorgie s’est-il engagé dans cette opération ? Celle-ci avait-elle « le feu vert » des Américains ? Certains observateurs le pensent. En effet, les liens de Tbilissi et de Washington sont étroits. Des instructeurs US « conseillent et forment »l’armée géorgienne avec du matériel dernier cri américain. Et même des manœuvres militaires communes viennent de se dérouler en Géorgie.

On comprend la hâte des Etats-Unis de voir ce pays intégrer l’Otan. On discerne le soulagement actuel des Etats de l’Ouest européen d’avoir réussi à freiner cette entrée. Car en cas contraire, l’assistance armée à la Géorgie de tous les pays faisant partie de l’Organisation militaire, était de mise…

On peut donc prévoir à coup sûr que l’intégration de Tbilissi dans l’Otan n’est pas pour demain ! Et celle de l’Ukraine, également candidate, non plus…

 

Il faut signaler aussi l’importance de la situation stratégique de la Géorgie dans le cadre de l’approvisionnement énergétique de l’Europe. Un oléoduc, le « Bakou-Tbilissi-Ceyhan » conduit le pétrole de la Caspienne,  d’Azerbaïjan, à la Turquie, sans traverser le territoire russe. Cette situation génère un conflit avec Moscou. Les dirigeants russes ne négligeront certainement pas cet aspect quand l’heure des négociations sonnera.

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Lundi 11 août 2008

 

 

Dimanche 10 août, Evo Morales a été brillamment confirmé comme président de la Bolivie.

Il avait mis son mandat en jeu en provoquant un « referendum révocatoire », face à l’obstruction systématique de la grande bourgeoisie blanche, relayée par les agissements scissionnistes de plusieurs gouverneurs de provinces à leur service, soutenus par l’ambassadeur des Etats-Unis.

Les médias français frémissaient d’aise à l’idée de l’échec de Morales, et de son départ ainsi assuré. C’est ainsi que Le Monde, à la veille de la consultation électorale écrivait :

« Le président bolivien est contesté par la droite, débordé par l’extrême-gauche et lâché par une partie de ses électeurs ».

Une telle constatation supposait un désaveu populaire du Président. Et de justifier par avance celui-ci en expliquant :

« Au lieu d’apaiser les esprits et de rassembler, le nouveau chef de l’Etat va favoriser les corporatismes et provoquer de nouvelles divisions. Loin de combler la fracture sociale, il va élargir la fracture régionale et la fracture ethnique. (…) Evo Morales s’oppose à l’autonomie des régions, qui suscite une forte mobilisation de l’opinion dans les départements de l’est et du sud de la Bolivie (…) Il annonce l’émancipation des communautés andines, dans des termes qui choquent la majorité des Boliviens, dont 65% se considèrent comme métis ».

Et le quotidien du soir, toujours ‘ bien informé’, de poursuivre :

« Siégeant à Sucre, durant un an et demi, l’Assemblée montre l’incompétence et l’arrogance des partisans d’Evo Morales, qui ne cessent de perdre des pans entiers de leur électorat ».

Résultat : élu en 2006, avec 53% des voix, le président a recueilli ce dimanche, plus de 67% des suffrages !

Le Monde, et avec lui l’ensemble des médias français, avaient pris leur désir pour la réalité. On comprend que ce matin, radios et télés aient accordé si peu de place à l’évènement.

Le score de Morales constitue un échec cinglant pour l’impérialisme. Ce résultat bénéfique pour la Bolivie, dépasse par son ampleur, ce cadre national. C’est une victoire de l’ensemble des peuples d’Amérique latine, et au-delà, de tous ceux qui, dans le monde, luttent contre l’impérialisme.

Certes, celui-ci ne va pas baisser les bras. Ses agents de la riche aristocratie bolivienne, les multinationales, les Etats-Unis vont encore tenter de développer des manœuvres, de fomenter des troubles. Ils n’acceptent jamais de céder leurs privilèges. Ils font fi de la démocratie quand celle-ci nuit à leurs intérêts.

Mais le camouflet qu’ils viennent de subir à La Paz s’ajoute aux échecs enregistrés en Amérique latine comme en Irak et en Afghanistan. L’impérialisme n’est plus en mesure de dicter sa loi sur tous les continents.

Les Boliviens viennent de le confirmer.

 

* Il est intéressant aujourd’hui, de relire « la lettre de Bolivie », écrite
par Michel Collon, et reproduite sur notre blog, la semaine passée. 
par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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